Je lis un roman vietnamien auquel je trouve un côté un peu lancinant, lent ; peut-être est-ce le propre de la littérature asiatique. Tout à coup je m’évade. Mes yeux se ferment doucement. Le livre se referme sur mes doigts. Il n’est pas encore près de me tomber sur le nez. Je suis toujours présent et déjà parti. Je nage entre deux eaux. Soudain je vois un fond de ciel d’un bleu profond sur lequel se détache le fouillis inextricable des branches du seringat que j’ai entrepris de tailler, juché sur un escabeau instable dont les pieds s’enfoncent progressivement dans le sol de la cour rendu meuble par l’hiver. Je crois qu’il s’agit d’un des travaux les plus ingrats du jardin, la taille des seringats : les branches sont hautes, pour partie inaccessibles, coincées contre le grillage du voisin, elles s’emmêlent, me griffent les bras, violentent mes lunettes. En tous cas je ne peux nier avoir été marqué par ma tâche de l’après-midi puisque le soir, allongé sur le lit avec un livre à la main, j’en rêve encore