le carnet vert

11 octobre 2017

Devant le seuil

Mon troisième roman est paru chez Editions de la Rémanence ! Un texte qui me tient particulièrement à coeur...

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11 septembre 2017

la poste écossaise

En Ecosse il existe encore de ces célèbres cabines téléphoniques rouges, souvent associées à l’image qu’on se fait de Londres. En fonction de la densité de l’habitat, certaines d’entre elles semblent avoir été posées au milieu de nulle part, telle celle que j’ai photographiée en surplomb du loch Inchard, à l’extrême nord-est du pays. Ces cabines sont-elles encore en fonction, ou bien sont-elles vides à l’instar des rares qu’on rencontre encore en France ? Si elles fonctionnent, permettent-elles une conversation en temps réel, ou les mots errent-ils dans l’espace pour une durée variable, au même titre que le courrier ? J’ignore quel est le délai maximum demandé par la poste pour acheminer le courrier jusqu’en France. Toujours est-il que nous avons quitté l’aéroport d’Edimbourg le 30 juillet, les cartes postales ayant été déposées quelques jours plus tôt dans une boîte ad-hoc, et que ma sœur a reçu la sienne le 30 août. Peut-être que certaines d’entre elles n’ont pas encore atteint leurs destinataires.

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28 août 2017

le lac des cygnes

Simonne est partie sur un air du Lac des Cygnes. Mon émotion n’était déjà pas feinte, mais quand les notes sublimes ont retenti sous la voûte romane, bien qu’émises par un modeste lecteur portatif, un long frisson incontrôlable a parcouru mon dos. Il est dur de retenir ses larmes quand un être cher nous quitte, et sur une telle musique. J’ignore si dans sa jeunesse Simonne était danseuse. Je ne crois pas. Je l’ai déjà entendu dire qu’elle aimait la gymnastique. Alors pourquoi pas la danse. En tous cas, à ma connaissance, elle ne figurait dans aucun corps de ballet. Je ne suis pas danseur non plus, bien loin de là, mais j’aime le Lac des Cygnes. La musique. Je fais parfois des infidélités au jazz : j’aime Tchaïkovski. Si je devais emporter une brève sélection de CD sur une ile déserte, Le Lac des Cygnes en ferait sans doute partie. Il faut que je remercie Marie, et Elle, d’avoir choisi un air que j'aime pour accompagner celle qui partait. Ainsi lorsque je penserai à Simonne je me souviendrai longtemps de son sourire espiègle, de ses réparties acérées et pleines d’humour, et de cette musique.

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16 août 2017

orchidées

Nous avons trouvé des orchidées sauvages près d’un lac, un des deux lochs Leven, celui qui s’alanguit dans l’est du pays. Les fleurs resplendissaient dans une zone humide où j’ai malencontreusement posé le pied droit, ma chaussure m’en a voulu, à tort, puisque le vent fou a mis peu de temps à la sécher. L’instant précis où je découvre une orchidée sauvage dans un endroit inattendu est pour moi une brève parenthèse de bonheur pur, de temps arrêté. Il ne me reste qu’à détourner le mufle du reflex qui mitraillait la montagne aux couleurs changeantes, sur la rive opposée, à poser un genou dans l’herbe, hum, le vent fou séchera mon jean, et à déclencher encore et encore.

 

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13 août 2017

les bancs

Nous musardions sur des routes étroites et sinueuses. Le vent striait la mer. Nous visitions de pimpants villages fleuris ayant pour noms Aberdour, Elie, Anstruther, Crail… Nous nous blottissions sur des bancs publics, face au large, et nous scrutions sur la rive opposée du Firth of Forth la vague silhouette d’Edimbourg entortillée dans ses collines abruptes. Quand nous avions avalé assez d’air, nous partions nous restaurer, le premier jour d’une « soup of the day », le lendemain du plus célèbre « fish and chips » de la région. Des bancs, il y avait à dire : chacun d’eux, dans chaque ville d’Ecosse, sur les trottoirs, dans les parcs, dans les jardins, est dédié à un défunt, tel un ex-voto en communion avec le paysage. Du coup s’asseoir sur un banc n’était pas un acte dénué d’émotion.

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08 août 2017

glasgow

J’avais bien imaginé visiter la ville sous la pluie. Je n’avais pas imaginé qu’il pleuvrait toute la journée. A juste titre : on m’avait affirmé qu’en Ecosse la météo était changeante. Mais pas ce jour-là.

