Les temps changent. Tout change. La rue est triste, il me semble. Peu animée, en tous cas. Dans un sens, tant mieux si les boutiques ne sont pas prises d’assaut. Nous devons sacrifier au rituel des cadeaux de Noël. Donc boutiques. Hier, j’ai dit à Elle, en approchant de l’une d’elle, je t’attendrai à l’extérieur. Je l’ai déjà fait. Mais ce jour-ci, pas besoin. La foule n’était pas au rendez-vous. On pouvait respecter mon espace vital.

Les temps changent. Les rues aussi. Je reconnais celle-ci, bien sûr, nous y passons souvent, à pied ou en bus. Mais suis-je bien sûr de tout reconnaitre ? Où est le restaurant où nous avions déjeuné quelques années plus tôt, à peu près à la même époque ? Je m’en souviens, il y avait des décorations. J’avais photographié les mascarons ornant l’immeuble d’en face à travers les guirlandes lumineuses qui pendaient devant la vitrine.

Les temps changent. Les envies aussi. Puisqu’il est midi et qu’il est question de restaurant, nous commençons à consulter les menus qui s’offrent à nous, à regarder à travers les vitres sombres. Il y a des gens, il y a du bruit. Des chichis sur la carte et des prix déraisonnables. Nous sommes dans un quartier branché. Je n’aime pas ce mot, branché. Je ne l’emploie pas souvent. Mais chacun saura ce que je veux dire.

Il règne ici, dans les rues du Marais, une animation qui nous parait factice, dont nous ne voulons pas. Nous préférons le calme et la simplicité. Nous parcourons plusieurs centaines de mètres. Nous traversons des avenues. Au coin de la rue de Turbigo, nous dénichons un troquet. Devant, sur le trottoir, une ardoise… Dedans, du monde agglutiné autour du bar, c’est sans doute l’heure de l’apéro, de la sortie de la messe ou du retour des isoloirs (je ne pense pas un instant à ce qu’ils ont pu voter. Dois-je m’alarmer ?). Du monde aussi dans le coin dévolu au PMU. Les canassons courent toujours, c’est une affaire qui marche.

Les rues changent, les ardoises aussi. Ici on fait le menu du dimanche midi à 16,5 euros. On se frotte les yeux pour vérifier qu’on a bien lu. Oh, bien sûr, les plats proposés sont d’un grand classicisme. Terrine, tomate/mozza, gratinée à l’oignon et un autre choix que j’ai oublié pour les entrées. Bavette à l’échalote, andouillette, confit de canard… Il y a même de la crème brulée au dessert. Que demande le peuple ? Nous entrons. Nous ne le regretterons pas. D’autant que l’ambiance est populaire, apparemment bon enfant, un rien gouailleuse, dénuée de musique pénible, bref, comme nous aimons. Les serveurs sont sympathiques et aux petits soins. Les autres convives, des habitués. Des habitants du quartier. Dont deux mamies, qu’Elle observe d’un œil amusé. L’une d’elles, en forme physiquement, mais râleuse. L’autre arrivant appuyée lourdement sur un déambulateur, assez chancelante. Au bout du rouleau ? Il ne semble pas. Elle montre plutôt une attitude enjouée et un appétit féroce.

Nous avons passé un moment agréable. Nous nous sommes régalés. Nous sommes contents de ne pas être entrés par dépit dans n’importe quelle cantine à « bobos » et d’avoir pris le temps de trouver un lieu qui nous convenait. Je crois que c’est la bonne méthode. Espérons que nous saurons nous en souvenir.