dans les champs
Nous avions fumé un peu, adossés à un mur de pierres qui veillait sur un vaste moutonnement de blé.
J’aimais le parfum des céréales plus que tout autre. Bien plus en tous cas que celui des cigarettes.
Nous clignions des yeux dans le soleil.
C’était un doux après-midi de juin, quelque part aux confins de la Beauce et du Hurepoix.
Des engins agricoles, dont aucun de nous ne connaissait le nom, gisaient abandonnés à l’orée du champ. J’avais été ému par les silhouettes décharnées de ces objets gangrénés par la rouille. J’avais composé des vues on ne peut plus classiques et, plus tard, dans la pénombre du labo, j’avais vérifié que le noir et blanc seyait parfaitement à ce métal oublié.
Il régnait un certain contraste entre la présence de ces objets qui ne servaient plus depuis longtemps, et celle du blé, qu’on voyait s’étendre à perte de vue. Le blé, culture forte en symbole. Une source de vie. J’avais saisi le blé dans l’objectif. J’avais joué avec sa multitude et sa mouvance. Je me souviens que j’avais vécu là un bref instant d’intense bonheur.
Je sais bien que c'est du maïs, pas du blé, mais on s'en fout : c'est un champ...
