le carnet vert

16 août 2017

orchidées

Nous avons trouvé des orchidées sauvages près d’un lac, un des deux lochs Leven, celui qui s’alanguit dans l’est du pays. Les fleurs resplendissaient dans une zone humide où j’ai malencontreusement posé le pied droit, ma chaussure m’en a voulu, à tort, puisque le vent fou a mis peu de temps à la sécher. L’instant précis où je découvre une orchidée sauvage dans un endroit inattendu est pour moi une brève parenthèse de bonheur pur, de temps arrêté. Il ne me reste qu’à détourner le mufle du reflex qui mitraillait la montagne aux couleurs changeantes, sur la rive opposée, à poser un genou dans l’herbe, hum, le vent fou séchera mon jean, et à déclencher encore et encore.

 

DSC_2055

Posté par philg à 08:09:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


13 août 2017

les bancs

Nous musardions sur des routes étroites et sinueuses. Le vent striait la mer. Nous visitions de pimpants villages fleuris ayant pour noms Aberdour, Elie, Anstruther, Crail… Nous nous blottissions sur des bancs publics, face au large, et nous scrutions sur la rive opposée du Firth of Forth la vague silhouette d’Edimbourg entortillée dans ses collines abruptes. Quand nous avions avalé assez d’air, nous partions nous restaurer, le premier jour d’une « soup of the day », le lendemain du plus célèbre « fish and chips » de la région. Des bancs, il y avait à dire : chacun d’eux, dans chaque ville d’Ecosse, sur les trottoirs, dans les parcs, dans les jardins, est dédié à un défunt, tel un ex-voto en communion avec le paysage. Du coup s’asseoir sur un banc n’était pas un acte dénué d’émotion.

DSC_2040

Posté par philg à 17:50:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 août 2017

glasgow

J’avais bien imaginé visiter la ville sous la pluie. Je n’avais pas imaginé qu’il pleuvrait toute la journée. A juste titre : on m’avait affirmé qu’en Ecosse la météo était changeante. Mais pas ce jour-là.

J’avais imaginé une ville pentue. Elle l’est, mais beaucoup moins qu’Edimbourg. J’avais imaginé une ville pauvre. Je n’en ai pas eu l’impression. A moins que le lustre des artères majestueuses ne soit qu’une illusion. Je garde en mémoire les images d’un film de Ken Loach dont j’ai oublié le titre. Il a dû le tourner dans une quelconque banlieue déshéritée que nous n’avons pas vue.

J’ai aimé l’architecture de la ville, les façades Art Nouveau à la sauce McIntosh. J’ai aimé la « Light House », en partie consacrée à l’architecte, j’ai aimé la vue panoramique depuis le sommet de la tour, même noyée de crachin. J’ai aimé faire connaissance avec les Glasgow Boys à la « Kelvingrove art gallery ». J’ai aimé que les rues ne soient pas envahies par les touristes. J’ai découvert ici qu’en Ecosse comme en France, les enterrements de vie de jeune fille font fureur. Je me suis amusé de leurs présences tapageuses.

J’ai aimé la ville, en fait.

DSC_2003

Posté par philg à 11:04:23 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

06 août 2017

bière

Aux alentours de 17h, il nous semble assez naturel de faire une pause à la terrasse d’un débit de boisson pour y déguster une bière. La bière est une spécialité de partout et notamment écossaise. Nous nous asseyons donc à une table avenante et nous attendons. En vain. L’établissement est pourtant ouvert. Ma petite-fille m’accompagne à l’intérieur pour commander. Il y a pas mal de bonshommes accoudés au zinc, une télé qui diffuse du sport et des pompes à bière en nombre raisonnable. Parfait. Sauf que. Au moment où je tente de passer commande, la serveuse demande l’âge de la petite. J’explique qu’elle aura dix-huit ans dans quelques jours… Pas possible. Elle n’a pas droit à la bière. Qu’à cela ne tienne, elle se contentera d’un soda. Toujours pas possible. En fait elle n’a pas le droit d’entrer dans le pub, ni à la terrasse  puisqu’elle n’a pas encore dix-huit ans. L’idée m’effleure de l’envoyer faire une nouvelle exploration du Primark voisin pendant qu’Elle et moi consommons, mais non, ce n’est pas sympathique. Nous nous passons donc de bière et apprenons par la même occasion que les règles britanniques en matière de consommation d’alcool par les jeunes sont bien plus sévères que chez nous. Par contre pas de problème dans les restos lorsqu’il s’agit d’accompagner agréablement son repas. Du coup le soir même nous pouvons enfin tester d’excellentes ales de la région. 

