le carnet vert

18 juillet 2018

Un matin à Paris

Un matin à Paris. Assis dans le métro, ligne 4, nous filons vers le marché Saint-Pierre car Elle doit acheter du tissu. Oui nous sommes assis, évènement improbable à une heure encore matinale. Elle en profite pour consulter l’oracle de Google sur son portable afin de dénicher une éventuelle perle rare en matière de commerce de tissu. Son regard s’attarde sur une adresse. Dans le 11ème. Nous ne sommes pas dans la bonne direction. J’extirpe le plan de la ville de mon sac, je repère les lieux. Le métro s’arrête. Je regarde les indications sur le quai : Gare du Nord. Nous sortons précipitamment. Nous changeons pour la ligne 5. Couloirs blancs impersonnels et malodorants. Ligne 5, station Bréguet-Sabin, nous débouchons à l’air libre au milieu du boulevard, parmi les étals du marché. Nous ne savons pas quel jour ni à quelle heure a lieu ce marché. A chaque fois que l’aventure nous amène ici, les étals sont déserts. Enfin, je dis étals, le mot n’est peut-être pas exact. Je veux parler des structures métalliques avec les bâches qu’on déroule, justement pour protéger les étals le cas échéant. Plan en main, nous sinuons dans de petites rues vivantes jusqu’à dénicher l’adresse rechercher. Corrigeons : les rues doivent être vivantes à  d’autres moments du jour. Pour l’heure elles sont encore assoupies. La preuve, il est 10h40 et le magasin ouvre à 11h. Nous nous attablons au café d’en face pour un thé ou un café. Café, bar, restaurant japonais, bar à vins : étrange conjugaison. Quelques pas dans la rue pendant les ultimes minutes d’attente. Les autres boutiques sont censées ouvrir encore plus tard, comme c’est bizarre. Evidemment Elle ne trouve rien d’intéressant dans le magasin de tissus. Nous reprenons le métro, ligne 9, changement à Nation, puis ligne 2 en direction du marché Saint-Pierre. Station Anvers, nous descendons parmi le flot de touristes partis à l’assaut du Sacré Cœur. Elle prend le temps de photographier un morpion au coin d’une rue. Je sais, ces figurines en mosaïques se nomment Invaders, mais nous l’ignorions quand nous avons commencé à les traquer à travers la ville, objectif au vent, il y a une dizaine d’années. Je ne sais pas combien de temps nous passons au marché Saint-Pierre. Avec mon portable je photographie des coupons, que j’envoie à notre fille pour avoir son verdict. Nous finissons par tomber d’accord sur un tissu à dessins géométriques en noir et blanc, puis sur un jaune. Il est plus de 13h30. Trop tard pour rentrer manger à l’appartement, alors salade grecque et croque-madame dans une brasserie. Arrosé d’une bière fraîche, notre repas nous satisfait. Au bout de l’avenue, une librairie nous tend les bras, pour le plaisir de choisir un ou deux livres de poche. Et un stylo à glisser dans mon sac pour d’ultérieures prises de notes. Encore quelques centaines de mètres à pied, puis bus 68 pour nous retrouver boulevard Raspail, acheter quelques cosmétiques avant de retrouver notre havre de paix du troisième étage, fenêtres ouvertes sur la chaleur du dehors et la lointaine rumeur de la ville. Il est presque 17h. Le matin à Paris est bien entamé.

