sur un ticket de métro
Sur un marché dédié aux artistes amateurs (enfin j’espère pour eux qu’ils ne sont qu’amateurs), il m’a semblé apercevoir qu’on avait dessiné sur des tickets de métro. Bonne idée, je trouve. Il fut un temps où, à court immédiat de papier décent, je notais mes vers adolescents sur de tels tickets. Notez qu’à l’époque ils étaient jaunâtres. Les tickets, pas mes écrits. Écrivant petit (et très mal), c’était possible. Des pattes de mouche, non. Je n’aime pas les mouches, alors fi de comparaisons entomologiques. Ni les autres bestioles, à vrai dire. À part peut-être une vague tendresse pour les coccinelles et les sauterelles. Tiens, entre parenthèses, coccinelle égal une anecdote à raconter. Et sauterelle, une autre. Les sources sont inépuisables. Ensuite, de retour à domicile, je recopiais soigneusement mes précieux mots dans le cahier approprié, un à dessin, de petit format, sur lequel j’écrivais en vert. Ou bien en rouge. En fait il y a eu les deux couleurs. Vous imaginez bien qu’un seul mince cahier n’aurait pas suffi à contenir mon verbiage. J’aimais bien m’asseoir à mon bureau pour rédiger de la poésie. C’était plus… on va dire passionnant, que de travailler mes cours. J’avoue que je n’ai jamais eu de franche inclination pour les études.
Ça m’amuse de ressusciter tout ça. C’est si vieux, enfoui loin profond dans mon souvenir. Je n’écrivais pas vraiment en cachette. J’écrivais sur n’importe quoi quand j’étais dehors, donc entre autres sur des tickets de métro, et je recopiais assis à mon bureau, dans le cocon de ma chambre. Je n’avais pas l’idée de faire lire quoi que ce soit à mes proches, et donc personne ne connaissait mon penchant pour l’écriture. Et voilà qu’il y a peu, j’apprends que Maman lit religieusement les pages de mon carnet vert. Quelques semaines plus tôt, j’ai déjà surpris ma famille et mes amis en annonçant la naissance proche (enfin j’espère…) de mon roman Caravan. Pour tous, ou presque, c’est une révélation (je laisserai le terme de « coming out » à ceux que les anglicismes intempestifs ne rebutent pas) : j’écris. Je suis Phil et j’écris. Je ne me souviens pas des statistiques à ce sujet, mais j’en ai retenu que je suis loin d’être le seul. Avec les moyens modernes dont nous disposons, cela fait lurette que j’ai délaissé cahier à dessin et feutres vert ou rouge. Cela fait même lurette que je n’écris plus lorsque je suis ailleurs que devant mon écran. Je me contente de me laisser imprégner, d’emmagasiner l’émotion, de faire décanter. La phrase ne jaillit que plus tard. Il me faut un écran et un clavier. D’ailleurs mon écriture manuscrite est tellement vilaine que je ne suis pas certain de pouvoir me relire moi-même. Alors, pensez, sur un ticket de métro ! Tiens, au fait, je me demande soudain si ce serait amusant d’égayer les murs de la maison avec des tickets de métro décorés.
Novembre 2011