le carnet vert

15 janvier 2017

celui qui vient à elle

Une photographie en noir et blanc, tirage argentique à l’ancienne. Une femme est assise sur un lambeau de monument sculpté, quelque part en Egypte. Entre parenthèse je me demande si le photographe ne conserve que des images bizarres de ses voyages. Peut-être ne sont-ce que celles qu’il décide d’exposer. Je crois que personnellement je ne ferais pas ça, je n’oserais pas afficher le regard poétique. Décalé, dit-on.

Donc sur cette roche d’Egypte sculptée, une femme se tient assise, occupée à triturer je ne sais quel objet qui pourrait bien être un appareil photo compact, ou un téléphone de poche… Un exemple d

e technologie mobile ? Je n’ai pas fait attention à la date de prise de vue, peut-être déjà ancienne. Un homme se dirige vers la femme. De lui on ne voit que la jambe gauche, floue. On devine que le photographe a posé son appareil par terre ou sur un support, pourquoi pas un autre lambeau de temple égyptien, et qu’il a enclenché le retardateur. Il est celui qui vient vers sa femme.

Alors je me dis qu’Elle aussi s’assied volontiers quelque part pour examiner un pur produit de la technologie, son appareil ou son téléphone, fascinée ou plus sûrement agacée par les mystères de l’objet, que nul mode d’emploi ne saurait révéler. Et je me dis encore que je suis celui qui vient à elle, toujours, jour après jour. 

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05 janvier 2017

le cid

Perchée sur une racine de la bruyère, une corneille boit l’eau de la fontaine Molière. Voici à peu près la phrase mnémotechnique que me faisait apprendre ma mère afin d’enregistrer les noms des auteurs majeurs du XVIIème siècle.

Je ne suis pas grand connaisseur en matière de théâtre, et notamment de théâtre classique. Je me souviens du supplice que représentaient pour moi en seconde les cours de français. Et dire que j’ai redoublé cette classe. Je me suis longtemps demandé si le professeur n’éprouvait pas un plaisir sadique à nous infliger analyse de texte sur analyse de texte pour ces intrigues que je trouvais juste invraisemblables et dénuées d’émotion. Pour moi, qui suis néanmoins littéraire, je ne peux le nier, l’écriture se devait, et se doit encore, d’obéir à une certaine spontanéité. Or là tout est construit, étudié jusqu’à la moindre virgule, et de plus en vers. J’ai lu quelque part récemment qu’on ne savait plus lire les alexandrins (à haute voix). J’aurais tendance à dire : tant mieux. Seul Boileau avait mon indulgence : ceux de ses textes qu’on nous faisait étudier étaient courts et en prose. Et il évoquait des paysages. Je « voyais » littéralement Haute-Isle, sur ses falaises de craie dominant la Seine, sans que j’y aie jamais mis les pieds.

Hier soir, Elle et moi sommes allés assister à une représentation du Cid. Je ne peux pas dire que je me sois vraiment ennuyé, non. Je pensais conjurer mes rejets d’adolescent. J’ai tenté d’être attentif. J’ai bien sûr reconnu çà et là quelques tirades qu’on apprenait par cœur (je ne suis pas certain d’avoir connu cette malchance, mais je me souviens que ma mère ou mes oncles s’en gargarisaient parfois). Je pense que la Chimène de service a plutôt emporté le morceau, comme on dit vulgairement. Elle a dû le sentir, d’ailleurs, car lors des rappels, elle était tout sourire et semblait au centre des applaudissements. Le roi était très bon également. Mais les autres personnages…. J’ai trouvé qu’ils déclamaient des alexandrins.

A l’issue du spectacle, je n’ai pas pu m’empêcher de m’écrier, alors que nous étions déjà dans la rue, que si le théâtre classique m’ennuyait à mourir lors de mes années de lycée, quarante et quelques années plus tard, j’avais toujours du mal à me passionner. 

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03 janvier 2017

meilleurs voeux !

Je vous souhaite tout le bonheur du monde !