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08 juin 2018

photo virtuelle

L’autre matin, me rendant au marché, j’ai croisé un quidam dans la rue des Trois-Cailloux. Etrange. Pas de croiser un quidam dans cette voie, non. Même le matin on rencontre du monde dans la rue commerçante et piétonnière la plus fréquentée de la ville. L’homme était étrange par son attitude. Planté au milieu de la rue, il cadrait des vues face à moi, et je sentais bien que j’étais exclu de sa composition, ce qui me convenait parfaitement. Bref, ne tournons pas autour du pot. L’homme prenait des photos. Sauf qu’il n’était manifestement pas équipé d’un quelconque ustensile ad-hoc, comme par exemple un appareil photo, un téléphone ou une tablette. Il cadrait les vues avec ses mains positionnées en viseur. Et je voyais bien qu’il s’appliquait, le bougre. Il avait un certain âge, comme on dit en parlant des gens a priori plus vieux que soi, bien habillé, avec un brin d’excentricité dû à un blouson, tandis que pour ma part j’avais déjà très chaud. J’en ai déduit, à tort ou à raison, je l’ignore, que ce personnage était anglais. Et je n’ai pu m’empêcher de raviver avec plaisir le souvenir d’une tenancière de chambre d’hôte, à Wick, tout au nord de l’Ecosse, qui tentait de m’expliquer avec malice qu’il était normal que je ne comprenne pas la totalité de son discours, puisque même les anglais ne comprenaient pas les gens du cru.

Dans la rue des Trois-Cailloux, m’en revenant du marché avec mon sac de moules au bras, je me suis avancé jusqu’à l’endroit où un peu plus tôt était planté le quidam aux photos virtuelles. J’avais pensé que de là on pouvait cadrer la tour Perret, mais pas du tout, elle était cachée par l’angle d’une maison ou par les arbres de la place. Peu importe, me suis-je dit. Car compte tenu du contrejour et de l’atmosphère brumeuse, sa photo était inévitablement surexposée.

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La tour Perret à Amiens

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05 juin 2018

des lumas dans l'hélichryse

Des lumas dans l’hélichryse. Voici qui ferait un bon titre pour un polar, songé-je tandis qu’il a plu il y a peu et que je secoue la nappe par la fenêtre ouverte. Un polar humoristique, à la mode de ce bon vieux Charles Exbrayat, dont je lisais autrefois les ouvrages avec délectation, voire avec un accent stéphanois que j’imaginais conforme à celui d’une amie rencontrée jadis en colonie de vacances. Un polar avec un titre du style « Le temps se gâte à Zakopane ». Personne ne sait où se trouve Zakopane, j’imagine ; en tous cas moi je ne savais pas avant d’avoir lu le livre, et comme c’était il y a longtemps, je ne m’en souviens plus. Ça n’empêche pas le cher Charles d’en avoir fait un titre. Alors pourquoi pas des lumas, même si le mot ne figure que dans le langage des poitevins. Et dans leurs assiettes, mijotés dans la sauce ad-hoc. Personnellement je le préfère à la persillade, ou, mieux encore au gex fondu, selon une recette dont je garderai le secret. Bref un luma, chez nous, est un escargot, de préférence de la race des petits gris. Les lumas pullulent dans mon jardin et viennent même nous narguer jusque sous la fenêtre de la cuisine, où se prélassent iris bleus, sauges rouges et hélichryses jaunes, comme leur nom l’indique, bien qu’on les appelle plus communément immortelles ou encore herbes à curry. Je m’attarde le nez dehors, la nappe en suspens et les idées folâtres, rien qu’à cause du parfum entêtant de l’hélichryse, qui embaume par bouffées capiteuses jusqu’à nous en donner le dégoût. Alors je referme la fenêtre, je plie la nappe et la remise au placard. Les miettes du petit déjeuner sont dehors, dansant au milieu des fleurs. Tout est en ordre.

