la liseuse
Hier, bien que n’étant pas chiropracteur, j’ai manipulé une liseuse.
Hier, bien que n’étant pas amoureux d’elle, j’ai caressé une liseuse.
Hier, bien que n’étant pas le clown de service, j’ai chatouillé une liseuse.
Une liseuse. Pas une lectrice. Si j’avais agacé une lectrice, même s’il se fût agi de mon aimée, je me serais exposé à de vives protestations, pour ne pas parler de réactions plus marquantes. La lecture est affaire sérieuse, on ne rigole pas avec.
La liseuse, dans son acception moderne, est donc un petit machin électronique de forme rectangulaire, qui tient aisément sinon dans la poche, du moins dans un sac à main ou une sacoche, et qui peut contenir une quantité pharamineuse de textes.
Le bidule en question a été prêté à ma fille par la bibliothécaire de son quartier, afin de le tester. Quand mon tour fut venu de m’y risquer, j’ai déniché un recueil de nouvelles brèves dont le sujet central semblait être la gare du Midi. Cela m’a rappelé les vacances. Quant au texte, il était poétique à souhait, tout empreint d’une légère causticité. Belge, en somme.
Je ne suis pas sûr d’avoir consacré une attention suffisamment soutenue à la liseuse. Le geste du doigt permettant de tourner les pages n’est certes pas plus fatigant que lorsqu’il s’agit de tourner du papier, mais…
… il faut croire que je ne suis pas toujours un homme moderne. Je préfère l’odeur du papier. Je préfère sentir l’épaisseur du livre dans le creux de ma paume, sa consistance. Je commence rarement plusieurs livres à la fois. Je ne suis donc pas sûr d’avoir besoin d’une liseuse dans ma poche. Sauf pour stocker des textes qui n’existeraient que sous la forme numérique, je sais. Ou des textes québécois, suisses, belges ou autrement francophones, et difficilement trouvables en France sous forme traditionnelle. Évidemment. Alors rien que pour ces raisons, promis, si on me fait cadeau d’une liseuse, je ne la refilerai pas illico en lot à la kermesse du village. Je ne l’utiliserai sans doute pas au quotidien, mais je lui donnerai à manger de la poésie que je dégusterai à temps perdu comme une gourmandise.
Et à propos de « la liseuse », je recommande chaudement la lecture du roman de Paul Fournel.