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07 décembre 2016

philosophe

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Luc Ferry, le ministre philosophe, parle de bonheur à la radio. Du bonheur. On pourrait évoquer des sujets plus idiots ou plus sinistres. L’homme parle bien. Je suis dans la voiture, avec Elle. Nous écoutons. Nous recevons ses paroles avec plaisir. Je ne sais pas si je lirais volontiers un livre sérieux parlant de philosophie et de bonheur. Alors capter les mots à la radio me convient très bien.

J’aurais aimé pouvoir converser plus longuement avec ce grand homme, que j’ai eu l’occasion de rencontrer. C’était il y a deux ans, peut-être, au salon du livre de Montmorillon. Avec mon éditeur, nous occupions alors un des premiers stands proches de l’entrée. Vers onze heures le samedi, Luc Ferry, président d’honneur de l’évènement, est arrivé en compagnie du maire, des organisateurs et d’autres huiles locales. Le petit groupe s’est immobilisé à quelques mètres de moi, et c’est alors que j’ai vu Luc Ferry se diriger vers moi à grandes enjambées. Nous nous sommes serré la main, nous avons engagé la conversation. Bien qu’intimidé, je me sentais prêt à répondre à ses questions, puisqu’en l’occurrence j’étais l’auteur et lui le visiteur de mon stand. Nous n’avons pas pu poursuivre. On, un on cravaté et imbu de son importance, est venu le tirer par la manche en lui désignant je ne sais quoi d’essentiel, là-bas, ailleurs dans le milieu du salon, loin de mon stand, là où bien sûr les choses allaient se passer, pas où je me tenais, évidemment, et que pouvais-je faire sinon mettre mon mouchoir dans ma poche, par-dessus mon indignation, et me dire que décidément je n’étais qu’un tout petit auteur.

A la radio, le philosophe assure qu’il ne serait pas en mesure de se sentir heureux si un de ses proches se trouvait dans le malheur. Avec Elle nous nous regardons, enfin j’essaie quand même de ne pas quitter la route des yeux, ce serait dangereux. En connivence, nous acceptons ces mots, comme une évidence.

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09 novembre 2016

jalons

J’ai vu des geais. Ils aiment bien traverser les routes. Y compris dans le brouillard. Je sais ce que dirait Gilbert : saloperies de geais ! Font-ils des dégâts dans les jardins ? Je ne sais pas.

J’ai envoyé un texto à Elle, et je le lui ai dit, j’y tenais. J’ai vu des geais. Ils ne font aucun dégât dans nos cœurs. Ils sont nos témoins. Ils ont scellés des choses entre nous, alors même que nous vivions des moments difficiles. Ou peut-être à cause de ça. Les geais, comme ciment de notre lutte, au même titre que les amanites vermillon que nous traquions dans les bois par un après-midi d’octobre ensoleillé, quelque part sur les hauteurs du Limousin.

Il est des éléments qui jalonnent nos routes comme des symboles rassurants. Les geais en sont.

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01 novembre 2016

vignoble

Nous roulions depuis quelques heures dans le brouillard. Puis le temps s’était levé, comme on dit,  sans pour autant que le soleil n’apparaisse. Pour cela il nous faudrait attendre d’avoir passé la Saône. Soudain, alors que nous filions dans la descente à quatre voies du col des Baudots, 400 et quelques mètres d’altitude, j’avais été frappé par l’impression d’une grande luminosité : les coteaux resplendissaient d’un jaune éclatant, voire de quelques taches d’un vif orangé, et j’ai supposé que c’était là la livrée automnale particulière du chasselas ou du pinot noir. J’étais ravi, comme me ravit chaque fois la vue d’un pays de vignoble, et de celui-ci en particulier. Peut-être faudrait-il un jour que j’aille me rendre compte de la couleur des quelques racines que j’ai de l’autre côté des collines, vers Rully et Mercurey (des noms qui chantent à l’oreille des bons-vivants). 

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25 septembre 2016

lasalle

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J’ai tenté de retrouver les lieux d’il y a quarante ans. Physiquement je les ai trouvés, bien sûr, il suffit de savoir lire une carte et de suivre la bonne route, et fi des GPS et autres machins du genre. Quand je dis la « bonne » route, je me comprends, j’en parlerai peut-être une autre fois. Disons qu’il s’agit de la route exacte. Donc : retrouver les lieux. Plus exactement retrouver le souvenir des lieux. Exercice périlleux, car souvent décevant.

