Si le silence envahissait soudain la cuisine, j’entendrais aisément l’eau s’égoutter dans les chéneaux. Cela ne se peut pas. Aucun risque que le silence atteigne subrepticement cette cuisine. Nous sommes plusieurs à vaquer, couper, mixer, touiller, rincer. On prépare un festin. Le printemps fait grise mine. Il murmure dans les gouttières. Il verdit le jardin. Il exubère. Il fait un temps à officier en cuisine. Les recettes sont déployées, aussitôt lues dans la dernière revue, aussitôt adoptées. Bientôt adaptées. Cela va sans dire, car il manque toujours ceci ou cela dans les placards.

Pour la satisfaction des recettes, je passe un imper et me rends au jardin. J’effeuille la rhubarbe. Je coupe une large brassée de cerfeuil. Il en faut moins que ça pour que je sois trempé.

De la rhubarbe, je ne fais pas de confiture, non. Je la prépare comme si c’était le cas. Et puis avec le jus obtenu, j’arrose une épaule de sanglier avant de l’enfournée, encore agrémentée de feuilles de sauge et de rondelles de citron. Vous ne raffolez pas du gibier ? Moi non plus ; du moins je déteste les marinades au vin rouge, et tout ce qui renforce une saveur déjà puissante. Mais là, le résultat était à la hauteur de mes espérances. Suave.

Du cerfeuil, que je mets longtemps à effeuiller, je conçois un pesto. La recette prévoit un pesto de coriandre. Je m’adapte. Je ne dispose pas de coriandre, mais j’ai du cerfeuil à profusion. J’ignorais qu’on pouvait confectionner du pesto avec autre chose que du basilic. Me voici démenti. Cette préparation est destinée à accompagner les brochettes de saumon au sésame servies en entrée. Suaves.

Lorsque le calme revient près des fourneaux, inutile de dresser l’oreille, on l’entend fort bien. L’insistant murmure du printemps dans les chéneaux.

 

21 mai 2013 (hélas)