champ
Un mélancolique voile automnal enveloppait ce soir de septembre.
Nous longions un champ. Un bête champ à la couleur morne. On avait labouré ou hersé ou semé, je ne sais.
Rien n’était spécialement apte à attirer l’attention.
Pourtant, à bien y regarder, on voyait bien que le terrain n’était pas parfaitement horizontal, il s’incurvait légèrement vers le fond et vers la droite, si bien que des ondulations parallèles, vaguement irisées de vert, menaient l’œil harmonieusement au loin, vers les lisières.
Mentalement je composai une image. Je respectai les règles classiques de la prise de vue, vous savez, pas de lignes de fuite qui sortent du cadre, le point fort au tiers de la largeur et au tiers de la hauteur, toutes ces sortes de choses qui font le béaba du manieur de reflex.
Le point fort, donc. Ce serait cet arbre isolé au milieu des sillons. Un chêne majestueux. Point trop âgé, manifestement, mais quand même, on avait pris la peine de le choisir pour qu’il reste debout, et de le contourner, saison après saison, avec les engins agricoles d’usage.
Quand tout est morne et mélancolique, n’est-ce pas, on trouve encore quelque chose à voir. Et matière à réflexion. Car il était manifeste qu’en ayant laissé là cet arbre qui ne faisait que rompre l’immensité de la terre arable, et l’efficacité du labeur qui s’y rapportait, on avait préféré modeler un paysage où l’œil saurait trouver un brin de satisfaction.