Nous sommes arrivés par une route étroite qui n’éveillait en moi aucune image ; une route qui descendait de là-haut… J’imagine qu’autrefois nous ne montions pas souvent dans cette direction. Par contre j’ai tout de suite reconnu la rue étroite, une rue presqu’unique, très longue, sinueuse, dénuée de trottoirs et bordée de hautes maisons sombres accolées les unes aux autres. Je me souviens de l’ennui qui m’envahissait lorsqu’il s’agissait de cheminer jusqu’à l’extrémité du bourg, puis d’attaquer gaillardement le chemin grimpant jusqu’au village de Soudorgues afin d’aller faire provision de miel. Pourquoi ne nous contentions-nous pas d’acheter le miel au marché, mystère. Car c’est ce que nous avons fait lundi, le plus difficile étant de trouver une place de stationnement. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir d’avoir été un jour au marché du lundi. J’ignore où ma mère faisait les courses, et ado, je ne m’en souciais guère.

Lundi, j’ai aimé le marché de Lasalle. Les producteurs locaux y étaient nombreux, et presque tous adeptes du bio. Nous y avons fait le plein de légumes et de pélardons. Un délice. Nous avons ensuite trouvé une place libre à la terrasse du bar, pour un café ou un jus de fruits. Et je me suis aperçu alors qu’autrefois, avec mes parents, nous aimions nous y attabler le soir, entre deux parties de pétanque au pied du parvis du temple, à la lueur des guirlandes d’ampoules accrochées aux branches des platanes.

J’ai aimé l’ambiance de Lasalle, plus sereine et conforme à mon souvenir que celle des bourgs environnants.

En repartant, j’ai reconnu au passage le garage et la station service, près desquels nous avions logé la première année, cela doit remonter au début des années 70, puis la prairie longeant le pont sur la rivière, le chemin goudronné menant plus loin dans le bourg. Quant aux autres locations que nous avions occupées, je n’ai pas su les retrouver, hormis celle du hameau de Calviac, où j’avais séjourné lors de mes premières vacances avec Elle, une petite semaine de bonheur dans la fraîcheur de juin 1978, au cours de laquelle elle avait entrepris de me tricoter un pull en grosse laine verte que j’ai gardé jusqu’à ce qu’il meure d’usure.

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26 août 2016

un jour comme un autre

Un vendredi matin. Un vendredi de travail. Un vendredi d’été. Un jour comme les autres : aujourd’hui. Il fait beau et doux, un jour d’été normal. Je sors du parking. Celui de la boîte ou le parking public, peu importe. J’actionne l’ouverture du sas avec mon badge. J’enregistre mon horaire d’arrivée à la pointeuse. Plus que trois passages.

Couloir, escalier, porte d’entrée du service.

Le dernier matin.

On s’amuse, on m’acclame, un ban pour le chef ! Je ris de bon cœur. Je fais la tournée des présents, une bise par ci, une poignée de main par là. Je m’attarde çà et là. On parle vacances. Pas vacances éternelles, juste vacances. C’est normal, on est en été. Certains sont revenus d’autres sont partis. Je dis que mes vraies vacances sont pour bientôt, dans quelques jours, après le pot. Un mois loin de chez moi, avec Elle, pour une vraie transition entre la vie de maintenant, jusqu’à tout-à-l’heure, et la vie d’après, celle que je ne connais pas encore, que j’envisage vaguement et durant laquelle on n’a jamais le temps, paroles de mauvais augures.

Un vendredi matin comme celui-ci, on fait comment pour le savourer ? Je l’ignore. J’avance pas à pas dans la journée, comme d’habitude, encore dans l’action, sans trop me soucier de l’après. Tu es content, me demande-t-on ? Oui, bien sûr que je suis content. Mais comment se dire sereinement qu’on met un terme à certaines habitudes, à des fonctions, à un statut, tandis que le travail continuera, inexorablement, sans moi ? Je ne sais pas.

