le carnet vert

19 janvier 2012

hirondelles

Chez nous, il est des voies ferrées partant à l’assaut des montagnes. J’ai découvert ça alors que j’étais enfant. Nous attendions sur le quai. J’aimais ça : attendre un train. J’aimais plus encore monter dans le train, m’y asseoir, et me laisser bercer par le staccato des boggies. N’allez pas croire, je me laissais bercer, ce qui ne signifie pas que je m’endormais. Bien au contraire, j’étais scotché à la vitre et je buvais le pays, littéralement.

Ce train-ci n’était pas un vrai train, il n’était pas tracté par une locomotive haletante et jetant de la suie partout : c’était un autorail. Un rouge et blanc, un pur sang. Grimper à bord était pour moi comme prendre place dans une formule 1, c’était un privilège dont je n’étais pas peu fier. J’avais huit ans.

Au début du voyage, tout est normal, ordinaire. On enjambe la rivière là où parfois nous allons nous baigner, à la gravière. L’enfant imagine l’odeur. Un parfum spécial qu’il ne sait pas encore identifier et qui est celui du saule et de la reine des prés. Ensuite on entre en forêt, puis on traverse le vignoble avant de replonger une nouvelle fois sous la futaie. On ne se rend pas compte immédiatement, on monte progressivement. Et soudain on s’aperçoit qu’on a pris de l’altitude. Le train fait halte et reprend son souffle à la station de la Savine, au col du même nom, c’est le point culminant du voyage.

Quelques kilomètres plus loin, on commence à virevolter. L’enfant ne sait plus dans quel sens on roule. Le vide est tantôt à droite, tantôt à gauche. On enchaîne les tunnels et les viaducs. On est suspendu au-dessus de la vallée. On ressent du vertige.

L’enfant est époustouflé par tant de grandeur et de beauté. Il ne comprend pas comment c’est possible. Et encore aujourd’hui je le comprends mal. L’enfant croyait à un train volant, et il n’était pas si loin du compte, puisqu’à l’heure actuelle la ligne a été baptisée « ligne des hirondelles » et invite le voyageur à une expérience hors norme. Un jour je referai le voyage de mon enfance. Serai-je impressionné ? Le TER aura-t-il le charme de l’autorail d’antan ? Vu d’en bas, on ne peut qu’admirer la prouesse réalisée par les bâtisseurs de la ligne. Vous ne me croyez pas ? Prenez donc la nationale entre Morez et Morbier. Faites-vous conduire, c’est plus prudent, parce qu’il vous faudra regarder en l’air. Avec un peu de chance vous verrez le train entreprendre des zigzags à rendre fou. Rien qu’à regarder, vous aurez le vertige et vous comprendrez pourquoi les hirondelles.

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16 janvier 2012

le lac des cygnes

Dans la programmation du TAP de cette année, j’avais choisi, entre autres, le Lac des Cygnes, parce que je me disais que c’était une valeur sûre et qu’il n’y avait aucune raison d’être déçu. C’est le genre de spectacle où on sait à quoi s’attendre. Il arrive que ça fasse du bien. Parce que n’étant spécialiste de rien, je me contente souvent de choisir les spectacles en fonction de la brève notice présentée dans la brochure, me sentant plutôt attiré, allez savoir pourquoi, par les rares représentations qui ne sont pas qualifiées de jubilatoires ou de décalées, voire des deux à la fois. Autrement dit, je choisis au pif, ou en fonction de la date et de l’heure. Bref, c’est du sans filet et quand on tombe ça fait mal, j’avais d’ailleurs préparé un article sur la dernière pièce de théâtre (soi-disant) vue ici en novembre, mais je ne crois pas l’avoir publié. Ça n’a pas vraiment d’importance, sauf que ça vous éviterait peut-être de subir le même foutage de gueule si par hasard la chose se présentait dans votre ville.

