14 novembre 2009
relais
Je me disais jusqu’ici qu’on ne me prendrait pas à participer à ce genre de jeu/chaîne/relais, appelez ça comme vous voulez.
Mais comme c’est FABELI qui a eu la bonté de me désigner en tant que

je ne peux que m’exécuter, et même l’en remercier. C’est bien naturel, lorsqu’on partage un tel amour des mots.
Voici donc les règles du jeu en quelques points :
1- Remercier celui qui a décerné ce prix magnifique
2- Copier l’award (ciel !)
3- Le poster sur son blogue
4- Dire 7 choses que les lecteurs ne savent pas sur soi
5- Mettre les liens de 7 blogueurs
6- Les prévenir qu’ils ont gagné un award (re- ciel !)
Voici donc 7 choses qu’en principe vous ne savez pas de moi (à moins que je me sois pris les pieds dans le tapis) :
. je ne vais (presque) jamais au supermarché
. je ne sais pas faire cuire les œufs
. je ne lis pratiquement que des romans
. j’ai failli me noyer deux fois
. j’adore les endives et les radis
. j’ai horreur des punaises (les bestioles)
. j’ai horreur du ricard.
Et les heureux élus auxquels, à mon tour, j’ai le plaisir de décerner le

Sont :
RETROBLOGPUB, parce que le blog de mon amie Syl est une vraie trouvaille, et une vraie mine de trouvailles
OLIVIER NEUILLE, parce que les photos de mon ami Olivier méritent d’être vues
DES MOTS, parce que j’adore lire les nouvelles noires de Poupoune
BLECK ATTITUDE, parce que je suis persuadé que Bleck appréciera beaucoup la plaisanterie
LES HEURES DE COTON, parce que j’apprécie beaucoup la prose de Caro_carito
ALPHA DU CENTAURE, parce que nous avons commencé à bloguer à peu près le même jour, que nous habitons près de la même ville et que nous ne nous connaissons pas
JARDIN 64, parce que le jardin de TJ est une source inépuisable de poésie.
12 novembre 2009
pêche à l'étang (5)
Peut-être y aura-t-il du brouillard.
Peut-être y aura-t-il de la bruine.
Ce serait normal. C’est la saison.
Peut-être y aura-t-il de la pluie. O Dieu non, pas de la pluie. Ce n’aurait pourtant rien d’étonnant. Ce serait la saison, aussi.
Peut-être verra-t-on le ciel rougeoyer vers l’orient. Comme la dernière fois. Bientôt le soleil fera fondre le givre qui paralyse les mains. Alors les hommes échangeront un bref sourire de soulagement. Les femmes aussi. Celles qui ne seront pas à la cuisine.
On sera arrivé en cahotant par le vieux chemin mal empierré. Avant ça on aura arrêté le réveil en tâtonnant. On se sera levé et habillé. On aura préféré mettre de vieux habits qui ne craignent rien. Le poisson, ça ne pardonne pas. On se sera dirigé d’un pas incertain vers la cuisine. On aura trempé des tartines dans du café noir et on se sera mis en route. On aura dû allumer les phares. A cause du jour qui tarderait à se lever. Surtout en cas de brouillard. Ou de bruine. On préfère ne pas envisager qu’il pleuve.
On se sera garé le long de la haie de prunelliers qui borde le fossé. Avec les autres voitures. On aura hésité entre se rendre directement sur la chaussée, où quelques uns seront en train de s’affairer près du trou de pêche. Ou alors faire un détour par la cabane, où on pourrait se rassasier de pain frais et de rillettes, où on pourrait avaler un deuxième petit noir, il y aura un thermos tout près. A moins qu’on préfère un verre de cabernet ou encoure une gorgée de cette vieille prune odorante. A moins que cette année ce soit de la poire. On serait un peu déçu, dans ce cas, parce que la poire, c’est moins parfumé, c’est rêche. Mais on est quelqu’un de sérieux. On choisira donc d’aller directement vers le trou de pêche, voir si les hommes qui sont là ont besoin d’aide. Depuis l’intérieur du trou, quelqu’un criera, non, non, ce n’est pas encore prêt, va donc à la cabane boire un coup en attendant, les autres y sont déjà. Alors on ira boire un coup. Puisque les autres y seront déjà.
