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le carnet vert
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5 janvier 2011

art intime

J’ai aimé voir les pommiers en fleurs se muer progressivement en abstractions géométriques excluant le vert. J’ai aimé vraiment. Je n’ai pas été déçu.

J’ai aimé mais je n’ai pas envie de parler de l’exposition. Tout est dit à ce sujet, partout. À quoi bon en rajouter. Je ne sais d’ailleurs pas parler de la peinture.

J’ai aimé traverser l’atelier du peintre, reconstitué pour l’occasion. Moins de rigueur que dans les tableaux, mais quand même ces grandes surfaces orthogonales aux couleurs excluant le vert.

J’ai souri.

Dans un coin de l’atelier, un antique réveille-matin accroché à un clou tordu. Une sorte d’incongruité.

Je vois ça et je souris. Après la joie des pommiers en fleurs et des abstractions orthogonales excluant le vert. Mon regard capte ce qui fait mon tableau à moi.

Les artistes donnent à voir.

Et voir vraiment, c’est une manière de faire de l’art. Très modestement ça va sans dire.

D’ailleurs là. Cet endroit là, ce musée. Le plaisir m’y entraîne autant pour voir que pour exercer l’œil. Vous savez : monter lentement jusqu’au sixième étage par ces étranges tubulaires transparentes. Voir progressivement se dessiner le tableau. Son propre tableau. Fait des lignes de la place qui s’éloignent peu à peu. Et les mouvements erratiques de la foule, au gré du jeu des saltimbanques. Et l’œil qui se lève, qui lèche les façades des immeubles, qui court de toit en toit, qui accroche au loin la silhouette blanche du Sacré-Cœur. Une meringue sur fond de ciel d’orage.

Cette fois-ci il faisait nuit. Il faisait froid. C’était un temps à neige. Je me fabriquais mon tableau intime. Avec mes yeux avec mon ventre. Je le dessinais en traits de lumières sur un fond de ténèbres. À la vérité on ne distinguait pas le Sacré-Cœur, ni le dessus de la tour Effel. Rien de tout ça. La grande roue de la Concorde était comme un œuf, décalotté par la brume.

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Commentaires
P
Tilleul : j'essaie en tous cas. Merci.
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T
Tu ne sais peut-être pas parler peinture mais tu dépeins très bien ton "tableau intime"
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P
Naline : un programme de vie, même.
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N
Dessiner son propre tableau. Y mettre les couleurs qu'on aime. Tout un programme !
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