J’avais imaginé une ville pentue. Elle l’est, mais beaucoup moins qu’Edimbourg. J’avais imaginé une ville pauvre. Je n’en ai pas eu l’impression. A moins que le lustre des artères majestueuses ne soit qu’une illusion. Je garde en mémoire les images d’un film de Ken Loach dont j’ai oublié le titre. Il a dû le tourner dans une quelconque banlieue déshéritée que nous n’avons pas vue.

J’ai aimé l’architecture de la ville, les façades Art Nouveau à la sauce McIntosh. J’ai aimé la « Light House », en partie consacrée à l’architecte, j’ai aimé la vue panoramique depuis le sommet de la tour, même noyée de crachin. J’ai aimé faire connaissance avec les Glasgow Boys à la « Kelvingrove art gallery ». J’ai aimé que les rues ne soient pas envahies par les touristes. J’ai découvert ici qu’en Ecosse comme en France, les enterrements de vie de jeune fille font fureur. Je me suis amusé de leurs présences tapageuses.

J’ai aimé la ville, en fait.

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06 août 2017

bière

Aux alentours de 17h, il nous semble assez naturel de faire une pause à la terrasse d’un débit de boisson pour y déguster une bière. La bière est une spécialité de partout et notamment écossaise. Nous nous asseyons donc à une table avenante et nous attendons. En vain. L’établissement est pourtant ouvert. Ma petite-fille m’accompagne à l’intérieur pour commander. Il y a pas mal de bonshommes accoudés au zinc, une télé qui diffuse du sport et des pompes à bière en nombre raisonnable. Parfait. Sauf que. Au moment où je tente de passer commande, la serveuse demande l’âge de la petite. J’explique qu’elle aura dix-huit ans dans quelques jours… Pas possible. Elle n’a pas droit à la bière. Qu’à cela ne tienne, elle se contentera d’un soda. Toujours pas possible. En fait elle n’a pas le droit d’entrer dans le pub, ni à la terrasse  puisqu’elle n’a pas encore dix-huit ans. L’idée m’effleure de l’envoyer faire une nouvelle exploration du Primark voisin pendant qu’Elle et moi consommons, mais non, ce n’est pas sympathique. Nous nous passons donc de bière et apprenons par la même occasion que les règles britanniques en matière de consommation d’alcool par les jeunes sont bien plus sévères que chez nous. Par contre pas de problème dans les restos lorsqu’il s’agit d’accompagner agréablement son repas. Du coup le soir même nous pouvons enfin tester d’excellentes ales de la région. 

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04 août 2017

victoria street

Premier contact avec l’Ecosse : l’aéroport d’Edimbourg. Nous avons passé les inévitables contrôles, récupéré les valises, tout va bien. Nous sortons. Il fait (encore) beau et la température est clémente. Adieu la canicule. Où donc se trouve le bus pour rejoindre le centre ville ? Je ne sais pas. Le tramway me semble plus pratique et je l’aperçois au bout de l’esplanade. Il y a même un espace pour se renseigner. Ce que je fais tant bien que mal, parce que, même si j’ai appris l’anglais au lycée comme tout le monde, le souvenir en est lointain et je n’ai pas la pratique surtout à l’oral. Quant aux écossais, ils ont un accent, ce qui peut paraître évident mais qui ne simplifie pas forcément les choses au début. Bref, l’employé parvient à m’expliquer à quelle station descendre pour rejoindre notre hôtel, et quel trajet pédestre suivre ensuite. J’achète les billets aller-retour à la borne automatique, et nous voilà en route. Le contrôleur ne tarde pas à se présenter pour cocher nos billets. Pendant tout le trajet il parcourt la rame dans les deux sens, repérant les voyageurs montés aux stations intermédiaires. Il donne l’impression de connaître ses voyageurs. Nous sommes ses voyageurs, et il nous a en charge jusqu’à ce que nous quittions la rame. Cette impression sera confirmée avec un de ses collègues lors du retour deux semaines plus tard.

Princes Street. Nous descendons. Instantanément nous nous trouvons happés par la foule des touristes. Car voilà l’image principale que je garde d’Edimbourg : une foule compacte de touristes en mouvement. Dont nous, avec nos valises. Un peu décourageant. Et puis il est près de 14h00 et nous avons faim.

