un banc
Depuis que le banc de bois est passé au feu, le jardin est nu. En ce moment, ça ne se voit pas, car la neige s’orne des pas des chats et des merles, jamais ensemble, on ne devine aucune trace de bataille. Mais pour l’été. Pour les moments où le soir devient bleu après avoir connu le kitsch du turquoise et du saumon. Un poisson jouant avec des pierres presque précieuses, comme avec un talisman.
Achetons un banc pour le jardin, veux-tu ? Nous y attendrions ensemble le moment où on va se reposer les yeux, comme on dit. Nous regarderions les étoiles s’allumer une à une. Je ferais semblant de les reconnaître. Je t’annoncerais des noms merveilleux et tu me croirais sur parole. Tu aurais raison, de toute façon, car n’est-il pas essentiel de s’émerveiller avant tout ?
Je décapsulerais une bière et bientôt la fraîche amertume nous envahirait, bienfaisante. Nous resterions là longuement. Nous échangerions quelques mots. Oh je sais, quelquefois tu regrettes que je ne sois pas plus disert. Nous écouterions le silence, les milles et un bruits qui meublent la nuit, le crissement des insectes, les derniers chants d’oiseaux, au loin la scansion d’un train, son appel au moment d’entrer dans le tunnel, parfois une moissonneuse…
Pour mieux profiter du firmament, tu t’allongerais, et poserais la tête sur mes genoux ; je caresserais tes cheveux, peut-être jusqu’à ce que le sommeil. Nous serions bien. On peut rêver, n’est-ce pas, et même assouvir nos désirs. Un banc pour le jardin, c’est si peu de choses.