bain de mer
Nous descendons la dune, main dans la main ou c’est tout comme, trouvons une place pour étaler les serviettes, puis nos regards convergent vers le large. J’ai la sensation de m’illuminer. Je pressentais déjà cet état en avalant les derniers mètres de forêt, du sable fin envahissant mes sandales. L’océan est toujours pour moi un émerveillement. Alors pour nous. Avec Elle je fais tache d’huile. Mais la mer ne l’est pas. D’huile. Elle est passée en mode rouleau compresseur. On a un deal tacite, Elle et moi : nous courrons main dans la main, tels des gosses, pour sortir de l’eau. Dans l’autre sens ce serait impossible. Nous avons un trop grand différentiel dans le trempage. J’avance face au large sans faiblir, jusqu’à recevoir la vague, paf, en pleine poitrine, des tonnes de flotte qui me font chanceler, à défaut de boire la tasse, tandis qu’elle. Le pied. Orteil après orteil. La cheville. La jambe. Le genou. Etc, etc. Je ne vais pas faire là un cours d’anatomie. Ce n’est qu’au creux de la vague, un peu plus tard, que nos doigts se nouent. Et se dénouent involontairement à la réception de la prochaine claque. Je regarde au loin, je tends l’index. La beauté. Vous savez, l’écume à la crête d’une masse translucide, qui luit en contrejour. Je me prends à maudire le fait de ne pas pouvoir amener l’appareil photo jusque là. Il me faudra me contenter d’un souvenir visuel. Mais je n’ai pas le temps de terminer cette phrase idiote, elle prend soudain un goût salé, mes yeux brûlent, je chavire, je coule, on se joue de moi comme si j’étais un fétu. Nous nous retrouvons en riant dix mètres plus loin, toussant, crachant, étourdis. La vague fait de nous des enfants. Ou plutôt nous n’avons pas d’âge. J’éprouve ce sentiment bizarre. Et puis, sorti de l’eau (en courant, main dans la main avec Elle), au rythme sauvage des rouleaux retournant inlassablement le sable, je me sens entrer en paix.