Nous entamons le trajet que l’employé du tram m’a obligeamment tracé sur un plan. Nous trainons nos bagages dans une côte pour atteindre Old Town. Edimbourg est pentue. Nous traversons le Royal Mile, l’artère principale de la vieille ville avant de nous engager dans Victoria Street. Cette fois nous descendons. Je trouve cette rue très photogénique. En tous cas je crois que c’est la seule rue colorée de la ville. Autrement la plupart des bâtiments sont de pierre gris foncé, et d’une hauteur impressionnante. La carte d’un restaurant de la rue nous semble alléchante. On nous y accepte avec nos valises. J’avoue que je ne me souviens plus quel plat j’ai choisi. Quelque chose à base de poulet, je crois. Par contre je me rappelle de l’entrée, cullen skink , une soupe à base de pomme de terre et de haddock fumé, spécialité que nous retrouverons un peu partout dans le pays. Nous ne sommes pas déçus par notre premier repas écossais.

 

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01 août 2017

départ

Quel est le moment précis où commence le voyage ? Lorsqu’on attend fébrilement l’arrivée du RER qui nous conduira à l’aéroport ? Lorsqu’après avoir passé les multiples contrôles et essuyé quelques sueurs sur son front, on attend enfin près de la porte d’embarquement (Dieu merci, on ne fait pas la queue devant la porte comme bon nombre de passagers, puisque de toute manière on a déjà un numéro de siège dans l’avion) ? Lorsqu’on arrive un peu perdu dans l’aéroport de destination ? Non. Je crois que le voyage commence, enfin c’est ainsi que je l’ai vécu, au moment précis où, après avoir vérifié une dernière fois qu’on a bien fermé l’eau, débranché le fusible du chauffe-eau et qu’aucun passeport n’a été oublié sur un coin du buffet, on verrouille la porte de l’appartement et on s’engage dans l’escalier, sac au dos et lourde valise en main. Destination : Edimbourg. C’était le 14 juillet, je préfère évoquer mes impressions avec quelques jours de recul plutôt que de les donner en direct.

 

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03 juillet 2017

émotions

Le 1er juillet il pleuvait. La veille, le 30 juin, il pleuvait aussi. Et il pleurait. Je dis ça pour le jeu de mot, bien sûr, et aussi parce que le 30 juin était un jour d’émotions. Je n’en savais rien avant, ce n’était même pas mon anniversaire, pas encore, mais dès le matin de ce 30 juin, il y avait quelque chose dans l’air. Pourtant il pleuvait.

Lorsque je sui revenu de la boulangerie, que j’ai eu fini de préparer le petit déjeuner, je suis allé chercher Elle dans la chambre. Elle lisait. Des larmes glissaient sur ses joues. Elle a refermé son livre et m’a souri. Ce n’est même pas triste, m’a-t-elle assuré. Secrètement j’ai remercié l’auteur de l’ouvrage, qui savait si bien activer son émotion.

Nous avons bu le café et mangé les tartines, tandis que la radio débitait les informations, et c’était le dernier jour de Patrick Cohen sur France Inter, ch    aque chroniqueur, chaque chroniqueuse y allait de son couplet gentil, et l’émotion était encore au rendez-vous, très professionnelle, n’est-ce pas, mais quand même. De plus l’invité de l’émission était Bernard Lavilliers, l’homme debout, l’inlassable conteur des aciéries défuntes. Alors en matière d’émotions, pensez… Nous ne connaissons pas du tout la Lorraine, les mines, les hauts-fourneaux, la tristesse des fastes oubliés et de la vie passée. Pourtant Elle et moi étions aux aguets, la tartine en suspens, à l’affut des mots. Un courant passait, qui nous parlait de classe, qui nous parlait de nous, peut-être.

Plus tard dans la journée, nous avons appris le décès de Simone Veil. Nous avons fait silence. Que dire. Sinon l’admiration. Et l’émotion.

Dans l’après-midi nous n’étions pas tristes. Pourtant nous visitions une exposition qui parlait d’exil, Ciao Italia, des gens qui avaient un jour quitté leur terre pour venir en France. Nous avons écouté François Cavanna nous raconter la truelle de son père maçon, nous avons écouté Reggiani chanter l’Italien, et Montand Bella Ciao. Nous avons passé les cols avec les coureurs du tour de France. Nous avons tenté de retrouver le goût du Cinzano. Nous avons pensé à nos lectures. Nous avons pensé aux paysages visités dans la vallée de la Trebbia (j’ai pensé à Caravan, au plaisir de l’écriture). Nous avons pensé à nos amies ayant fait le voyage en sens inverse. Nous n’avons pas d’attaches familiales en Italie. Juste des amies. Et pourtant il y avait là, dans cette exposition, quelque chose qui faisait battre mon cœur un peu plus vite. Quelque chose comme de l’émotion.

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