association d'idées
Je ne comprends pas, m’écrié-je, tandis que nous filons vers notre labeur quotidien à travers des maïs rougis par le soleil levant. Non, je ne comprends pas pourquoi le pain bio est si compact, si désagréable à manger, en somme. Parmi nos tartines du matin, il y avait un morceau de baguette bio qui faisait en effet pâle figure comparé aux baguettes tradition des boulangers du coin (n’importe quel boulanger de n’importe quel coin devrait faire l’affaire, ils réussissent presque tous bien la baguette tradition ; je n’en dirai pas autant des baguettes ordinaires, évidemment ; là il convient d’être sélectif). La baguette bio n’était pas terrible approuve-t-Elle.
Quelques secondes ou minutes plus tôt, je me disais que j’avais du pain sur la planche, selon l’expression consacrée que si quelqu’un en connaît l’origine, je suis preneur de l’info. Oui, parce que sans parler de mes occupations bureaucratiques qui sont surabondantes (mais n’attendez pas que je dise être débordé, ce n’est pas dans mes habitudes), je sais qu’un certain nombre de tâches plus ou moins casse-pieds m’attendent à la sortie, comme acheter un sac de voyage, démonter le robinet d’alimentation en eau de la machine à laver, nettoyer ledit robinet, espérer que ça fonctionne ensuite, faire de la confiture de figues, gratter les moules, faire ouvrir lesdites moules, choisir les spectacles pour l’abonnement annuel (et je vous prie de croire que ce n’est pas facile), téléphoner à mes parents, rédiger une lettre de protestation à l’agence immobilière, remplir la poubelle de branchages, etc… Du pain sur la planche je vous dis. Et en prononçant ces quelques mots in petto, je pense réellement à du pain, que je pose sur une planche pour le couper, et de fait je peste intérieurement contre le pain bio qui est compact et réfractaire comme une brique, à croire qu’ils mettent du plâtre (bio) à la place de la farine, et je me dis qu’un jour nous achèterons une machine à pain, ça résoudra le problème, nous prendrons plaisir à enduire de confiture maison nos tartines encore tièdes, d’un pain souple et léger que j’aurai pris plaisir à poser sur la planche et à couper tendrement.