En passant on remarquera l’eau qui formera comme une rivière à la surface vaseuse de l’étang. On remarquera le courant que ça forme à l’approche du trou. On verra parfois la surface se soulever brièvement à cause des soubresauts d’une grosse carpe.
Dans la cabane on discutera un peu, on se demandera des nouvelles, on trinquera de connivence avec les gobelets de carton remplis de cabernet. Peut-être même qu’on commencera à attaquer le pain de campagne et les rillettes. Peut-être même qu’il y aura aussi du fromage de chèvre. Ici, c’est le pays du fromage de chèvre. Ce n’est pas tellement le pays du cabernet. Mais il faut bien boire quelque chose.
Puis quelqu’un dira qu’il est temps d’aller voir, on ne sait jamais. Alors on s’essuiera les lèvres d’un revers de manche et on se dirigera à pas lourds vers la chaussée.
En passant on remarquera que l’eau qui forme comme une rivière est devenue beaucoup moins profonde. On verra que la vie s’agite et s’affole et se désespère. Cela frétillera de partout. On aura l’impression d’une foule convergeant vers l’entrée d’une gare.
On s’approchera du trou de pêche. Du fond du trou, quelqu’un criera que ça y est. Il enlèvera la dernière planche du moine. On entendra comme un bruit de cascade. Ce système de vidange avec un trou maçonné et des planches empilées verticalement à l’aide de rainures, ça s’appelle un moine. On ignore s’il existe un rapport linguistique entre un tel ouvrage et un religieux. On aura trouvé ce terme quelque part sur internet. Ici on ne cherche pas à jouer les savants, on appelle le trou un trou, voilà tout. A l’avant du moine, il y a un second trou, plus large et moins profond dans lequel l’eau se déverse à travers une grille. Un homme se munira d’une épuisette et se rendra au bord de ce deuxième trou afin de recueillir les petits poissons, ceux qui seront passés à travers la grille. Les gros poissons, carpes et brochets, seront pris directement dans le moine. Les silures aussi, hélas. On dira une nouvelle fois qu’on ne sait pas d’où viennent ces nuisibles, pas plus que les perches soleil. On dira que c’est la faute des hérons, qui pullulent dans les environs et qui font de l’étang leur garde-manger. On dira même peut-être que c’est quelqu’un qui fait ça exprès, introduire des espèces indésirables. Pour nuire.
On prendra place autour des tables de tri. Bientôt les premiers seaux y seront déversés. Alors commencera le ballet des mains. Peu à peu, alors qu’on séparera tanches et gardons, on les verra rougir et devenir insensibles, puis devenir douloureuses à force d’avoir froid, et visqueuses. Quelqu’un dira qu’on aurait dû mettre des gants. Mais avec des gants on est maladroit, objectera-t-on. Même avec de fins gants de latex, de ceux qu’on met pour faire de la peinture. D’ailleurs ces gants-là ne protègent pas du froid. Du glissant de la vase à la rigueur, mais c’est tout.
Tard dans la matinée, on constatera qu’il n’y a plus d’eau dans l’étang. Peut-être quelqu’un sera-t-il chaussé de hautes cuissardes et pourra se rendre sur la vase mouvante et noire pour y débusquer quelques poissons récalcitrants. Il reste toujours des poissons tapis dans la vase. On n’y peut rien.
On amènera un dernier seau plein de fretin sur une des tables de tri. Quelques uns s’en chargeront pendant que d’autres allumeront des cigarettes. Puis les regards convergeront vers l’étang et on soupirera d’aise en ayant le sentiment du devoir accompli. Quelqu’un descendra dans le trou afin de repositionner les planches. Puis on retournera à la cabane pour trinquer à nouveau de connivence, et il ne restera plus qu’à attendre la venue du marchand.
