17 novembre 2015

lentement

Tout à l’heure, je suis monté en ville pour poster du courrier. J’allais lentement. À mon rythme, mais lentement. Ou à mon rythme, donc lentement. Bref, depuis deux semaines, j’ai un peu l’impression de tourner en roue libre, de me laisser porter. Les passants me dépassaient. Les passantes aussi. À un moment, je me suis surpris à marcher, toujours lentement, mais les yeux rivés au sol, le regard empli de quelques mètres de pavés, rien de plus, et je pouvais toujours croiser quelques connaissances, je n’en saurais sûrement rien. Cela... [Lire la suite]
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09 novembre 2015

chagrin

Nous sommes au bord d’une route escaladant les flancs du Lozère. Septembre agite doucement ses herbes folles et les fruits vermillon aux branches des sorbiers. Je me tiens au côté de mon père. Nous tentons vainement de nommer chaque sommet émergeant des lointains bleutés. Nos souvenirs sont trop anciens. Plus de quarante ans ont passé. C’est à peine si nous reconnaissons, tel un Fuji-Yama méridional, la masse trapue du Ventoux. Nous ne saurons jamais. Jamais nous ne nous pencherons ensemble sur les cartes et les boussoles.   ... [Lire la suite]
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14 octobre 2015

le petit déjeuner

Au fur et à mesure que je tournais les pages de l’album, les souvenirs surgissaient. Au fur et à mesure que je tournais les pages vierges du livre, j’y collais de nouvelles images. Au fur et à mesure, revenaient à ma mémoire des images oubliées, des souvenirs en noir et blanc de vacances heureuses, de cascades ensoleillées, de sommets mamelus et ventés, d’où, égarés parmi les touffes de myrtilles, nous apercevions les Alpes. Parfois même apparaissaient des scènes aperçues un jour où l’autre sur la table de la salle à manger,... [Lire la suite]
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05 octobre 2015

ailleurs

On aurait pu croire que la plage nous appartenait. Nous étions seuls. Je faisais la planche. Quelques marcheurs passèrent, nous regardant de loin, à la dérobée, peut-être d’un air que j’imaginais incrédule. Les vaguelettes scintillaient. Parfois un mouvement indistinct, quelque part sur ma droite, révélait l’envol d’une bande de gravelots. Sortant de l’eau, nous n’avons même pas frissonné. Nous étions pourtant en octobre, il était près de midi et la température de l’océan équivalait à celle de l’air ambiant. Nous sommes restés assis... [Lire la suite]
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25 septembre 2015

un chemin oublié

En sortant de l’hôtel où nous avions séjourné plusieurs étés voici plus de quatre décennies, nous avons traversé la route pour nous engager dans le chemin d’en face, celui qui descend vers la rivière. Je me suis souvenu qu’autrefois, dans la cour de la colonie de vacances voisine, à la nuit tombée, on tendait parfois un drap blanc sur lequel on projetait du cinéma muet. Le bâtiment était toujours là, il avait été recyclé en salle polyvalente, je le reconnaissais à peine. Pas plus que je ne reconnaissais avec certitude les prés pentus... [Lire la suite]
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18 septembre 2015

table d'orientation

Je me souviens d’un lundi de septembre. C’était il y a deux ans. J’en suis sûr, bien que j’aie souvent du mal avec la chronologie des souvenirs, tout simplement parce que c’était l’année de leur anniversaire de mariage. Soixante ans, voire un peu plus, de vie commune, ce n’est pas rien. Je crois qu’il s’agissait d’un lundi. Je ne suis pas sûr. Et j’ai la flemme de vérifier dans mes fichiers la date des photos que j’ai prises ce jour-là. À cet endroit-là. Car en effet le lieu n’est pas pour rien dans le caractère obsessionnel avec... [Lire la suite]
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04 septembre 2015

les joints du carrelage

Un jour j’apprendrai à marcher exprès sur les lignes du carrelage. On me tiendra la main, on me guidera. Pour cela j’aurai besoin d’air. Je goberai de grandes goulées d’oxygène et j’avancerai à petits pas, m’appuyant sur un bras solide, celui qui m’aide jour après jour à mettre un pied devant l’autre. Je braverai les interdits. J’éprouverai la douce sensation d’une transgression. Oui, car je me souviendrai qu’enfant, c’est-à-dire hier, (ou tout à l’heure, il n’y a pas de différence, les évènements se télescopent dans le prisme du... [Lire la suite]
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24 août 2015

décantation

« C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ». C’est le titre d’un film, si ma mémoire est bonne. Avec Jean Lefebvre, si je me souviens toujours bien. Avec un tel titre à la Michel Audiard, je présume que j’ai bien ri en le visionnant. De ça, je ne me rappelle pas. Mais je suis bon public, et grand amateur de franchouillardises, je n’ai donc guère de doutes sur la question. Je n’ai pas l’intention de disserter sur le propos du film, de toute façon. C’est tout juste si je serais tenté de dire que si,... [Lire la suite]
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17 août 2015

vue sur la plaine

Tu ne sais jamais de quoi tu garderas le souvenir. Tu ne sais même pas si tu te souviendras de la moindre image. C’est pourquoi tu dois avancer en confiance. T’en remettre au hasard, de la couleur, de la lumière, de l’ampleur de la vue, du pittoresque et que sais-je encore. L’autre jour, nous sommes allés au ravitaillement dans une fruitière que nous ne connaissions pas, à quelques kilomètres de la ville. Je ne connaissais pas non plus le village de la fruitière, Chevigny, en bordure du massif de la Serre. J’ignorais même jusqu’à son... [Lire la suite]
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11 août 2015

inventaire

Au cœur du village, un ilot de luxuriance végétale, des tomates et des courgettes, telles des lianes se mêlant aux plantes d’agrément, quelques herbes dites mauvaises, pour la touche rustique, une table ronde, métallique, couverte d’une toile cirée à pois, quatre chaises dépareillées. Sur la table, quatre assiettes, deux verres à whisky, vides, l’apéritif est terminé, quatre verres à vin, quatre couteaux, quatre fourchettes, quelques cuillers pour le service, une bouteille de limonade à la banane verte, il ne faut pas se fier à... [Lire la suite]
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