A la radio on évoque le décès d’une actrice connue. Une rigolote. 68 ans. Ce n’est pas un âge sérieux pour mourir. On s’attend presque à ce que l’animateur de l’émission ajoute que ce n’est pas politiquement correct. Du reste l’émission donne la parole à une thanatopractrice. Il paraît qu’il n’y a qu’en français de France qu’on ne prononce pas le mot embaumeur, ou embaumeuse (que Word ne souligne pourtant pas). 68 ans, c’est trop jeune. On parle de longue maladie. On parle des suites de, comme si ce n’était pas la maladie elle-même, longue de surcroît, qui tuait.

Mon grand-père est mort subitement à 63 ans. J’étais alors un jeune garçon de 12 ans, j’allais bientôt faire ma communion. Je pense encore souvent à lui. Je crois qu’en lui j’ai perdu mon initiateur, celui qui m’avait un soir de Noël fait goûter ma première gorgée de vin, un vin de chez nous, blanc évidemment ; celui qui m’a fait fumer ma première cigarette en une semblable occasion, une étrange cigarette fine et colorée, qui venait je crois de la Suisse voisine, et qu’on sortait religieusement d’un coffret de bois. J’ai sans doute déjà raconté cela, dans les pages de ce carnet vert ou ailleurs. Peu importe. Je répète mes mots à l’infini. Là est mon style. Là réside un rythme que j’accorderais volontiers à des musiques tribales.

Quoi qu’il en soit, après plusieurs décennies,  je pense encore souvent à mon grand-père et, j’ignore si cela est politiquement correct, mais je crois que j’ai hâte d’atteindre l’âge de 64 ans.

 

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Texte écrit il y a quelques semaines sur mon cahier de notes de l’université inter-âges, en attendant Elle pendant sa séance de kiné.

Ambiance sonore : buena vista social club