WP_20170714_20_08_29_Pro

Posté par philg à 17:43:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 août 2017

victoria street

Premier contact avec l’Ecosse : l’aéroport d’Edimbourg. Nous avons passé les inévitables contrôles, récupéré les valises, tout va bien. Nous sortons. Il fait (encore) beau et la température est clémente. Adieu la canicule. Où donc se trouve le bus pour rejoindre le centre ville ? Je ne sais pas. Le tramway me semble plus pratique et je l’aperçois au bout de l’esplanade. Il y a même un espace pour se renseigner. Ce que je fais tant bien que mal, parce que, même si j’ai appris l’anglais au lycée comme tout le monde, le souvenir en est lointain et je n’ai pas la pratique surtout à l’oral. Quant aux écossais, ils ont un accent, ce qui peut paraître évident mais qui ne simplifie pas forcément les choses au début. Bref, l’employé parvient à m’expliquer à quelle station descendre pour rejoindre notre hôtel, et quel trajet pédestre suivre ensuite. J’achète les billets aller-retour à la borne automatique, et nous voilà en route. Le contrôleur ne tarde pas à se présenter pour cocher nos billets. Pendant tout le trajet il parcourt la rame dans les deux sens, repérant les voyageurs montés aux stations intermédiaires. Il donne l’impression de connaître ses voyageurs. Nous sommes ses voyageurs, et il nous a en charge jusqu’à ce que nous quittions la rame. Cette impression sera confirmée avec un de ses collègues lors du retour deux semaines plus tard.

Princes Street. Nous descendons. Instantanément nous nous trouvons happés par la foule des touristes. Car voilà l’image principale que je garde d’Edimbourg : une foule compacte de touristes en mouvement. Dont nous, avec nos valises. Un peu décourageant. Et puis il est près de 14h00 et nous avons faim.

Nous entamons le trajet que l’employé du tram m’a obligeamment tracé sur un plan. Nous trainons nos bagages dans une côte pour atteindre Old Town. Edimbourg est pentue. Nous traversons le Royal Mile, l’artère principale de la vieille ville avant de nous engager dans Victoria Street. Cette fois nous descendons. Je trouve cette rue très photogénique. En tous cas je crois que c’est la seule rue colorée de la ville. Autrement la plupart des bâtiments sont de pierre gris foncé, et d’une hauteur impressionnante. La carte d’un restaurant de la rue nous semble alléchante. On nous y accepte avec nos valises. J’avoue que je ne me souviens plus quel plat j’ai choisi. Quelque chose à base de poulet, je crois. Par contre je me rappelle de l’entrée, cullen skink , une soupe à base de pomme de terre et de haddock fumé, spécialité que nous retrouverons un peu partout dans le pays. Nous ne sommes pas déçus par notre premier repas écossais.

 

DSC_1989

Posté par philg à 17:21:58 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


01 août 2017

départ

Quel est le moment précis où commence le voyage ? Lorsqu’on attend fébrilement l’arrivée du RER qui nous conduira à l’aéroport ? Lorsqu’après avoir passé les multiples contrôles et essuyé quelques sueurs sur son front, on attend enfin près de la porte d’embarquement (Dieu merci, on ne fait pas la queue devant la porte comme bon nombre de passagers, puisque de toute manière on a déjà un numéro de siège dans l’avion) ? Lorsqu’on arrive un peu perdu dans l’aéroport de destination ? Non. Je crois que le voyage commence, enfin c’est ainsi que je l’ai vécu, au moment précis où, après avoir vérifié une dernière fois qu’on a bien fermé l’eau, débranché le fusible du chauffe-eau et qu’aucun passeport n’a été oublié sur un coin du buffet, on verrouille la porte de l’appartement et on s’engage dans l’escalier, sac au dos et lourde valise en main. Destination : Edimbourg. C’était le 14 juillet, je préfère évoquer mes impressions avec quelques jours de recul plutôt que de les donner en direct.

 

DSC_1982

Posté par philg à 15:10:31 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

03 juillet 2017

émotions

Le 1er juillet il pleuvait. La veille, le 30 juin, il pleuvait aussi. Et il pleurait. Je dis ça pour le jeu de mot, bien sûr, et aussi parce que le 30 juin était un jour d’émotions. Je n’en savais rien avant, ce n’était même pas mon anniversaire, pas encore, mais dès le matin de ce 30 juin, il y avait quelque chose dans l’air. Pourtant il pleuvait.

