raki
La nuit tombait alors que nous revenions du cinéma. J’avais envie de m’asseoir dehors, avec peut-être un verre à la main. J’ai bien pensé te proposer une bière sur la Place d’Armes. Toutefois un moment de quiète intimité me semblait préférable, pourquoi pas sur le banc du jardin.
Nous sommes sortis à tâtons, laissant allumées les lumières de la cuisine, prenant soin toutefois de fermer la porte, à cause des insectes. Nous avons traversé la pelouse, foulant d’un pas prudent les feuilles recroquevillées tombées du cerisier. Nous avons siroté du raki bien frais, nous rappelant fugitivement la Crète, puis tu t’es allongée sur le banc, ta tête reposant sur mes genoux.
Les silhouettes sombres des arbres délimitaient pour nous un morceau de firmament au bleu profond. Ensemble nous avons regardé les étoiles. Aucune n’a filé, nous étions pourtant en août. Cela n’avait pas d’importance. Il nous suffisait d’être bien. Même de nuit, il nous était aisé de constater que le ciel abrite une multitude d’avions, matérialisés en des points lumineux se déplaçant rapidement et clignotant volontiers en rouge. De là à rêver d’un ailleurs outremer, n’est-ce pas, il n’y avait qu’un pas.
T’ai-je évoqué un désir ou un autre ? Je ne sais plus. Je ne suis guère disert, tu m’en fais assez reproche. Je sais même que nous sommes restés un long moment sans mot dire, absorbés dans nos contemplations fusionnées, des astres plein les yeux. Et puis le camion du lait est passé sur la route, devant la maison. Mon verre vide et poisseux a tinté sur les traverses du banc. Ces bruits ont rompu le charme, alors nous nous sommes levés.