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le carnet vert
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13 janvier 2014

le soupirail

En bas du mur, au fond de la cour, s’ouvre un soupirail. Enfin, je ne sais pas si on appelle cela ainsi. Disons une fenêtre basse, ouvrant à la hauteur de mon genou. La fenêtre d’un demi sous-sol. Bref, je ne sais pas nommer les choses, mais il n’empêche que ladite fenêtre est ouverte, béant sur tout un monde d’activité, sentant la machinerie de précision, huilée au petit poil, ou alors le parfum d’étuve dégagé par du linge encore tiède en provenance de la blanchisserie. La fenêtre exhale cette odeur-là, ce mélange de propre et de précis. Alors j’imagine tout un peuple industrieux s’activant à fond de cale, soucieux du travail bien fait et de la satisfaction du client. Je rêve. Je sais bien que personne n’œuvre dans ce que je pense être la chaufferie, peut-être juste incidemment un technicien venu faire quelque réglage thermostatique, d’où la croisée béante et les néons blafards. À moins qu’on ait dressé dans un recoin un lit escamotable dévolu aux rencontres illicites ? Je tends l’oreille : aucun bruit. Les gens peuvent avoir l’ébat discret. Mais je rêve, je vous dis. Et tant qu’à être dans cette disposition, autant en profiter pour remonter le temps, et errer nuitamment dans les rues de la capitale un soir d’hiver d’il y a plus de trente ans. Je me trouvais, en compagnie d’un ami, quelque part dans l’île de la Cité, nous avions gâché de la pellicule en tentant d’immortaliser les réverbères du Pont Neuf. Et voici que nous découvrions, par une fenêtre ouvrant au ras du trottoir, quelques musiciens en pleine répétition. Je dégainais mon reflex pour voler le portrait à un violoncelliste. Curieusement, ces gens se trouvaient à quelques pas de nous et pourtant on ne percevait d’autre son que le grondement continu de la rue. Je me plaisais à croire en une musique douce, classique, de bon aloi, en aucun cas conforme à ce que j’écoutais ordinairement. Je ne saurai jamais. On peut imaginer un air envoûtant, jamais entendu, rêver un peu plus. On peut imaginer le chant des dunes ou des forêts. Ce soupirail, par la seule grâce de mon regard, n’est-il pas une porte ouverte sur l’ailleurs ?

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Commentaires
P
Incroyable comme un simple soupirail peut te faire t'évader vers ces années lointaines... quel rêveur tu fais :)
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