10 novembre 2009
chance
Nous avons eu de la chance. J’aime avoir de la chance. Je savoure ces mots comme s’ils étaient une friandise. Ce sont des mots que je ne prononce pas souvent.
Nous avons eu de la chance. Nous sommes allés au spectacle. C’est une chance, d’aller au spectacle ?
C’est une chance d’être allé au spectacle.
A ce spectacle-ci.
Spécialement celui-ci.
Nous avions décidé que ce soir-là nous irions au spectacle.
Nous n’avions néanmoins pas réservé nos places.
C’est un tort, pourra-t-on objecter.
Sauf que.
Une heure et demie avant le début du spectacle, nous ne savions pas que nous irions.
Pour être tout à fait exact, je ne pensais pas qu’il serait possible d’y aller.
Et j’en étais tout marri. Car je voyais bien qu’Elle avait envie de ce spectacle, spécialement celui-ci, et que les possibilités de pouvoir y assister s’amenuisaient de minute en minute.
J’avais envie de lui faire plaisir. Et je voyais les minutes s’écouler. Et s’agglomérer en paquets de cinq. En paquets de dix. En gros quarts d’heure.
Nous faisions du bricolage chez nos enfants.
Je posais les tringles à rideaux. Elle cousait les ourlets.
Nous sommes partis de chez les enfants à 19h20.
Tout en conduisant dans la nuit, je retournais dans ma tête la question insoluble du menu pour le dîner. Il était évident qu’il n’y avait pas le temps nécessaire pour préparer les moules à la marinière, à moins que ce soit les rougets au four, avec juste un filet d’huile d’olive. Si nous voulions aller au spectacle.
Je retournais en tous sens la question insoluble des menus.
Je disais que nous ne pourrions compter que sur un quart d’heure à peine, pour le repas. Contentons-nous d’une boîte de sardines et d’une tartine de fromage, proposais-je. Et d’un café.
Dans l’habitacle faiblement éclairé par les lueurs du tableau de bord, il m’a semblé qu’elle souriait.
J’ai bu un verre de coteaux-du-giennois.
Pour aller au spectacle, Elle conduisait. Nous n’avons pas eu le temps de changer de vêtements. Peut-être portions-nous sur nous les stigmates du poseur de rideaux. Tant pis.
Nous avons eu de la chance.
J’aime avoir de la chance, ai-je dit à la dame qui vendait les billets, à l’entrée de la salle de spectacle. Il était 20h25. Cela devait commencer dans cinq minutes.
Il ne reste que deux places, a crié la dame à la cantonade après que j’eus réglé mon dû.
Nous avons eu de la chance. Je savoure ce mot comme une friandise.
Nous avons assisté au spectacle et c’était un vrai bonheur.
Nous avons ri.
Nous avons fredonné.
Nous avons tapé dans nos mains.
Sur scène, la chanteuse et ses musiciens s’entendaient à merveille pour faire vibrer la salle.
Il y avait de l’énergie à revendre, et de la gaité.
Ce spectacle était une chance merveilleuse.
En sortant nous nous sommes attardés.
Nous avons salué des amis.
Nous avons parlé un peu.
J’ai acheté un disque de la chanteuse, cela ferait plaisir à Elle.
Et puis dehors nous nous sommes encore attardés. Elle a allumé une cigarette et nous avons regardé le ciel.
Je me demande s’il n’y avait pas des étoiles dans ses yeux.
Nous avons eu de la chance.
De pouvoir voir ce spectacle.
Et de l’avoir vu.
D’ailleurs c’est un spectacle que je recommande chaudement à ceux qui pourraient avoir la chance d’y assister. Un concert d’une jeune chanteuse nommée Amélie les Crayons.
09 novembre 2009
berlin
Ce jour-là il pleuvait, je m’en souviens.
Il faisait nuit.
Les essuie-glaces produisaient un bruit lancinant qui couvrait parfois la voix de la radio.
Arrivé à destination, j’ai coupé le moteur.
Et à cet instant j’ai entendu la liesse dans le poste.