Lorsque je sui revenu de la boulangerie, que j’ai eu fini de préparer le petit déjeuner, je suis allé chercher Elle dans la chambre. Elle lisait. Des larmes glissaient sur ses joues. Elle a refermé son livre et m’a souri. Ce n’est même pas triste, m’a-t-elle assuré. Secrètement j’ai remercié l’auteur de l’ouvrage, qui savait si bien activer son émotion.

Nous avons bu le café et mangé les tartines, tandis que la radio débitait les informations, et c’était le dernier jour de Patrick Cohen sur France Inter, ch    aque chroniqueur, chaque chroniqueuse y allait de son couplet gentil, et l’émotion était encore au rendez-vous, très professionnelle, n’est-ce pas, mais quand même. De plus l’invité de l’émission était Bernard Lavilliers, l’homme debout, l’inlassable conteur des aciéries défuntes. Alors en matière d’émotions, pensez… Nous ne connaissons pas du tout la Lorraine, les mines, les hauts-fourneaux, la tristesse des fastes oubliés et de la vie passée. Pourtant Elle et moi étions aux aguets, la tartine en suspens, à l’affut des mots. Un courant passait, qui nous parlait de classe, qui nous parlait de nous, peut-être.

Plus tard dans la journée, nous avons appris le décès de Simone Veil. Nous avons fait silence. Que dire. Sinon l’admiration. Et l’émotion.

Dans l’après-midi nous n’étions pas tristes. Pourtant nous visitions une exposition qui parlait d’exil, Ciao Italia, des gens qui avaient un jour quitté leur terre pour venir en France. Nous avons écouté François Cavanna nous raconter la truelle de son père maçon, nous avons écouté Reggiani chanter l’Italien, et Montand Bella Ciao. Nous avons passé les cols avec les coureurs du tour de France. Nous avons tenté de retrouver le goût du Cinzano. Nous avons pensé à nos lectures. Nous avons pensé aux paysages visités dans la vallée de la Trebbia (j’ai pensé à Caravan, au plaisir de l’écriture). Nous avons pensé à nos amies ayant fait le voyage en sens inverse. Nous n’avons pas d’attaches familiales en Italie. Juste des amies. Et pourtant il y avait là, dans cette exposition, quelque chose qui faisait battre mon cœur un peu plus vite. Quelque chose comme de l’émotion.

DSC_5854

Posté par philg à 22:59:28 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

29 mai 2017

coquelicots

La campagne regorge en ce moment de champs moirés de vert, orge et blé à l’infini, çà et là piquetés de coquelicots. J’aime les coquelicots. Pas spécialement les friches envahies, non, mais les quelques fleurs rouges et fragiles qui parsèment les talus et taquinent les céréales. Je les aime quel que soit le temps, soleil de plomb ou nuages gris, et je sais pourquoi : je me souviens d’un trajet, alors que j’avais mon permis de conduire depuis seulement quelques mois ; je m’étais arrêté au bord de la nationale 6, quelque part entre Auxerre et Avalon, et j’avais voulu photographier les coquelicots sous toutes les coutures. Il faisait gris, le contrejour n’était pas violent. Je m’en étais donné à cœur joie. On dit souvent que les photographes ne voient rien des paysages, obnubilés qu’ils sont par ce qu’ils cadrent dans leur viseur. C’est faux. J’aurais plutôt tendance à affirmer que l’objectif incite à porter attention à des détails qu’on ne remarquerait pas autrement. Bref, tout ça pour dire qu’après mon passage au labo, je m’étais trouvé déçu ; en effet j’avais en tête un vert un peu sombre, le blé, et le rouge flamboyant des fleurs. Or je n’avais pris que des photos en noir et blanc.

 

P1010024

Posté par philg à 12:39:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 mai 2017

le baiser

C’était un mardi de mai, un mardi exceptionnellement chaud. Nous avions tenté une randonnée au départ de Saint-Pierre, un trajet balisé qui nous conduirait au milieu du silence, dans le marais. Je ne disserterai pas ici sur la notion de silence. Je sais bien que le vrai silence n’existe pas, notamment là où fusent sans relâche les trilles des oiseaux, même pour un homme à l’ouïe fatiguée tel que moi.