Pour en revenir au Lac des Cygnes, ballet classique de chez classique, interprété par une troupe russe majeure (le ballet de Perm), je ne me faisais pas de souci a priori. Et dans un sens, j’avais raison. C’était classique, c’était russe, c’était kitsch, c’était normal. Et beau. J’ai aimé. Je l’avais déjà vu autrefois, mais contrairement à Elle, je ne m’en souvenais plus. Ou plutôt je ne me souvenais que du fait qu’il neigeait sur Paris ce soir-là. Vendredi, les danses étaient parfaitement conformes à ce que j’attendais et j’ai aimé. Vous m’objecterez que je n’aime pas être surpris. Et bien pas trop, non, quand c’est censé être classique. Donc j’ai aimé les danses. Et vous remarquez que je dis bien : les danses. N’est-ce pas ? Parce que la déception quand même. Je ne me souviens pas si c’était expliqué dans la brochure, je ne sais pas si c’est pour faire moderne, pour mâtiner le classicisme d’un peu de décalé et de jubilatoire, mais figurez-vous qu’il n’y avait pas d’orchestre. On dansait sur de la musique enregistrée. Et beaucoup trop tonitruante, complètement saturée, assourdissante, comme si j’avais besoin de ça, bref intégralement sabotée. Or il se trouve que j’aime Tchaïkovski, et que j’étais venu là principalement pour la musique. Alors oui, j’ai aimé le ballet, mais en quelque sorte j’ai été déçu.

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15 janvier 2012

soleil d'hiver (2)

Le gris étale qui inonde ma fenêtre d’une clarté plus que ténue me rappelle ma déconvenue de la veille, quand j’observais le soleil rougir et disparaître obstinément derrière l’horizon, alors que nous avions projeté une promenade vespérale en croisant les doigts, affirmant à qui voulait bien le lire que nous ne nous ferions pas prendre de vitesse par la nuit.

Et bien si.

Je veux dire, oui la nuit nous a bien eus. C’est la faute aux soldes. Parce que j’avais admis que, pour une fois, le travail pourrait bien attendre, il faisait si beau, alors Elle pourrait venir me quérir à la porte du bureau à seize heures pétantes. J’avais plié bagages et j’attendais les bras croisés que le téléphone lance son joyeux trille, Elle m’annonçant enfin qu’elle était en bas. Ça a duré trois quarts d’heure. Bon je galèje, personne n’est obligé de croire sur parole ce que j’écris. En particulier j’ai autre chose à faire que d’attendre les bras croisés. Mais n’empêche que ma déception était grande. Quelle idée aussi d’aller faire les courses avec notre fille numéro 1 et nos petits-enfants le premier jour des foutus soldes.

Je passerai sur les inévitables encombrements accompagnant les soldes. Je voyais décliner l’astre dangereusement, et mes espoirs de promenade par conséquent. Je devais être découragé, je ne sais pas, toujours est-il que je n’étais même pas tenté de pester contre les inévitables lambins motorisés, tellement nombreux. De toute façon c’est Elle qui conduisait, et je n’avais aucune envie qu’elle bousille ma bagnole pour si peu, la sienne étant déjà au garage depuis pas loin d’un mois, le moteur plié après être tombée dans un trou d’eau un jour de tempête. S’offrait à nous un dilemme : faisions nous d’une traite la vingtaine de minutes qui nous séparaient de notre village, ou passions nous d’abord à la pharmacie. Étant de moins en moins enclins aux déplacements inutiles, nous optâmes bien sûr pour la deuxième proposition, sachant très bien qu’en dépit de la célérité de la laborantine, le soleil continuait de décliner vertigineusement et qu’il n’y avait pas de pièce à y coudre.

Alors que nous étions dans la dernière ligne droite, c'est-à-dire sur une petite route tortueuse et pleine de trous, mais tellement jolie, menant au village ; alors que nous observions le rouge du soleil ourler une dernière fois le haut des arbres lointains ; nous nous disions qu’il faisait bien encore assez clair, nous nous passerions d’appareils photos, nous partirions par les chemins en tenue de ville, nous efforçant d’éviter les endroits trop boueux ; nous nous disions même que nous nous contenterions de faire le tour du village, juste ça, dans l’air frais du soir, je relèverais le courrier plus tard.

J’ai ouvert la porte de la maison, nous sommes entrés, nous avons posé nos sacs, nous manteaux, les objets achetés en solde, bref tous les trucs inutiles pour la promenade, nous nous apprêtions à…

… et c’est alors que le téléphone a sonné. C’était notre fille numéro 3. Après ? Il faisait nuit.