Une émotion enfantine s’est emparée de moi et je suis resté tout un temps assis au volant de la voiture, devant la maison, à écouter exploser la joie.
Je rêve qu’un jour proche la joie explosera encore et que d’autres murs de honte seront percés, à Jerusalem ou ailleurs.
08 novembre 2009
histoire de pompe
Eh bien, voilà. Même si je t’ai dit que je ne pensais qu’à ça, ce qui était faux, mais j’aime bien plaisanter, je m’en suis occupé quand même.
Du stylo.
Et bien entendu je reviens les mains vides.
Parce qu’évidemment tu as encore été acheter quelque chose de spécial.
J’ai dit au type que je voulais une pompe pour un stylo Faber Kastell, que ce n’était pas grave s’ils n’en avaient pas, qu’il paraissait que les pompes de stylo Waterman allaient aussi. Que c’était peut-être universel.
Il a eu un sourire narquois de mauvais augure, et j’ai aussitôt compris que ce n’était pas universel, bien entendu. Mais que veux-tu, je crois ce qu’on me dit. D’ailleurs avant que tu achètes cet objet, j’ignorais qu’il existât des pompes pour les stylos, quelle que soit leur marque, alors…
Pire que ça. Le mec a confirmé qu’effectivement la chose n’est pas universelle (mais n’ai-je pas confondu avec les cartouches ?) mais que là n’était pas le problème. Il m’a en effet affirmé que tous les stylos Faber Kastell étaient munis d’une pompe à l’origine.
Perplexité, tu imagines.
Je me suis dit que tu t’étais fait refiler un truc pas conforme, peut-être une contrefaçon. Pourtant, et je l’ai dit au type, là où tu l’as acheté, les stylos reposaient dans une vitrine fermée à clef, alors.
Il m’a montré un présentoir avec plein de membres de la famille FK, et je n’ai pas reconnu le tien. Mince alors, ai-je pensé. Je commençais à me demander si je ne me trompais pas de marque.
Il est néanmoins assez pro, ce type, parce qu’il m’a demandé, sans être indiscret, combien tu avais payé l’objet. J’ai dit soixante-dix, quatre-vingt, environ, parce que vous comprenez elle est enseignante et elle se les fait barboter elle n’a jamais pu savoir par qui alors il n’est pas question de se pointer à l’école avec un Mont-Blanc vous comprenez. Il comprenait.
Je disais qu’il était pro, parce que le prix, ça lui permettait d’orienter ses recherches, et c’est là qu’il m’a sorti de je ne sais où une brochette de stylos qu’on ne voyait pas dans les présentoirs. C’est les nouveaux, a-t-il dit. Et j’étais soulagé, parce qu’au milieu, il y avait le tien, un laqué noir avec un motif en losanges.
Il a dévissé la tête de l’engin et il a pu constater que oh, surprise, il n’y avait pas de pompe à l’intérieur, mais seulement des cartouches et que ça alors je croyais que tous les FK étaient livrés avec leur pompe à l’origine, comme quoi, hein, on ne peut pas tout savoir finalement, même lorsqu’on connaît bien le sujet.
Il a voulu vérifier mon histoire de pompe Waterman universelle et comme il se doit c’était du pipeau.
Il a voulu vérifier qu’une pompe FK prélevée dans un autre modèle ferait l’affaire, et macache, ces cons-là ne sont pas fichus de pondre un truc universel en interne.
Il a voulu vérifier une pompe d’une tierce marque et là ça rentrait juste pile poil mais ça risquait de se coincer dans le corps du stylo et là on serait frais. Parce que bien sûr, ça ne se visse pas, ces machins-là, ça se contente de bêtement s’emboîter, alors si ça loge au centième de millimètres, quand tu le démontes ça peut rester coincé du mauvais côté et tu n’as plus que tes yeux pour pleurer.
