nuit blanche
Il y a vingt-huit ans, le téléphone sans fil n’existait pas. Enfin je pense. En tous cas, en ce qui nous concerne, nous ne disposions que d’un vieux téléphone gris à cadran branché dans un coin du salon.
C’est un soir où je m’étais couché seul. Et fébrile. J’avais descendu une couverture et je m’étais étendu sur le divan. J’avais eu du mal à m’endormir. Disons même que je n’avais quasiment pas fermé l’œil. J’avais dévoré un polar, je ne me souviens plus lequel, évidemment. Les yeux me brûlaient à force. Tu étais à l’hôpital, et moi je gisais près du téléphone.
Et puis un jour blême avait commencé à faire pâlir le tour des volets clos. Je m’étais levé, hagard, je m’étais apprêté à me diriger vers la cuisine pour faire du café. C’est à cet instant que le téléphone avait sonné. Je m’étais précipité. On m’avait dit que c’était pour bientôt, que je pouvais venir. Je me souviens que la sage-femme avait reformulé pour vérifier que je comprenais bien ce qu’elle disait. Je m’étais vêtu à la hâte. Plus que jamais j’étais fébrile. Avais-je pris le temps de me confectionner un déjeuner, je n’en ai pas de souvenir. J’avais sorti la voiture du garage, et j’étais parti sur les boulevards humides. A cette heure précoce il y avait encore peu de circulation. J’avais atteint l’hôpital en peu de temps. Mon cœur battait à tout rompre, et je me sentais le plus heureux des hommes. Moins d’une heure plus tard, mon premier enfant était né.