11 janvier 2012

soleil d'hiver

Nous prendrons la nuit de vitesse. Peut-être. Parce qu’avec le travail on ne sait jamais. Le travail, c’est comme une lèpre, ça bouffe tout. N’allez d’ailleurs pas croire que je fais un travail qui me déplait, ce n’est pas le cas. Mais toujours est-il que ça bouffe tout, notamment le temps.

Imaginons donc que nous prenons la nuit de vitesse. Nous nous vêtons des choses informes qui sont réservées au jardin et au coin du feu, comme, en ce qui me concerne, un jean qui a des trous à la place des poches, très pratique quand tu as décidé de paumer tes clés, et qui ne craint pas d’être crotté dans le bas à cause du frottement des croquenots de marche. Parce que oui, voilà, si nous avons la chance d’arriver à la maison avant la nuit, disons même largement avant, nous prendrons le temps de nous balader une heure, puisqu’il fait beau, que la campagne est belle, même l’hiver, et que ça nous démange de voir du beau. Ça démange particulièrement le bout de nos index, je le sens, je n’invente rien, je t’en ai parlé dans la voiture, ce matin, alors que nous patientions à un feu rouge, tu m’as répondu que c’était dommage de ne pas l’avoir dit plus tôt, sinon nous nous serions munis de la sacoche contenant nos appareils photos.

Nous descendrions le long du ruisseau. Ou alors par le chemin des chèvres. Les deux sont possibles, tout dépend du sens. Et le sens, c’est un peu la roulette. On sort du jardin, et va savoir si on va tourner à droite ou à gauche. Qu’est-ce qui viendra déterminer ce choix, on n’en sait fichtre rien. Et pourtant ça change tout. Si on fait le chemin dans un sens, on ne le fait pas dans l’autre. C’est sans doute une lapalissade, mais n’empêche que le regard est forcément différent. Et le clic clac de merci Kodak également, cela va sans dire.

Entre l’eau vive, les branches, le blé en herbe, les limousines, la lumière rasante, les ombres qui s’allongent, il y a beaucoup à voir, n’est-ce pas, et à dire, alors espérons que la nuit ne nous prendra pas de vitesse.

08 janvier 2012

sur un ticket de métro

Sur un marché dédié aux artistes amateurs (enfin j’espère pour eux qu’ils ne sont qu’amateurs), il m’a semblé apercevoir qu’on avait dessiné sur des tickets de métro. Bonne idée, je trouve. Il fut un temps où, à court immédiat de papier décent, je notais mes vers adolescents sur de tels tickets. Notez qu’à l’époque ils étaient jaunâtres. Les tickets, pas mes écrits. Écrivant petit (et très mal), c’était possible. Des pattes de mouche, non. Je n’aime pas les mouches, alors fi de comparaisons entomologiques. Ni les autres bestioles, à vrai dire. À part peut-être une vague tendresse pour les coccinelles et les sauterelles. Tiens, entre parenthèses, coccinelle égal une anecdote à raconter. Et sauterelle, une autre. Les sources sont inépuisables. Ensuite, de retour à domicile,  je recopiais soigneusement mes précieux mots dans le cahier approprié, un à dessin, de petit format, sur lequel j’écrivais en vert. Ou bien en rouge. En fait il y a eu les deux couleurs. Vous imaginez bien qu’un seul mince cahier n’aurait pas suffi à contenir mon verbiage. J’aimais bien m’asseoir à mon bureau pour rédiger de la poésie. C’était plus… on va dire passionnant, que de travailler mes cours. J’avoue que je n’ai jamais eu de franche inclination pour les études.

