04 septembre 2015

les joints du carrelage

Un jour j’apprendrai à marcher exprès sur les lignes du carrelage. On me tiendra la main, on me guidera. Pour cela j’aurai besoin d’air. Je goberai de grandes goulées d’oxygène et j’avancerai à petits pas, m’appuyant sur un bras solide, celui qui m’aide jour après jour à mettre un pied devant l’autre. Je braverai les interdits. J’éprouverai la douce sensation d’une transgression. Oui, car je me souviendrai qu’enfant, c’est-à-dire hier, (ou tout à l’heure, il n’y a pas de différence, les évènements se télescopent dans le prisme du... [Lire la suite]
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24 août 2015

décantation

« C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ». C’est le titre d’un film, si ma mémoire est bonne. Avec Jean Lefebvre, si je me souviens toujours bien. Avec un tel titre à la Michel Audiard, je présume que j’ai bien ri en le visionnant. De ça, je ne me rappelle pas. Mais je suis bon public, et grand amateur de franchouillardises, je n’ai donc guère de doutes sur la question. Je n’ai pas l’intention de disserter sur le propos du film, de toute façon. C’est tout juste si je serais tenté de dire que si,... [Lire la suite]
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17 août 2015

vue sur la plaine

Tu ne sais jamais de quoi tu garderas le souvenir. Tu ne sais même pas si tu te souviendras de la moindre image. C’est pourquoi tu dois avancer en confiance. T’en remettre au hasard, de la couleur, de la lumière, de l’ampleur de la vue, du pittoresque et que sais-je encore. L’autre jour, nous sommes allés au ravitaillement dans une fruitière que nous ne connaissions pas, à quelques kilomètres de la ville. Je ne connaissais pas non plus le village de la fruitière, Chevigny, en bordure du massif de la Serre. J’ignorais même jusqu’à son... [Lire la suite]
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11 août 2015

inventaire

Au cœur du village, un ilot de luxuriance végétale, des tomates et des courgettes, telles des lianes se mêlant aux plantes d’agrément, quelques herbes dites mauvaises, pour la touche rustique, une table ronde, métallique, couverte d’une toile cirée à pois, quatre chaises dépareillées. Sur la table, quatre assiettes, deux verres à whisky, vides, l’apéritif est terminé, quatre verres à vin, quatre couteaux, quatre fourchettes, quelques cuillers pour le service, une bouteille de limonade à la banane verte, il ne faut pas se fier à... [Lire la suite]
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05 août 2015

courage

Du courage. Ce qu’il faut pour supporter le poids des jours, le poids du ciel. Les jours qui se font dans les trames qui se détricotent inlassablement, le ciel du plus en plus présent, à travers les trames ajourées jusqu’à disparaître. Du courage, il en faut toujours, face aux jours qui se dilatent, face aux piliers qui se délitent, face aux phares qui s’obscurcissent. Mes mots sont obscurs, peut-être. Qu’on m’excuse : ils sont jaillis automatiquement à la suite du premier cité, courage, ce dernier entendu dans une cage... [Lire la suite]
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23 juillet 2015

gartempe

Ce matin, mes genoux sont encore rouges à force d’avoir heurté les rochers. Je ne m’en plains pas. Au contraire j’en éprouve de la tendresse. Nous avons nagé dans la rivière. L’évènement est banal et mémorable à la fois, car cela fait combien de temps, peut-être dix ans. Plus ? Peut-être plus. Nous avons nagé dans notre rivière, à un endroit où il y a suffisamment d’eau. Debout au milieu, j’avais de l’eau jusqu’au menton. Il se peut même que je n’avais pas pied partout. Je me suis dit que j’allais nager jusqu’aux rochers qui... [Lire la suite]
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22 juillet 2015

canicule

Quelques jours ont passé, pas loin d’une semaine. Ma vision est devenue un peu irréelle, rien de plus naturel. Devant nous, à gauche de la route, s’étendait un champ. Un banal champ du Val d’Amour, près duquel j’étais déjà passé mille fois. Qu’on ne me demande pas l’origine de ce nom charmant pour désigner la basse vallée de la Loue, je n’en sais rien. Le champ semblait écrasé par la chaleur, le chaume incandescent, dès cette fin de matinée. Ma perception était altérée par la présence de la climatisation dans la voiture. J’ai... [Lire la suite]
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22 juin 2015

un muret face au port

J’aurais voulu m’arrêter un peu. Je me suis assis quelques secondes sur un muret tout neuf, le temps pour toi d’ôter ton pull et de réajuster ton sac sur ton épaule. Nous étions face au port. La ville s’offrait à notre admiration. Comme si nous étions au théâtre. C’était d’ailleurs déjà arrivé par le passé : nous étions assis sur des bancs de fortune, ravis par les embrasements d’un « son et lumière ». La vélo-route n’existait pas, les murets tout neufs non plus. Peut-être la passerelle, et encore, je ne suis pas sûr. ... [Lire la suite]
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11 juin 2015

balbutiement

Quand j’étais jeune, avant de rencontrer Elle, je n’écoutais jamais de chansons françaises. Les seules exceptions étaient quelques titres de Brassens, que nous avions étudiés en cours de français, au lycée ; et deux ou trois rengaines de Joe Dassin, que je fredonnais parfois, depuis que nous l’avions vu en concert à Chamborigaud, en nous haussant par-dessus une haie alors que j’étais adolescent. Je ne pouvais donc pas deviner qu’un chanteur en particulier deviendrait un jour une sorte de pilier de mon refuge personnel. J’ai en... [Lire la suite]
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27 mai 2015

requiem pour les murs

Le train sort du tunnel. Les voies s’élargissent en écheveau. On entre dans la ville. Au ralenti. Il fait beau. Sur ma rétine se gravent des sensations de murs blancs, de toits de zinc, de saleté, bien sûr, liée à la couleur. Il semble qu’on ait refait les tags. Partout du linge qui sèche et des signatures peintes, obèses. Des lettres sans sens, sauf peut-être, j’espère, pour ceux qui les ont tracées. Sur un mur bordant la voie, je repère ce mot : Zarmo. Je ne me souviendrai que de celui-ci. Je lui attribue ma propre... [Lire la suite]
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