Un vendredi comme celui-ci est-il un jour ordinaire ? Non, puisqu’il est le dernier jour de ma vie professionnelle.

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03 août 2016

le premier jour du reste de ma vie

Le premier jour du reste de ma vie sera un samedi. Il fera suite à un vendredi, ce qui est normal, un vendredi qui sera le dernier jour de ma vie de travailleur.

Un samedi, ça ne compte pas dans ma vie de travailleur, enfin pas souvent. Le samedi est un jour de marché et d’apéro. Ou de découverte. Ou de maison. Ou d’amour. Ou de rien. Ou de tout à la fois. Ça dépend de l’humeur. Un samedi peut-il être un premier jour de ce qui restera ? Repoussons donc au lundi suivant. Non j’ai encore un sursis. Disons jusqu’au mercredi qui suivra mon pot d’adieu. Alors là oui, je pourrai dire que j’entre dans le reste de ma vie. Je n’aurai plus à activer les portes automatiques de la boîte avec mon badge, je n’aurai plus à enregistrer mes horaires, je ne verrai plus l’intérieur des murs vénérables, ni l’éclairage incertain des couloirs trop vastes, ni le lino vert des marches de pierre, usé jusqu’à la corde par des générations de pas que je n’ai pas connus. Mon bureau a déjà changé d’apparence. Le dessus est certes encore encombré des dossiers en cours, enfin qui pour la plupart étaient en cours à un moment quelconque, et que je n’ai jamais pensé à jeter (à archiver verticalement, comme on dit encore parfois dans les bureaux, mais de moins en moins depuis que le papier est devenu une denrée d’exception), mais les tiroirs sont vides. Ou presque. Plus grand-chose ne me retient. Je suis comme un ballon, accroché à la tâche par un fil de plus en plus distendu.

Bientôt, dans un petit mois, j’entrerai dans ce qui reste de ma vie. Autant dire dans l’inconnu.

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14 juin 2016

radio en grève

Aujourd’hui, jour de grève à la radio. Je prépare le petit déjeuner. Je vais chercher Elle, encore ensommeillée. Au radar, elle s’assoit. Je ne sais pas si elle s’en aperçoit, ou plutôt je fais semblant de ne pas savoir, pour le jeu, alors je le lui dis : ils sont en grève. Nous soupirons, parce que ça fait comme une épine plantée dans le gras de notre semaine. Parce que, vu que nous regardons peu la télé et que nous n’achetons pas le journal, nous écoutons habituellement les infos du matin à la radio qui cause, en même temps que nous petit-déjeunons. Ce n’est jamais particulièrement gai, surtout en ce moment, mais il faut bien savoir un peu.

Ce matin, rien. Que des chansons et des musiques que nous n’avons pas choisies, que nous n’avons pas forcément envie d’écouter, bruyants vecteurs de frustration. Encore heureux qu’ils n’en profitent pas pour nous abreuver de réclames crétines et de jingles abrutissants, comme sur les autres radios, celles qui ne font pas grève.

Nous trempons nos tartines, nous buvons nos jus de fruits, nous rangeons les bols dans la machine à vaisselle, tout ça bof bof, parce que la radio qui cause ordinairement ne cause pas aujourd’hui. Et puis soudain, du ronron sonore qui peine à éveiller notre attention jaillissent quelques notes de guitare qui me projettent en d’autres lieux, en d’autres temps ; me voilà dans ma chambre d’ado, griffonnant des poèmes sur des bouts de papier froissés ou des tickets de métro usagés, tout en écoutant la voix chaude du chanteur. Je rêvasse, je bats la mesure au rythme des branches du bouleau qui s’agitent devant la fenêtre. Je me projette dans des ailleurs encore chimériques, dans une city of night sans réalité tangible, ne me doutant pas que je n’irai jamais en Amérique, remarquez, il n’est jamais trop tard, mais je crois bien que je n’en ai pas envie. La ville évoquée restera sans doute pour moi une cité virtuelle, ayant peu de rapport avec la pochette rouge foncé du disque qui tournait alors sur l’électrophone, L.A.woman.

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