Ça m’amuse de ressusciter tout ça. C’est si vieux, enfoui loin profond dans mon souvenir. Je n’écrivais pas vraiment en cachette. J’écrivais sur n’importe quoi quand j’étais dehors, donc entre autres sur des tickets de métro, et je recopiais assis à mon bureau, dans le cocon de ma chambre. Je n’avais pas l’idée de faire lire quoi que ce soit à mes proches, et donc personne ne connaissait mon penchant pour l’écriture. Et voilà qu’il y a peu, j’apprends que Maman lit religieusement les pages de mon carnet vert. Quelques semaines plus tôt, j’ai déjà surpris ma famille et mes amis en annonçant la naissance proche (enfin j’espère…) de mon roman Caravan. Pour tous, ou presque, c’est une révélation (je laisserai le terme de « coming out » à ceux que les anglicismes intempestifs ne rebutent pas) : j’écris. Je suis Phil et j’écris. Je ne me souviens pas des statistiques à ce sujet, mais j’en ai retenu que je suis loin d’être le seul. Avec les moyens modernes dont nous disposons, cela fait lurette que j’ai délaissé cahier à dessin et feutres vert ou rouge. Cela fait même lurette que je n’écris plus lorsque je suis ailleurs que devant mon écran. Je me contente de me laisser imprégner, d’emmagasiner l’émotion, de faire décanter. La phrase ne jaillit que plus tard. Il me faut un écran et un clavier. D’ailleurs mon écriture manuscrite est tellement vilaine que je ne suis pas certain de pouvoir me relire moi-même. Alors, pensez, sur un ticket de métro ! Tiens, au fait, je me demande soudain si ce serait amusant d’égayer les murs de la maison avec des tickets de métro décorés.

 

Novembre 2011

Posté par philg à 21:17:14 - chroniques de l'écriture - Commentaires [6] - Rétroliens [0]




04 janvier 2012

source

Revenir à la source, laisser couler la joie.

P1010072

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30 décembre 2011

prairies

Autrefois nous voyagions au fil des routes tranquilles. Il valait sans doute mieux. Quoi qu’il en soit mon caractère d’enfant s’adaptait bien à cet état de choses. Je faisais coulisser la vitre et je glissais mon nez au dehors. Ainsi ai-je appris à me griser d’odeurs, en plus du plaisir de la fraîcheur plaquée par la vitesse sur mes joues. Encore que la vitesse de la 4L était fort relative, même dans les descentes.

Nous revenions du sud. Vous savez, le sud, les odeurs de garrigues, les genêts cévenols, des odeurs fortes, la sécheresse. La vallée du Rhône ne changeait pas grand-chose à ce niveau. Ni même les premiers contreforts de nos montagnes. Bizarrement, et il n’y a pas l’ombre d’un zeste de chauvinisme dans ce que je raconte, mais c’est au moment précis où nous entrions dans le département du Jura que tout changeait. L’herbe devenait plus verte, ou du moins avais-je cette impression. Et surtout, soudain ça sentait chez nous. L’odeur était de foin juste coupé et de bouse de vache. Il me semble que le premier village que nous traversions se nommait Montfleur. Un nom prédestiné à ce genre de beauté. Les grasses prairies peuplées de montbéliardes ne pouvaient être que piquetées de fleurs multicolores. Des fleurs à profusion.

Je ne me trompe sûrement pas en affirmant que je souriais d’aise, faisant ainsi le plein de sensations par la vitre à demi ouverte (les vitres des 4L ne se baissaient pas avec une manivelle, et encore moins avec un machin électrique, mais coulissaient d’une moitié sur l’autre, se coinçant ou se déboîtant plus que fréquemment). À humer ces merveilles de senteurs, l’émotion s’emparait de moi et j’étais heureux que nous soyons enfin au pays. 

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27 décembre 2011

en marge

J’ai regardé dehors et j’ai pensé à des garrigues. Je ne sais pas pourquoi au juste. Peut-être parce qu’après plusieurs jours de gris visqueux le ciel a daigné rayonner. Peut-être parce que l’autre soir nous avons parlé de vacances. Peut-être parce que j’ai vu une photo dans une revue. Le pont du Gard. J’ai eu envie de pierres millénaires et de cigales.

J’ai eu envie de vignes et d’eau claire.

J’ai eu envie de senteurs de thym.

J’ai eu envie de ces buissons sauvages s’agrippant aux mollets nus, des choses épineuses et torses laissant leur trace en griffures sanguinolentes.

Je nous ai revus jeunes. Nous avions pris une consommation dans l’ombre épaisse d’un platane, sur une place de Ganges. De la porte ouverte du bar s’échappaient des bribes de chansonnettes et des senteurs immuables. À l’époque nous ne buvions pas de bière, je crois. Nous affectionnions les diabolos à la grenadine. Nous n’avions pas peur du sucre.

