Les noms de Bryan Ferry, Andy McKay, Phil Manzanera et Brian Eno vous rappellent quelque chose ? Oui, vous avez raison, ce sont bien ceux des principaux membres du légendaire groupe anglais Roxy Music.

Nous sommes le 26 novembre 1972. Je ne sais pas combien nous sommes. Je ne me souviens plus. À la gare de Savigny, nous prenons d’assaut un train de banlieue. Je ne suis pas certain d’avoir payé mon billet. À l’époque nous rivalisions de dérisoires gestes subversifs. Dans mon souvenir il faisait beau. De cela non plus je ne suis pas sûr. Il se peut que je confonde avec une autre descente sur la capitale. Une manif, peut-être, quoique la plupart du temps nous nous contentions de défiler dans les rues de Savigny.

Donc ce jour-là. Journée finissante. Train de banlieue. Métro. Je me revois ensuite gravir les escaliers menant à la salle. J’ai dans l’idée une rue étroite, mais ce n’est pas vrai, vous savez bien, puisqu’il s’agissait du boulevard Voltaire. Je n’ai pas mémorisé d’image du théâtre. Pas plus à  l’extérieur qu’à l’intérieur. J’ai été surpris par le décor nocturne (et tragique) qu’en montrait la télé. Je n’ai plus en tête que les escaliers, les costumes extravagants des musiciens, leurs chaussures à grosses semelles. Et la musique bien sûr, tellement forte, et tellement conforme au « 33 tours » que je m’étais religieusement offert, qui nous prenait malgré tout aux tripes, je devrais même dire que j’avais l’impression de recevoir des coups en pleine poitrine, c’était à la limite effrayant. Je n’avais pas l’habitude de sonos aussi puissantes, dans la petite salle des fêtes de ma ville, où ce n’était pas nécessaire.

Je ne me rappelle pas de la suite. Je présume que j’ai pris du plaisir, et que les jours suivants j’ai continué d’écouter en boucle mon « 33 tours » dans le huis-clos de ma chambrette, rêvassant devant la fenêtre exigüe par laquelle j’observais le ballet des rameaux de bouleau agités par le vent.

Le concert de Roxy Music est le seul concert de rock auquel j’aie assisté dans une grande salle parisienne. J’avais dix-sept ans. Je ne suis jamais retourné au Bataclan.