En chemin nous avons trouvé un jardin. Un havre d’ombres et de couleurs, à l’abri du soleil implacable. Nous avons visité le jardin, prenant notre temps, détaillant euphorbes et ancolies, reculant inconsciemment ou non le moment de nous remettre en marche. Au sortir nous avons levé le nez au ciel, constaté qu’il était bleu, évalué la chaleur, évalué le temps, ah non, ce n’était plus possible, il convenait d’urgence de ne pas aller plus loin. Nous sommes revenus sur Saint-Pierre. Un coin de terrasse à l’ombre incertaine de mûriers taillés ferait l’affaire, on y servait de la bière fraîche. Il était déjà dix-huit heures et nos corps étaient harassés.

Le temps de prendre le temps, les gens avaient quasiment déserté la grande plage lorsque nous nous y sommes aventurés. Il ne restait que les surfeurs et quelques familles de curieux. Nous nous sommes mis en maillots. Nous nous sommes avancés dans l’eau, d’abord les chevilles et le vertige du ressac, et nous avancions toujours et les vagues se chargeaient de nous mouiller entièrement. Plus tard on nous croirait difficilement quand nous dirions sur les réseaux sociaux que l’eau était bonne et le bain agréable. C’est pourtant la vérité. L’horizon n’est jamais si beau que lorsqu’on le regarde à ras de vagues. C’est ce que nous avons fait, puis nous avons nagé un peu et tu m’as tendu la main. Nous nous sommes embrassés, nous le faisons toujours lorsque nous sommes ensemble dans la mer, cela forme en moi un de ces souvenirs essentiels, que j’espère inoubliables, qui justifierait largement qu’on fasse l’aller-retour dans l’après-midi, quelques cinq heures de route, cela nous est déjà arrivé.

Le lendemain, mercredi, il faisait frais et il s’est mis à pleuvoir.

DSC_8986

Posté par philg à 15:06:49 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

14 avril 2017

barrage

Je suis debout devant le seuil, je me suis avancé sur les pierres anciennes couvertes de vase séchée, nous ne sommes pas en période de hautes eaux. Dans le temps, on ne disait pas le seuil, on nommait barrage cette déclivité de moins d’un mètre qui avale en partie le flot du Doubs dans un vacarme étourdissant tandis qu’une eau plus calme s’en va alimenter le canal. Loin des souvenirs qui me hantent et me mènent à évoquer le barrage noir sur blanc dans des histoires animées par les effets déformants de la mémoire, je prends quelques minutes pour m’imprégner de l’endroit, un lieu majeur dans ma vie insignifiante, là où j’ai planté mes premiers jeux ; là où j’ai fait l’apprentissage du risque en compagnie de mes cousins, glissant sur les pierres lisses du barrage, manquant nous engloutir tandis qu’aucun de nous ne savait nager, à croire que personne ne nous surveillait. Je n’invente rien, l’un d’eux vient de me rappeler cette aventure épique sur Facebook. Pourtant, je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais j’ai bien failli me noyer aux bains lorsque j’avais trois ou quatre ans. Je m’étais avancé sur la planche du plongeoir afin de remplir mon seau de plastique, et j’étais tombé à l’eau. Je me revois marcher au fond entouré d’un vert lumineux, je ne pense pas qu’à cet endroit il y ait eu plus d’un mètre, quelqu’un m’avait vu tomber et m’avait repêché, j’étais sauf et j’en suis aujourd’hui éternellement reconnaissant. Debout devant le seuil, rêveur, je me retourne et contemple les effets du printemps sur ce mercredi ensoleillé, les enfants, les collégiens et lycéens s’entraînant sur les terrains de sport, les cris et les sifflets, les promeneurs, les chiens ; le Pasquier grouille de vie. Plus loin des camping-cars sont stationnés derrière le pont de chemin de fer, quelques bateaux rouillés sont amarrés le long du canal. Habités, il me font envie. J’imagine déjà les soirs d’été, dans la fraîcheur relative de la rive ombragée, parmi les canards et les grenouilles, quand un silence relatif vient enfin, les promeneurs ayant alors regagné la ville. Il est temps de rentrer. Bientôt je lirai, noir sur blanc, ce que ma mémoire a dicté à propos du barrage, je sourirai des effets déformants de l’histoire, et avec tendresse je m’imaginerai encore devant le seuil, debout.

WP_20170412_15_56_33_Pro

Posté par philg à 10:02:46 - - Commentaires [2] - Permalien [#]