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19 mai 2018

racoin

Dans la matinée, je sors acheter du pain. En bas de la rue, de l’autre côté de la palissade, l’écheveau des voies ferrées fait silence. C’est jour de grève. A l’autre extrémité de la rue s’agglutinent en grappes les lycéens. Vu l’heure, ils devraient être en cours. Peut-être là aussi est-on en grève. Je bifurque dans une rue adjacente. Je tiens à profiter, gorger mon regard de l’harmonie architecturale des modestes amiénoises blotties les unes contre les autres. Amiénoise : ainsi nomme-t-on les maisons populaires traditionnelles dont sont faits les quartiers périphériques de la ville. Le centre ville en est dépourvu : elles ont été détruites par les bombardements de la dernière guerre. Au coin d’une ruelle, deux commères discutent. Amusé, je capte quelques bribes de leur conversation. L’une d’elles a fait repeindre ses toilettes de couleur claire, parce que vous comprenez, elles se situent dans un racoin sombre de la maison. Et me voilà plongé dans le passé, dans le vocabulaire fantaisiste et imagé de ma grand-mère. Elle n’était pourtant pas picarde. Je n’ai jamais plus entendu parler de racoin depuis ma jeunesse, alors que le logement de mon aïeule était si exigu qu’il était forcément truffé de racoins plus ou moins secrets pour ranger les affaires, faire sa toilette et sa cuisine. Impossible de s’y cacher. Enfant je n’en étais pas frustré pour autant. Au contraire, j’aimais la chaleur parfumée de ce cocon. J’aimais y venir l’été, quand nous pouvions avec soulagement élargir notre horizon en ouvrant grand la fenêtre. Alors mon regard se perdait au loin, escaladait les collines, sur l’autre rive de la Marne, aussi densément peuplée que la nôtre. La province se terrait loin derrière, inaccessible, la Picardie peut-être, dont j’ignorais alors l’existence. Pour ma part, en bon passionné des trains, je m’absorbais dans la contemplation du ballet incessant des RER dont la ligne s’incrustait à hauteur de notre fenêtre. J’ignore s’il existe une nuance, mais pour en revenir au mot déclencheur de ma divagation,  mon vocabulaire personnel m’imposerait plutôt un banal recoin en lieu et place de ce merveilleux racoin. Et voilà, le charme est rompu.

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12 avril 2018

les arques

Après une dernière montée de la route étroite, voici enfin le village. Un parking à droite. Elle se gare et coupe le moteur. Nous sortons de la voiture. Le silence nous accueille. On ne le dira jamais assez, mais la notion de silence est illusoire. En ce printemps revenu (tardivement), les oiseaux donnent de la voix. Rien d’exotique. Des mésanges, des chardonnerets, des moineaux. Au loin le doux chant d’une tondeuse nous rappelle la présence de l’humain. Nous sommes en manches courtes pour la première fois de l’année. Il était temps. Nous montons vers le village, appareils photos sur le qui-vive. Nous trouvons une petite place enherbée, piquetée de pâquerettes, devant la petite église. J’entre. Il fait encore frais. L’intérieur me semble étrange, fait de quelques vestiges rongés par le temps et d’une nef boisée. Le mot nef prend tout son sens par la similitude d’aspect entre la voûte d’une église et la coque d’un voilier ancien. Je me retourne. Au-dessus du portail un grand christ de bois torturé tend ses bras décharnés vers le ciel. Je pense « tombé du ciel », et me vient l’envie de fredonner, non de chanter à tue-tête, et je regrette de ne pas être capable de retenir plus de deux mots d’une chanson. Finalement je n’en fais rien, bien sûr, je n’ai pas été élevé comme ça, dans une église, en dehors des messes on fait silence. Le christ est un hors d’œuvre. Dehors, dans les recoins des murs se dressent quelques statues de bronze, de ces formes anguleuses et émouvantes comme nous en avons déjà vues au musée parisien consacré à Ossip Zadkine, et même disséminées dans le jardin du Luxembourg. Dans le musée nous admirons peintures et sculptures de l’artiste. Certaines, taillées brutalement dans d’énormes troncs d’orme, sont imposantes. Je sais d’avance que si je prends des photos, je ne pourrai rien en faire : les statues sont trop grandes, je ne peux les fixer qu’en contreplongée. Je déclenche quand même. Et puis je prends des détails, je joue avec les lignes de bois, les nuances de blond. Nous restons assez longtemps, je crois. Il me semble qu’Elle aime cet endroit, que j’ai déjà visité sans elle, voici cinq ou six ans. J’en suis heureux. Nous ressortons pour errer dans les rues du village. A sa tourelle, nous reconnaissons la maison dans laquelle ont vécu l’artiste et son épouse. Je m’accoude à un muret. Nous dominons la campagne. Je me prends d’amour pour un chemin qui s’enfonce dans un sous-bois, clic, clac, merci Kodak. J’ai besoin du grand angle pour photographier l’église en entier, sur fond de ciel bleu strié de quelques nuages effilochés. J’ai encore de la musique en tête. Je souris. Il y a quelques heures la radio nous a appris le décès de Jacques Higelin. Je devrais être triste. Je le suis sans doute. Et pourtant j’ai envie de rire au souvenir de chansons entendues des centaines de fois, et des concerts auxquels j’ai assisté autrefois, ou bien devrais-je dire participé ? C’était le genre de fête où on se sent en communion. Le chanteur savait faire cela : donner aux gens ce sentiment de joie et de communion. Nous rangeons les appareils et nous repartons par une route sinueuse et étroite. Nous restons empreints du bois sculpté, du bronze et des chansons, apaisés.