J’ai dit qu’on n’allait pas prendre de risque, que s’il voulait bien, et c’était le cas, il pouvait commander la pompe idoine chez FK, il fallait compter deux bonnes semaines, alors j’ai promis que je repasserais en fin de mois. L’idée m’a quand même effleuré que tu t’étais plantée quand tu as fait cette judicieuse acquisition, parce chez FK, on était certainement des gens sérieux, que s’ils n’avaient pas mis de pompe dans le stylo, spécialement celui-là, c’est que ce n’était pas prévu, qu’on verrait bien ce qu’il en est à la fin du mois et que sans doute que tu devrais te contenter des cartouches. Je ne te fais bien entendu aucun commentaire quant à ta quête obsessionnelle d’un stylo équipé d’une pompe, de toute façon je m’en moque un peu, car pour ce qui me concerne, j’écris généralement au crayon de graphite.
07 novembre 2009
voile
La ville était joueuse
Elle avait plus d'un tour dans son sac
J'aimais la façon qu'elle avait
De me faire des surprises
A moi
Qui la connais si bien
Comme
De dissimuler ses richesses
Dans un écrin de brume.
04 novembre 2009
hommage automnal
Je ne vous ai pas apporté de fleurs. J’ai préféré une plante verte. Elle m’a aidé à choisir. D’ailleurs peut-être ma plante fleurira-t-elle plus tard, qui sait. Je ne sais plus de quelle sorte de plante il s’agit. Une plante verte. On dira comme ça puisque son feuillage est vert et bien fourni. Vous verrez, ça fera joli. De toute façon, à cette saison, les fleurs sont toujours les mêmes, c’est tellement triste. Alors foin des conventions, vous ne pensez pas ?
Le jour de la plante verte était un samedi. Un jour gris. Un jour où le gris pèse sur la terre. C’était de circonstance, à ce qu’il paraît.
Le gris pesait sur la terre et le vent emportait les nuées. Les feuilles mordorées volaient en tous sens. Je portais la plante verte fermement tenue contre ma poitrine, de peur qu’elle ne s’envole. Une chance il ne pleuvait pas. Et il ne pleuvrait pas. La météo était favorable. Mais grise. C’est comme ça à l’automne. Le gris pèse.
Là où vous restez, on est loin de la route. C’est bien. Il n’y a pas trop de bruit. Ainsi puis-je entendre le pépiement des oiseaux qui font votre quotidien. Et aussi les cris désagréables des corneilles et des pies. Je n’aime ni les corneilles ni les pies.
J’ai guetté les bruits des trains. Le métal qui s’entrechoque. La scansion lente des convois. Les voies ne sont pas loin. Ce sont les bruits de mon enfance. Sauf la vapeur. Le halètement des puissantes locomotives. Il n’y en a plus.
Vous êtes dans un lieu de mon enfance. Nous y venions. Pour qui ? Je ne sais plus. Mon arrière grand père, peut-être. Des cousins aussi, que je n’avais jamais connus.
Nous venions à pied. Toujours. J’étais petit. Je donnais la main pour traverser les rues. En ce temps, derrière le mur, le long de l’avenue, le trottoir n’était pas goudronné comme maintenant. Il était couvert de gros gravier blanchâtre et anguleux. J’y dénichais des fossiles.
Nous étions près de vous. A voix feutrée je parlais avec Elle. Elle avait glissé sa main dans la mienne. Nous vous offrions un peu de convivialité. Cela ne nuisait pas à mon recueillement. C’était bon qu’elle ait tenu à m’accompagner.
J’ai posé ma plante verte dans une sorte de socle en ferraille vide qui traînait sur la pierre. Ainsi elle ne partirait pas dès la première bourrasque. J’en ai vérifié l’arrangement. J’en ai profité pour vérifier qu’ils avaient refait proprement les scellements de la stèle, qu’un affaissement du terrain avait fait tomber l’année passée.
02 novembre 2009
un taxi vert
Je me souviens parfaitement du taxi. Une 404 break peinte en vert métallisé. A l’époque c’était le nec plus ultra de la bagnole, rivalisant avec les ID et DS, et plus tard avec les R16.
Ce taxi nous attendait devant la gare. A moins que ce ne fût à nous de l’attendre, mes souvenirs à ce sujet manquent un peu de précision.
