dimanche matin, rue Raymond Losserand
Peu à peu la rue s’animait. Les visiteurs divaguaient d’un stand à l’autre. Nous nous sommes pris d’estime pour des gravures de tailles diverses. De la poésie à l’encre. Tu jetas ton dévolu sur quelque chose de miniature, de minuscules papillons multicolores, je crois. La jeune femme nous expliqua avec un charmant accent espagnol que les couleurs variaient d’une pièce à l’autre, que chacune des œuvres, qu’on pouvait utiliser le cas échéant en guise de carte de vœux, était ainsi une pièce unique. J’ai dit que mon vœu était que tu n’envoies pas la carte, mais que tu la gardes précieusement. Puisque tu l’aimais.
Le libraire du quartier a affirmé que son échoppe respirait à l’image du village. Libertaire. Nous nous trouvions en plein Paris Quatorzième, et voilà que nous apprenions que la rue était un village. Considérant l’ambiance bon enfant qui l’animait, le propos ne me sembla pas faux.
La rue vibrait. Le pavé luisant pulsait. Des percussionnistes scandaient des phrases exotiques. Leur poésie chahutait le cœur. Les danseuses se déhanchaient en cadence, leur jupette ornée de longues plumes orange et vertes. Aux fenêtres les têtes apparaissaient, se multipliaient, produisant l’effet d’une pendulette suisse détraquée. Au coup ultime frappant le tambour, on applaudissait.
Un panneau de sens interdit me fit de l’œil. J’aimais son humour. Puis nous avons trouvé à nous asseoir autour d’une vieille table ronde en bois que l’âge n’avait pas épargnée. Je consultai ma montre. C’était l’heure du petit déjeuner de certains, du brunch pour d’autres ou encore de l’apéro. À la table voisine on en était déjà au deuxième verre de rosé. Je demandai une orange pressée pour toi. Pour ma part, un petit noir et un peu d’air du temps faisaient mon affaire.
15 octobre 2013
