mungo jerry
Les radios à chansons m’agacent. C’est entendu, je préfère la radio qui cause. Je n’achète pas de journal et je ne regarde pas les infos de la télé, c’est donc mon moyen favori d’avoir accès aux actualités. J’aime d’ailleurs mieux quand ça cause d’autre chose que de l’actualité. Parce que si c’est pour entendre rabâcher la dernière trouvaille du gouvernement pour tondre la laine sur le dos des salariés, comme en ce moment avec cette histoire de carence en cas d’arrêt de maladie.
Carence : d’après une des définitions de mon bob, c’est le fait de se dérober devant ses obligations, de manquer à sa tâche. Lumineux, n’est-il pas ? Et on voudrait que tout le monde trouve ça normal. La normalité est la carence des institutions.
Bref, je ne m’étais pas attelé au clavier pour parler de choses qui fâchent. Revenons à la radio. Nous sommes en voiture, Elle et moi. Nous roulons vers notre journée de travail. Je regarde le paysage. J’admire les silhouettes des arbres qui se détachent en ombres chinoises sur fond de levant saumoné. Je me dis que c’est du bonheur tout simple. Elle conduit. Dans sa voiture elle a le choix des armes. Elle n’écoute donc pas ma radio qui cause, le petit déjeuner en parlotes lui suffit (dit-elle). Elle écoute France Bleu Poitou. Une radio qui cause aussi, mais beaucoup moins. Et qui est à l’avant-garde en ce qui concerne la programmation musicale. Qu’on en juge : c’est Mungo Jerry, m’exclamé-je soudain. Là, dans le poste, c’est Mungo Jerry. Je lui désigne l’autoradio, des fois qu’elle n’aurait pas compris. Tu ne connais pas, dis-je ? Bien sûr que si, elle connaît. L’air mais pas le nom.
Personnellement Mungo Jerry m’envoie très loin dans le passé. J’avais quinze ans. Ou seize. J’étais en vacances en Angleterre. En colo. Dans les boums du soir, c’était le premier truc qu’on entendait. Je trouvais cette musique insignifiante et ça n’a pas changé, mais de l’entendre me procure une sorte de vague à l’âme. Je me revois manger des beignets avec une certaine Monique, sur la plage de Romney March. Je revois le coucher ensanglanter la mer. Je retrouve le goût fameux des hot-dogs dont nous nous gavions, pourtant si les anglais étaient champions en matière de moutarde, ça se saurait. On n’a jamais trempé ne serait-ce qu’un doigt de pied dans la mer, il était entendu une fois pour toute qu’elle était froide, et que de toute façon en Angleterre. Je nous revois au bingo de Ramsgate, en train de glisser fiévreusement notre menue monnaie dans une machine à sous. Jamais nous n’avons aligné les trois citrons ou quelque figure que ce soit.
L’évocation de ces vacances lointaines est pour moi émouvante. C’est un souvenir ancré dans l’écrire. Encré ? Il me semble bien que la plage de Romney March, animée par le vent dans les cheveux de Monique, a fait l’objet d’un de mes premiers poèmes. Alors merci à France Bleu d’avoir exhumé une scie aussi émoussée que celle de Mungo Jerry. J’ai ainsi du soleil en tête pour commencer la journée.