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le carnet vert
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29 août 2007

amer

C’était l’heure de l’amer. Les ombres s’allongeaient sur la prairie. Le soleil ne tarderait pas à s’éclipser derrière les hautes silhouettes des sapins.

Nous, les gamins, entrions dans la salle au vieux parquet mat et mouvant. Nous nous dirigions vers le bar où peut-être nous aurions droit à une petite bouteille de Réa. Mon jus préféré était celui de la pomme. Souvent c’était en pure perte. A supposer que quelqu’un se soit avisé de nous, personne ne se souciait de nous régaler : les gamins marchaient à l’eau plate. Même pas un verre de limonade.

Et pas d’amer-bière, évidemment.

Entre parenthèse, ce n’est que des années plus tard que j’ai su de quoi il s’agissait, de Picon-bière. Lorsque j’étais petit j’entendais que les gens commandaient de la « mère bière », ce qui m’intriguait au plus haut point, car je ne voyais pas bien ce que ce breuvage pouvait avoir de maternel. Un été, pour faire le mariole, j’ai initié des amis à cette boisson avec laquelle mon père trinquait volontiers autrefois avec ses partenaires de belote ou avec les cousins qui montaient nous voir le dimanche, dans la salle de la vieille ferme auberge accrochée à mi-hauteur du Petit Ballon. Je leur ai fait croire, à mes amis, qu’il s’agissait là d’un breuvage traditionnel auquel bien entendu j’étais habitué. C’était un temps où chacun se cherchait des racines dans une France vaguement exotique. Il y avait parmi nous des bretons à peine bretonnants, les plus nombreux, ou des occitans des Charentes, il n’y avait donc pas de raison que je ne fasse valoir ma part d’origine alsacienne. Même si je n’ai jamais parlé la langue, je savais au moins prendre l’accent s’il le fallait, pour vanter telle ou telle spécialité locale. A l’heure de l’apéro, nous quittions donc les Bains pour aller nous attabler à la Pomme d’or, où j’offrais ma tournée d’amer. Tout ça, c’était du pipeau, parce que je découvrais l’amer en même temps que les autres (hormis Françoise, qui préférait boire de l’eau fraîche, peut-être afin de garder la voix claire lorsqu’elle nous lirait en rigolant un chapitre de San-Antonio). Ça ne dura qu’une semaine, une semaine de canicule, faut dire, et cela fit long feu parce que je n’ai plus jamais eu l’occasion de déguster l’amer.

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Commentaires
P
Syl, la bourganel se suffit à elle même, tu sais bien.<br /> ;-)
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S
il fallait demander.... et on aurait sorti la bouteille ! ;-)
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