nettoyage
Je me suis réveillé dans un autre monde. Je crois. Je ne sais pas.
J’étais dans un train, bien sûr, mais dans un autre monde. La vie était devenue bizarre. Je flottais entre deux eaux.
Heureusement il faisait beau. Le soleil entrait dans le train. Mais pas que ça.
Entre deux eaux.
Entre dos aguas.
Ma fallait-il entendre un air de flamenco ? Paco de Lucia ? En fait, c’est aujourd’hui, tandis que j’écris ça, que je pense au flamenco. Les talons qui claquent sur le parquet, ponctuant les volutes torrides de la guitare.
Du flamenco fusait sur la toile.
Je me réveillais dans un autre monde, j’avais cette sensation étrange. Le crissement des freins. Douloureux comme d’habitude. Une secousse finale.
Et moi. Me réveillais. Mon livre ouvert, un pouce en guise de marque-page.
Nous étions dans une gare. Et voilà que par les haut-parleurs dissimulés dans le plafond moquetté, on annonçait qu’allait monter une équipe de nettoyage, je ne sais plus comment ils ont dit, mais ce devait être du nettoyage en direct, in situ.
Bien, bien, bien. Un autre monde. Entre dos aguas. Je tambourinais des doigts sur la tablette. Flamenco voyageur.
On avait annoncé le nettoyage. C’était une nouvelle prestation, à ce qu’il semblait.
C’est donc à peine si j’ai été surpris, un instant plus tard, en voyant passer près de moi, marchant à longues enjambées martiales, une équipe d’agents armés jusqu’aux dents, enfin c’est une expression, vous savez bien. Bref, des gens qui font peur.
J’ai cru que j’avais été propulsé dans un film à la noix avec Jean Reno.
Et qu’allaient-ils donc nettoyer ainsi, ces gens armés, dans un train qui circulait dans un autre monde ?