Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
le carnet vert
Publicité
7 juin 2016

l'atelier

J’ai voyagé en enfance. On pourra aisément me faire remarquer que ce n’est pas la première fois. Évidemment. Même si la maison qu’habitaient autrefois mes grands-parents est méconnaissable, crépie comme elle l’est dans un ton légèrement rosé, je voyage forcément en enfance dès l’instant que je me trouve dans les parages. J’ai du mal à me souvenir de l’apparence du jardin autrefois. À dix ans, le sujet ne m’intéressait pas, d’autant qu’il fallait traverser la cave pour s’y rendre. Un périple effrayant dans l’obscurité et les toiles d’araignées. Autant dire une expédition. Je ne peux pas dire que j’étais timoré et que je ne tentais jamais l’aventure. Mais la cave, définitivement non. Donc je n’ai pas gardé de vue précise du jardin. En tous cas je suis presque sûr qu’il n’était pas affublé de la présence incongrue d’un bananier et d’un palmier. Des arbres exotiques chez nous ! Quelle idée !

Au moment où nous passions là, tandis que j’expliquais à mes accompagnatrices qu’on avait dû rétrécir le canal afin d’établir une promenade sur sa rive, le carillon de la collégiale a retenti. J’aurais pu fermer les yeux. J’aurais pu imaginer l’appel des péniches devant l’écluse, ce qu’on entend plus depuis longtemps. Hier j’aurais eu dix ans, c’est sûr.

Et puis voici que dans la maison voisine, l’atelier du peintre était ouvert. Nous nous étions promenés là maintes fois, nous avions déjà jeté un œil curieux à travers les vitres poussiéreuses, nous avions détecté un fouillis d’établis encombrés, de pots entamés et de toiles retournées, mais jamais âme qui vive, et toujours porte close. Alors cette fois, tandis que le carillon sonnait au clocher de la collégiale, sans doute était-ce l’heure de la messe, ou alors l’heure tout court, dix ou onze, peut-être, tandis que l’atelier béant nous tendait les bras, nous sommes entrés sans nous poser trop de questions. Le peintre nous a accueillis. Nous avons parlé longuement, peut-être une demi-heure, la rencontre était passionnante, je pourrais l’en remercier. Avec lui nous avons voyagé au Burkina, au Togo, dans des maisons ressemblant à des poteries géantes, dans l’antre d’un chamane, dans des contrées rougies par la poussière, et même dans le métro de Paris. La prochaine fois, je me rendrai en Asie, a dit le peintre. Si nous lui rendons à nouveau visite, nous voyagerons encore. Et puis avec, tout près, le canal, le carillon de la collégiale, et le jardin de mes grands-parents affublé de son bananier, je voyagerai encore en enfance, aucun doute là-dessus.

Publicité
Commentaires
le carnet vert
Publicité
Publicité
Archives
Newsletter
14 abonnés
Visiteurs
Depuis la création 146 396
Publicité
Publicité