soleil d'hiver
Nous prendrons la nuit de vitesse. Peut-être. Parce qu’avec le travail on ne sait jamais. Le travail, c’est comme une lèpre, ça bouffe tout. N’allez d’ailleurs pas croire que je fais un travail qui me déplait, ce n’est pas le cas. Mais toujours est-il que ça bouffe tout, notamment le temps.
Imaginons donc que nous prenons la nuit de vitesse. Nous nous vêtons des choses informes qui sont réservées au jardin et au coin du feu, comme, en ce qui me concerne, un jean qui a des trous à la place des poches, très pratique quand tu as décidé de paumer tes clés, et qui ne craint pas d’être crotté dans le bas à cause du frottement des croquenots de marche. Parce que oui, voilà, si nous avons la chance d’arriver à la maison avant la nuit, disons même largement avant, nous prendrons le temps de nous balader une heure, puisqu’il fait beau, que la campagne est belle, même l’hiver, et que ça nous démange de voir du beau. Ça démange particulièrement le bout de nos index, je le sens, je n’invente rien, je t’en ai parlé dans la voiture, ce matin, alors que nous patientions à un feu rouge, tu m’as répondu que c’était dommage de ne pas l’avoir dit plus tôt, sinon nous nous serions munis de la sacoche contenant nos appareils photos.
Nous descendrions le long du ruisseau. Ou alors par le chemin des chèvres. Les deux sont possibles, tout dépend du sens. Et le sens, c’est un peu la roulette. On sort du jardin, et va savoir si on va tourner à droite ou à gauche. Qu’est-ce qui viendra déterminer ce choix, on n’en sait fichtre rien. Et pourtant ça change tout. Si on fait le chemin dans un sens, on ne le fait pas dans l’autre. C’est sans doute une lapalissade, mais n’empêche que le regard est forcément différent. Et le clic clac de merci Kodak également, cela va sans dire.
Entre l’eau vive, les branches, le blé en herbe, les limousines, la lumière rasante, les ombres qui s’allongent, il y a beaucoup à voir, n’est-ce pas, et à dire, alors espérons que la nuit ne nous prendra pas de vitesse.