le carnet vert

18 janvier 2018

pensées

Quelques jours avant la Toussaint, je me suis rendu chez le pépiniériste de mon village afin d’y acheter des compositions florales à déposer sur les tombes des miens au cimetière de Dole : une pour mon père et l’autre pour mes grands-parents. J’ai ainsi déniché deux jolis ensemble comportant des plantes a priori résistant aux gelées, et des pensées fleuries de joyeuses couleurs, jaune vif pour l’une et orangé pour l’autre.

Depuis cette date je me suis rendu au moins plusieurs fois à Dole (à environ 500 kilomètres de la maison). Pourtant, pour diverses raisons comme pas de place dans la voiture, les fleurs sont toujours chez moi, bien en vue devant la fenêtre du salon. Mon regard tombe dessus dès que je fais un pas dans la cour, par exemple en allant chercher le courrier ou en allant remplir les arrosoirs. Il a bien gelé quelques fois au début de l’hiver, et puis nous avons subi quelques queues de tempêtes qui auraient pu se révéler dévastatrices. Pour autant les pensées jaunes et orange ne se sont pas attristées. Elles me font de l’œil à chacun de mes passages, et à chaque fois je pense à eux, à mon père, à mes grands-parents, je crois que je pense même plus souvent à eux que si les fleurs étaient à leur place normale, sur les tombes. Je me demande si la prochaine fois que je retournerai « chez nous », comme je dis pour évoquer Dole, j’aurai encore envie d’y porter les fleurs, puisque là où elles se trouvent, dans la cour de ma maison, elles remplissent leur office merveilleusement.

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13 décembre 2017

albums photos

Mon tout premier roman, écrit au début des années 90, au crayon sur une ramette de papier car n’ayant pas d’ordinateur à cette époque et donc pas de traitement de texte, s’intitule « Le petit déjeuner » en référence à un tableau cubiste de Juan Gris. Ce texte n’a jamais été publié car très personnel, et sans doute aussi très brouillon, le style se bonifiant avec l’expérience sinon avec l’âge. Peut-être le retravaillerai-je un jour. En attendant ce ne sont pas les projets qui manquent. Dans ce texte le personnage principal feuillette une collection d’albums de photos familiales, faisant ainsi ressurgir nombre de situations et d’anecdotes oubliées, ce qui constitue le fil conducteur de l’histoire.

Aujourd’hui je possède un ordinateur. J’en ai même plusieurs. Sur l’ordi portable, lorsqu’il est en veille et branché sur le secteur, un diaporama présente de façon aléatoire les nombreuses photos contenues dans les fichiers, en insistant sur les plus récentes, à savoir celles de mon petit-fils adoré. Cela revient aussi à feuilleter un album photo de manière plus moderne, ce que nous faisons Elle et moi, accoudés au comptoir du coin cuisine tout en sirotant notre café tandis que l’appareil à images est posé sur la table de la salle à manger. Autant dire que voilà un bon moyen de faire travailler notre mémoire, car pour bon nombre des images, nous n’avons plus idée de où et quand elles ont été capturées. Je ne sais pas s’il y a là matière à roman, mais en tous cas l’exercice est plaisant.

 

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Vue de Rhiconich, sur la côte nord-ouest de l’Ecosse. Sans rapport avec le sujet ? Eh bien si : nous avons agréablement petit-déjeuné face à ce splendide paysage.

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23 octobre 2017

raisin

Nous étions début septembre, un lundi. Nous avions consulté la météo. Contrairement à celle de la veille elle était prévue clémente. Pourtant, s’il n’y avait qu’un nuage, il serait pour nous. Un gros nuage. Nous venions à peine de quitter les remparts de la citadelle quand nous dûmes nous résoudre à passer nos capes de nylon, que nous savions déjà être assez peu imperméables. En marchant nous avons atteint les abords du marais. Le soleil apparut, chaud immédiatement. La terre transpirait. Au loin le marais miroitait. Nous avons contourné quelques parcelles boisées, d’autres cultivées. Çà et là, quelques arpents de vigne. On avait commencé la vendange. Le raisin était en avance. Je crois que nous avons eu la même soif au même moment. D’un pas accordé, nous nous sommes dirigés vers le premier rang de vigne. Du chardonnay ? Du sauvignon ? Du colombard ? Je ne sais. Du blanc. Les grains d’un beau jaune doré, encore humides de l’averse. J’ai cueilli une grappe. Sacrilège ! En marchant nous nous sommes mis à picorer les grains. Je voyais tes yeux. Ils riaient. Du raisin, tu penses. Notre première grappe de la saison.

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11 octobre 2017

Devant le seuil

Mon troisième roman est paru chez Editions de la Rémanence ! Un texte qui me tient particulièrement à coeur...

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11 septembre 2017

la poste écossaise

En Ecosse il existe encore de ces célèbres cabines téléphoniques rouges, souvent associées à l’image qu’on se fait de Londres. En fonction de la densité de l’habitat, certaines d’entre elles semblent avoir été posées au milieu de nulle part, telle celle que j’ai photographiée en surplomb du loch Inchard, à l’extrême nord-est du pays. Ces cabines sont-elles encore en fonction, ou bien sont-elles vides à l’instar des rares qu’on rencontre encore en France ? Si elles fonctionnent, permettent-elles une conversation en temps réel, ou les mots errent-ils dans l’espace pour une durée variable, au même titre que le courrier ? J’ignore quel est le délai maximum demandé par la poste pour acheminer le courrier jusqu’en France. Toujours est-il que nous avons quitté l’aéroport d’Edimbourg le 30 juillet, les cartes postales ayant été déposées quelques jours plus tôt dans une boîte ad-hoc, et que ma sœur a reçu la sienne le 30 août. Peut-être que certaines d’entre elles n’ont pas encore atteint leurs destinataires.

