le geai
C’était un moment de soleil. Un de ces instants si forts qu’on les croit magiques. Quand l’émotion rencontre la beauté des lieux.
Du soleil donc.
Je conduisais dans le soleil. Nous venions de nous arrêter pour photographier des champignons.
D’énormes amanites. Immangeables, mais tellement belles.
Le soleil faisait que j’avais envie de te serrer dans mes bras.
Il fallait être patient.
Un lit nous attendait. Encore quelques dizaines de kilomètres.
Tu t’es écriée, oh tu as vu, le geai ?
Je n’avais rien vu, tu penses. Même pas un trait fugitif liant deux morceaux de forêt.
Mais tu étais heureuse d’avoir aperçu un geai.
Je ne sais pas quel était le présage, en ce temps de grande inquiétude, mais.
Le lendemain, le soleil n’est plus là. Il y a même parfois de la pluie.
Nous roulons dans un de ces endroits qu’on compare à un toit du pays.
Nous venons de nous esclaffer à la vue de la source de la Vienne. Un mince filet d’eau qui sourd d’un peu partout à nos pieds, comme si on essorait la terre et la tourbe. Rien de spectaculaire, donc.
Nous roulons.
Quelquefois une larme glisse en silence le long de ta joue. Je voudrais te serrer encore et encore. Tellement. Tu vois.
Il y a l’échéance et l’inquiétude.
Nous roulons.
A tour de rôle nous nous exclamons. Cela devient un jeu. Même sous la pluie. Même sous les larmes.
Oh un geai.
Toutes les cinq minutes ou à peu près.
Tu as vu le geai ?
Non, tu n’as pas vu.
Ou je n’ai pas vu.
Parfois nous l’apercevons de concert. Le geai. C’est rare.
Plusieurs jours après, alors que nous marchons dans la campagne, alors que l’inquiétude fait relâche. Alors que le repos, ensemble. Un geai s’envole au dessus d’une haie de prunelliers.
Le geai sera notre oiseau fétiche, dis-je.