Plus loin, nous foncions sur une ligne droite, les vitres de la 4L aussi ouvertes que possible, ceux qui connaissent ce moyen de transport d’un autre temps comprendront. Le paysage nous semblait digne d’un western, avec des étendues rougeâtres et légèrement incurvées, et le pic Saint-Loup en vigie.

De manière compulsive nous avons quitté la route principale pour nous engager dans la traversée d’un village aux rues étroites pelotonné autour d’un mamelon rocheux coiffé d’une tour en ruine. Nous n’avions pas choisi. C’était là comme ça aurait été ailleurs. Nous avons laissé la voiture près de l’église ou du temple, je ne sais plus, partout on trouve les deux, et nous nous sommes aventurés sur un sentier comme ça, qui sentait le serpolet et le romarin sauvage, avec des branches sournoises et nos chevilles en feu. Le jour déclinait. J’ai tenté et raté une ou deux photos ; la vue ne demeure, incertaine, que dans ma mémoire.

20 décembre 2011

une branche de cèdre

La tempête est restée au loin. Pourtant la radio, la télé. Par la fenêtre je vois danser une branche du cèdre, une danse lente et sensuelle, pas de soubresauts intempestifs. Le ciel s’éclaire. Je n’en vois pas la cause, mais soudain voilà que je pense aux angoisses qui me taraudent, au poids des valises, appelons ça comme on veut. Il suffit d’un coup de fil pour prendre innocemment des nouvelles, et les craintes m’assaillent. Il suffira peut-être d’un coup de fil pour m’en défaire. Je sais bien que le jour n’est jamais tout à fait le même que celui de la veille. Je sais bien que les étoiles s’éteignent peu à peu. Je sais bien qu’au fur et à mesure d’autres apparaissent et nous éclairent différemment. Tout semble immuable mais rien ne l’est vraiment. Nous parlions de petits déjeuners. Nos goûts respectifs, ce genre de choses. J’aime un grand bol de café noir sans sucre, dans lequel je trempe avec gourmandise mes tartines de confiture maison. Il me le faut pur arabica. Mais je sais qu’un jour j’aurai la nostalgie des jours perdus où je pestais sur la saveur du robusta qui m’était désagréable, avalé en fermant les yeux devant l’étroite table carrelée de la cuisine.

13 décembre 2011

l'odeur du pin

J’aimerais arriver par le train dans une ville du bord de mer. On viendrait de la montagne, et l’air embaumerait le parfum des pinèdes. C’est simple, il me suffit de fermer les yeux, et je vois une branchette de pin danser devant moi, et mon nez se gave de son odeur. Pourquoi seulement une branchette ? C’est parce que nous avons cette manie, Elle et moi, ou ce plaisir, ou cette joie, enfin on dit comme on veut, de photographier les plantes de près, d’ailleurs nous songeons à nous équiper en matériel adapté à la prise de vue macro. Donc les pins, comme les autres arbres, il est rare que nous les prenions en pied. Nous captons des bribes. Par exemple une branche encore jeune, une brindille, avec des aiguilles toutes tendres, ou des cônes pas mûrs.

Cette odeur de pinède, c’est le parfum des vacances. Il y a comme un relent de farniente. Encore que je ne sache pas ce que c’est. Le farniente. Les transats ne sont pas encore sortis du débarras, et nous sommes en septembre. D’habitude, nous nous en servons une fois dans l’été à tout casser, mais cette année, rien. Alors c’est peut-être un besoin que j’exprime là. Une nécessité nouvelle. Toujours est-il que je vois, en léger contrejour sur ciel bleu pale, une branche de pin qui symbolise une envie d’évasion, en train tant qu’à faire, enfant j’étais très attiré par le ferroviaire, et il m’en est resté quelque chose, même si les tgv modernes manquent énormément de charme.

Il se trouve que l’idée saugrenue de cette association pin et train me vient de la lecture d’un article qui parle d’Ajaccio, ville où je n’ai jamais mis les pieds, dans une île que je ne connais pas encore, mais que je sais dépourvue de tgv. Et alors je rêve. Bien que maritime, cette ville, dans mon idée, s’est forgé une personnalité : elle sent le pin et ça me plait.

 

2 septembre 2011