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30 mars 2018

frisson

Nous roulons vers la ville, radio allumée sur les souvenirs. Cette semaine on commémore mai 68. Hier soir, les invités d’une émission étaient consultés sur les mots : à propos de cette tranche de vie symbolique doit-on dire tout simplement 68, ou bien les évènements de 68, ou encore je ne sais plus quoi, la brèche je crois. La plupart ont répondu comme je l’aurais fait moi-même : 68. Pour en revenir à notre trajet motorisé, la plupart des émissions du moment sont illustrées par des musiques de l’époque. Et voilà qu’à l’écoute de l’une d’elles, je suis soudain parcouru d’un grand frisson complètement inattendu. C’est d’ailleurs le propre du frisson qu’il soit inattendu. Ce qui m’étonne surtout, c’est qu’un morceau, certes sympathique, écouté maintes fois jadis sans déclencher chez moi d’émotion particulière, résonne soudain d’une façon aussi spectaculaire. Est-ce l’effet de la musique elle-même sur ma moelle épinière, ou la nostalgie d’une époque (non pas mai 68, j’étais trop jeune et je n’écoutais pas de musique, mais plutôt quelques années plus tard, avec une apogée en 73, quand j’écoutais du rock à fond la caisse et que je rêvais de devenir un poète maudit).

Je ne sais pas s’il s’agit d’une simple coïncidence, mais je revis à nouveau ce moment d’exception au moment d’écrire ces lignes : l’ordi diffuse une version jazzy de « Paint it, black » enregistrée par le pianiste Rémi Panossian.

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21 mars 2018

rails

Je ne sais pas si vraimant j'avais atteint l'âge de 1000 kilomètres. A la réflexion, il me semble que j'étais beaucoup plus vieux que cela. En fait le kilomètre était inscrit dans mes gènes. Cela me venait de mon arrière-grand-père que je n'avais pas connu, celui qui était chauffeur. Je me souviens qu'enfant je lui rendais parfois visite au cimetière, tenant sagement la main de ma grand-mère, sauf quand je lui échappais pour ramasser des cailloux aux empreintes de coquillages. Nous passions non loin des voies ferrées et j'étais ébloui par le halètement puissant des convois à vapeur en partance pour la montagne. Aujourd'hui, à l'heure de ces horribles TGV conduisant de nulle part à ailleurs à la vitesse du vent, je ne suis pas étonné de me prendre de sympathie pouur des rails rouillés semblant naître d'une poignée d'herbes folles pour s'enfuir vers un néant brumeux

Petit texte écrit lors d'un atelier d'écriture à Bourges, le 9 mars 2018

 

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18 janvier 2018

pensées

Quelques jours avant la Toussaint, je me suis rendu chez le pépiniériste de mon village afin d’y acheter des compositions florales à déposer sur les tombes des miens au cimetière de Dole : une pour mon père et l’autre pour mes grands-parents. J’ai ainsi déniché deux jolis ensemble comportant des plantes a priori résistant aux gelées, et des pensées fleuries de joyeuses couleurs, jaune vif pour l’une et orangé pour l’autre.

