les couleurs
Sur la route qui descend du Lassithi vers Agios Nicolaos et Neapoli, j’éprouve une sorte de vertige, je ne sais pas pourquoi. Les virages et la végétation n’y sont pour rien.
C’est plutôt l’émotion.
Tu demandes que nous nous arrêtions. Des larmes naissent aux coins de tes yeux. Tu me dis que la lumière, et les couleurs.
Je trouve un endroit pour stationner au bord de la route. Tu me dis que c’est déjà trop tard, que c’est moins beau, moins impressionnant, moins émouvant, moins tout ce qu’on veut que plus haut.
Tu me dis que le jaune des collines et le bleu du ciel.
Tu déclenches quand même.
Et je te serre longuement dans mes bras.
On entend des clarines. Des chèvres dévorent la végétation des talus. Manifestement elles se jouent des grillages qui sont censés les maintenir à l’écart de la route.
En Crète la chèvre est un danger pour l’automobiliste.
Plus tard nous traversons des villages où on vend du miel et d’autres denrées au bord de la route.
Au loin on voit la mer. Tout en bas.
Nous nous arrêtons encore pour photographier un moulin. Ça intrigue ou ça amuse les occupants d’un pick-up transportant des brebis. Nous les photographions aussi.
Nous faisons halte dans la ville de Neapoli. Nous laissons la voiture sous les branches bleues d’un jacaranda. Nous trouvons la terrasse adéquate à la dégustation de notre jus d’oranges quotidien. Dans cette ville il n’y a rien à voir de particulier. Il semble que personne ne s’y arrête non plus, la route nationale passant à l’extérieur. Nous aimons bien nous promener dans des rues animées où pour autant nous ne rencontrons pas de touristes. Nous nous disons que la civilisation est ici, plutôt que le long de la côte bétonnée.