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28 août 2017

le lac des cygnes

Simonne est partie sur un air du Lac des Cygnes. Mon émotion n’était déjà pas feinte, mais quand les notes sublimes ont retenti sous la voûte romane, bien qu’émises par un modeste lecteur portatif, un long frisson incontrôlable a parcouru mon dos. Il est dur de retenir ses larmes quand un être cher nous quitte, et sur une telle musique. J’ignore si dans sa jeunesse Simonne était danseuse. Je ne crois pas. Je l’ai déjà entendu dire qu’elle aimait la gymnastique. Alors pourquoi pas la danse. En tous cas, à ma connaissance, elle ne figurait dans aucun corps de ballet. Je ne suis pas danseur non plus, bien loin de là, mais j’aime le Lac des Cygnes. La musique. Je fais parfois des infidélités au jazz : j’aime Tchaïkovski. Si je devais emporter une brève sélection de CD sur une ile déserte, Le Lac des Cygnes en ferait sans doute partie. Il faut que je remercie Marie, et Elle, d’avoir choisi un air que j'aime pour accompagner celle qui partait. Ainsi lorsque je penserai à Simonne je me souviendrai longtemps de son sourire espiègle, de ses réparties acérées et pleines d’humour, et de cette musique.

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16 août 2017

orchidées

Nous avons trouvé des orchidées sauvages près d’un lac, un des deux lochs Leven, celui qui s’alanguit dans l’est du pays. Les fleurs resplendissaient dans une zone humide où j’ai malencontreusement posé le pied droit, ma chaussure m’en a voulu, à tort, puisque le vent fou a mis peu de temps à la sécher. L’instant précis où je découvre une orchidée sauvage dans un endroit inattendu est pour moi une brève parenthèse de bonheur pur, de temps arrêté. Il ne me reste qu’à détourner le mufle du reflex qui mitraillait la montagne aux couleurs changeantes, sur la rive opposée, à poser un genou dans l’herbe, hum, le vent fou séchera mon jean, et à déclencher encore et encore.

 

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13 août 2017

les bancs

Nous musardions sur des routes étroites et sinueuses. Le vent striait la mer. Nous visitions de pimpants villages fleuris ayant pour noms Aberdour, Elie, Anstruther, Crail… Nous nous blottissions sur des bancs publics, face au large, et nous scrutions sur la rive opposée du Firth of Forth la vague silhouette d’Edimbourg entortillée dans ses collines abruptes. Quand nous avions avalé assez d’air, nous partions nous restaurer, le premier jour d’une « soup of the day », le lendemain du plus célèbre « fish and chips » de la région. Des bancs, il y avait à dire : chacun d’eux, dans chaque ville d’Ecosse, sur les trottoirs, dans les parcs, dans les jardins, est dédié à un défunt, tel un ex-voto en communion avec le paysage. Du coup s’asseoir sur un banc n’était pas un acte dénué d’émotion.

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08 août 2017

glasgow

J’avais bien imaginé visiter la ville sous la pluie. Je n’avais pas imaginé qu’il pleuvrait toute la journée. A juste titre : on m’avait affirmé qu’en Ecosse la météo était changeante. Mais pas ce jour-là.

J’avais imaginé une ville pentue. Elle l’est, mais beaucoup moins qu’Edimbourg. J’avais imaginé une ville pauvre. Je n’en ai pas eu l’impression. A moins que le lustre des artères majestueuses ne soit qu’une illusion. Je garde en mémoire les images d’un film de Ken Loach dont j’ai oublié le titre. Il a dû le tourner dans une quelconque banlieue déshéritée que nous n’avons pas vue.

J’ai aimé l’architecture de la ville, les façades Art Nouveau à la sauce McIntosh. J’ai aimé la « Light House », en partie consacrée à l’architecte, j’ai aimé la vue panoramique depuis le sommet de la tour, même noyée de crachin. J’ai aimé faire connaissance avec les Glasgow Boys à la « Kelvingrove art gallery ». J’ai aimé que les rues ne soient pas envahies par les touristes. J’ai découvert ici qu’en Ecosse comme en France, les enterrements de vie de jeune fille font fureur. Je me suis amusé de leurs présences tapageuses.

J’ai aimé la ville, en fait.

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06 août 2017

bière

Aux alentours de 17h, il nous semble assez naturel de faire une pause à la terrasse d’un débit de boisson pour y déguster une bière. La bière est une spécialité de partout et notamment écossaise. Nous nous asseyons donc à une table avenante et nous attendons. En vain. L’établissement est pourtant ouvert. Ma petite-fille m’accompagne à l’intérieur pour commander. Il y a pas mal de bonshommes accoudés au zinc, une télé qui diffuse du sport et des pompes à bière en nombre raisonnable. Parfait. Sauf que. Au moment où je tente de passer commande, la serveuse demande l’âge de la petite. J’explique qu’elle aura dix-huit ans dans quelques jours… Pas possible. Elle n’a pas droit à la bière. Qu’à cela ne tienne, elle se contentera d’un soda. Toujours pas possible. En fait elle n’a pas le droit d’entrer dans le pub, ni à la terrasse  puisqu’elle n’a pas encore dix-huit ans. L’idée m’effleure de l’envoyer faire une nouvelle exploration du Primark voisin pendant qu’Elle et moi consommons, mais non, ce n’est pas sympathique. Nous nous passons donc de bière et apprenons par la même occasion que les règles britanniques en matière de consommation d’alcool par les jeunes sont bien plus sévères que chez nous. Par contre pas de problème dans les restos lorsqu’il s’agit d’accompagner agréablement son repas. Du coup le soir même nous pouvons enfin tester d’excellentes ales de la région. 

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