Depuis cette date je me suis rendu au moins plusieurs fois à Dole (à environ 500 kilomètres de la maison). Pourtant, pour diverses raisons comme pas de place dans la voiture, les fleurs sont toujours chez moi, bien en vue devant la fenêtre du salon. Mon regard tombe dessus dès que je fais un pas dans la cour, par exemple en allant chercher le courrier ou en allant remplir les arrosoirs. Il a bien gelé quelques fois au début de l’hiver, et puis nous avons subi quelques queues de tempêtes qui auraient pu se révéler dévastatrices. Pour autant les pensées jaunes et orange ne se sont pas attristées. Elles me font de l’œil à chacun de mes passages, et à chaque fois je pense à eux, à mon père, à mes grands-parents, je crois que je pense même plus souvent à eux que si les fleurs étaient à leur place normale, sur les tombes. Je me demande si la prochaine fois que je retournerai « chez nous », comme je dis pour évoquer Dole, j’aurai encore envie d’y porter les fleurs, puisque là où elles se trouvent, dans la cour de ma maison, elles remplissent leur office merveilleusement.

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13 décembre 2017

albums photos

Mon tout premier roman, écrit au début des années 90, au crayon sur une ramette de papier car n’ayant pas d’ordinateur à cette époque et donc pas de traitement de texte, s’intitule « Le petit déjeuner » en référence à un tableau cubiste de Juan Gris. Ce texte n’a jamais été publié car très personnel, et sans doute aussi très brouillon, le style se bonifiant avec l’expérience sinon avec l’âge. Peut-être le retravaillerai-je un jour. En attendant ce ne sont pas les projets qui manquent. Dans ce texte le personnage principal feuillette une collection d’albums de photos familiales, faisant ainsi ressurgir nombre de situations et d’anecdotes oubliées, ce qui constitue le fil conducteur de l’histoire.

Aujourd’hui je possède un ordinateur. J’en ai même plusieurs. Sur l’ordi portable, lorsqu’il est en veille et branché sur le secteur, un diaporama présente de façon aléatoire les nombreuses photos contenues dans les fichiers, en insistant sur les plus récentes, à savoir celles de mon petit-fils adoré. Cela revient aussi à feuilleter un album photo de manière plus moderne, ce que nous faisons Elle et moi, accoudés au comptoir du coin cuisine tout en sirotant notre café tandis que l’appareil à images est posé sur la table de la salle à manger. Autant dire que voilà un bon moyen de faire travailler notre mémoire, car pour bon nombre des images, nous n’avons plus idée de où et quand elles ont été capturées. Je ne sais pas s’il y a là matière à roman, mais en tous cas l’exercice est plaisant.

 

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Vue de Rhiconich, sur la côte nord-ouest de l’Ecosse. Sans rapport avec le sujet ? Eh bien si : nous avons agréablement petit-déjeuné face à ce splendide paysage.

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23 octobre 2017

raisin

Nous étions début septembre, un lundi. Nous avions consulté la météo. Contrairement à celle de la veille elle était prévue clémente. Pourtant, s’il n’y avait qu’un nuage, il serait pour nous. Un gros nuage. Nous venions à peine de quitter les remparts de la citadelle quand nous dûmes nous résoudre à passer nos capes de nylon, que nous savions déjà être assez peu imperméables. En marchant nous avons atteint les abords du marais. Le soleil apparut, chaud immédiatement. La terre transpirait. Au loin le marais miroitait. Nous avons contourné quelques parcelles boisées, d’autres cultivées. Çà et là, quelques arpents de vigne. On avait commencé la vendange. Le raisin était en avance. Je crois que nous avons eu la même soif au même moment. D’un pas accordé, nous nous sommes dirigés vers le premier rang de vigne. Du chardonnay ? Du sauvignon ? Du colombard ? Je ne sais. Du blanc. Les grains d’un beau jaune doré, encore humides de l’averse. J’ai cueilli une grappe. Sacrilège ! En marchant nous nous sommes mis à picorer les grains. Je voyais tes yeux. Ils riaient. Du raisin, tu penses. Notre première grappe de la saison.

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