surprise en bleu
Nous achevions notre route sous un vilain crachin d’été.
Le temps s’était couvert alors que nous remontions la vallée du Rhône. En même temps, le vent s’était calmé. Les premières gouttes étaient apparues sur le pare-brise alors que nous sortions du contournement de Lyon, et puis aussitôt nous avions eu l’impression que les gros nuages noirs cherchaient à nous engloutir. J’avais allumé les phares.
Par la suite les choses ne s’étaient guère arrangées. Et puis la fatigue m’avait terrassé. J’avais eu l’impression de perdre pied. J’avais lutté avec acharnement contre l’endormissement, et puis soulagé, j’avais fait halte sur la première aire d’autoroute, quelque part entre Bourg et Lons.
Elle avait pris le relais. Je m’étais laissé conduire sans rechigner. Bien évidemment j’avais constaté que mes yeux restaient attentifs aux paysages familiers. Mes paupières étaient beaucoup moins lourdes. C’est normal, je ne conduisais plus. C’est toujours pareil.
Il n’y avait que ce crachin insistant qui me gâchait le plaisir des lacets de la nationale attaquant le rebord du premier plateau, puis le plaisir des longues lignes droites au travers des hautes futaies d’épicéas.
Nous avions atteint le second plateau. Il ne pleuvait plus. Mais la menace était toujours présente. De lourds nuages noirs filaient vers la frontière tandis que nous pénétrions dans une étroite vallée. Le paysage était noir, ou peu s’en faut, à part la grasse végétation bordant la rivière, d’un joli vert tendre.
Soudain j’ai cru à une hallucination. Il n’y avait toujours pas le moindre rayon de soleil, non, mais la couleur explosait. Un bleu resplendissant, inhabituel. Tout le fond de la vallée en était tapissé. J’avais du mal à en croire mes yeux.
Je savais que nous devrions revenir le lendemain pour immortaliser cette rareté qui s’offrait à nous. Mes connaissances en botanique ne sont pas très étendues, mais compte tenu de la forme et de la couleur de ces plantes qui fleurissaient là à foison, j’ai tout de suite pensé à une espèce pourtant protégée, l’aconit napel, déjà aperçue ça et là sur les pentes rocailleuses du Mont d’Or.
