lourdes
Nous aurions pu aller voir Lourdes. Nous ne l’avons pas fait.
Nous étions en villégiature à 80 kilomètres et des poussières. Nous aurions pu. C’était dans la balance.
Nous avons préféré, peut-être à tort, et peut-être me suis-je montré un peu directif à l’occasion, un sentier improbable que nous n’avons d’ailleurs pas trouvé, quelque part dans une montagnette ravitaillée par les corbeaux où, paraît-il, on avait procédé à un lâcher d’ours.
Nous n’avons pas trouvé le sentier requis, nous n’avons pas aperçu le moindre ours, ce qui est sans doute une bonne chose. En revanche nous avons déniché, au bout d’un autre chemin, une jolie cascade qui tombait joyeusement du haut, très haut, d’une falaise calcaire. Ce fut là l’occasion d’une balade agréable, à l’ombre bienvenue de toutes sortes de feuillus.
De retour au camp de base, c'est-à-dire au semblant de parking où nous avions laissé les voitures, certains téméraires de moins de douze ans crurent bon de s’aventurer au milieu du torrent, avec la bénédiction distraite de la famille, il faut bien l’avouer.
Le contact brutal d’un crâne d’enfant avec un rocher lisse et néanmoins contondant peut occasionner quelques dégâts. Lesdits dégâts nécessitant fatalement un changement du programme prévu pour la suite de la journée : ainsi eûmes-nous l’occasion de nous rendre prestement aux urgences de Saint-Gaudens au lieu de visiter un sanctuaire roman bien connu que je me faisais déjà une joie de cadrer dans le viseur de mon reflex.
Nous n’avons pas vu Lourdes. Peut-être aurait-il mieux valu ? Allez savoir.
En fait si.
Nous avons vu Lourdes. Pas en vrai, en film.
Nous avons bien fait de ne pas y aller, glissé-je dans l’oreille d’Elle, alors que la lueur bleutée diffusée par l’écran éclaire vaguement la salle obscure.
Parce que si la réalité est conforme au film, c’est effrayant, en fait. Pour commencer il y a ces milliers d’éclopés qui convergent vers les sanctuaires, accompagnés de milliers d’accompagnateurs. Imaginez la foule.
Et puis. Des messes géantes et multilingues. Des bondieuseries à l’infini. Des gens confits, à la douceur forcée. Des qui croient. Des qui ne croient pas. Des paroles lénifiantes à revendre. De la fausseté. Des marchands du temple. De la bonté aussi, bien sûr.
Nous aurions pu venir pour le kitsch. Pour photographier le kitsch. Mais tout de même. Tout ça.
Je ne regrette rien. Vraiment.
Ceci dit, je vous recommande néanmoins d’aller voir le film. Il s’intitule bêtement « Lourdes ». Je l’ai trouvé assez passionnant, dans le genre. Et effrayant oui. Quant à l’actrice principale, Sylvie Testud, elle y est tout bonnement impressionnante en miraculée. Elle ne parle pas beaucoup, mais son visage exprime tant. La solitude, l’espoir, le désespoir, la joie, la peur.