Il nous fallait bien un break, n’est-ce pas, afin de monter jusqu’au Ried les bagages nécessaires pour une famille composée de quatre personnes et venant en villégiature pour un mois complet. Car en ce temps là les vacances, je veux dire les vacances familiales, duraient tout un mois, mon père alternant juillet et août avec un de ses collègues.
Cette dernière ligne droite dans le taxi vert prenait un parfum de libération, après un si long voyage. Parce que le train local qui nous débarquait à Munster était le quatrième de la journée. Pour l’enfant que j’étais, amoureux des trains, c’était bien sûr du plaisir pur ; toutefois, tout au long d’un jour, cela finissait par devenir lassant. Même pour moi. Même si je me délectais de l’odeur métallique des freins serrés. Même si j’adorais entendre la scansion des boggies. Même si je m’absorbais avec plaisir dans la contemplation des écheveaux de voies à l’approche des gares. Même si je pouvais lire sans difficulté les noms des localités sur les panonceaux ponctuant les quais (va donc lire les noms depuis la vitre d’un TGV, c’est devenu mission impossible).
Le trajet en taxi ne prenait pas tellement de temps. Il n’y avait qu’une poignée de kilomètres. A faible vitesse évidemment, compte tenu du fait qu’à partir du village suivant, on s’engageait dans un chemin non goudronné qui sinuait à travers les hautes futaies d’épicéas. Quand je parlais de dernière ligne droite, c’était une vue de l’esprit, on l’aura compris.
Il me semble que mon cœur battait plus vite quand notre taxi cahotant atteignait l’orée de la forêt, et qu’au fond de la prairie pentue que nous longions sur notre droite, j’apercevais la petite maison de bois qui fut autrefois la propriété de mon grand-oncle Camille, et qui un jour avait été représentée par un artiste de la région au premier plan d’un paysage de monts bleutés.
Il me suffit de contempler ce tableau, le paysage aux monts bleus, pour parcourir en songe les chemins d’autrefois. Je redeviens enfant. Je marche sur le chemin poussiéreux en traînant sciemment les pieds (au grand dam de ma mère) et en imitant le bruit suave d’une locomotive. Et je me dis qu’un jour à venir, peut-être qu’un train régional me déposera sur le quai de Munster, et qu’un taxi vert m’attendra dans la cour de la gare et m’emmènera dans la montagne par un chemin non goudronné, et qu’au détour d’un virage mon cœur bondira à la vue d’une petite maison de bois. Je pense à ça en souriant. Je me dis que peut-être, un jour, un autre jour.
01 novembre 2009
la fusée
Nous l’appelions « la fusée ». Sans doute les enfants que nous étions étaient-ils influencés par les aventures de Tintin sur la lune. Ainsi savions-nous qu’au repos les engins interplanétaires adoptaient une posture verticale. Ce qui était le cas de la fusée. Comme la chose arborait de plus une alternance de jolies strates blanches et rouges, il n’y avait vraiment pas de raison pour qu’on la baptisât autrement. En dépit de son immobilité. Car en vérité il s’agissait d’un banal relais de télévision, planté au sommet d’un modeste mamelon dominant la vallée appelé le Solberg.
Mon imagination d’enfant me faisait évidemment envisager d’effrayantes mises à feu. J’avais peur du feu. J’avais peur du vacarme. C’est donc avec un délice mélangé de crainte que je m’approchais de l’objet de mes fantasmes. Je ne manquais pas non plus d’inventer des histoires diaboliques mettant en scène la fusée, que je prenais un malin plaisir à raconter à ma petite sœur, qui aussitôt se mettait à pleurer. J’avais alors droit aux foudres parentales, mais je n’en avais cure. Je continuais volontiers à délirer sur des catastrophes sidérales. Pour couper court, nos parents donnaient le signal du départ et, par un large chemin empierré, nous repartions sous le couvert d’une haute futaie d’épicéas.
22 octobre 2009
automnale
Je m'en vais promener mes chaussures sur les rails désaffectés du passé. Entre autres.
A bientôt.
PHIL





