05 octobre 2009
volnay
Il avait cessé de pleuvoir. Une brève éclaircie avait illuminé la Côte. Sur la plaine, des bancs de brume s’effilochaient.
Nous filions sur la route du sud, entre les rangées de frênes et de peupliers.
Le soleil avait embrasé la vigne. Ce n’est pas que nous étions au crépuscule, non, mais les ceps noirs s’étaient habillés des couleurs de l’automne. Du jaune et du mordoré, d’où jaillissaient les grosses grappes aux grains violacés.
Nous avions jailli de la voiture. Littéralement. Comme des diables de leurs boîtes. Fébrilement nous avions sorti les appareils de leurs sacs.
Nous nous étions accroupis en bordure des rangs boueux. Nous avions visé, composé des lignes de fuite, créé des mariages irisés de feuilles, de bois, de fruits. Nous étions intimidés, il me semble, car ce vignoble-ci était tout auréolé d’un prestige auquel nous avions difficilement accès.
Le premier déclenchement avait été un soulagement.
25 septembre 2009
cette ville
De cette ville-ci, je n’ai gardé qu’un souvenir confus. Une impression. Du vert sombre et du gris encore plus sombre.
Cette ville n’était qu’une étape. Un arrêt fortuit sur la route menant à la côte. Il n’était pas prévu d’y faire halte. Il n’était pas prévu d’y engranger des souvenirs.
Pourtant cette impression de vert et de gris sombres habite mes pensées ce matin.
Sans raison valable.
Nous avions quitté la capitale sous le soleil, mais en route nous avions trouvé la pluie. Nous étions entrés dans une région connue pour son temps pluvieux. A tort ou à raison, bien entendu. La météo n’avait pas démenti la légende. Ce n’était qu’un orage estival, certes. Mais accompagné de précipitations suffisamment abondantes pour que je me sente mal à l’aise sur l’autoroute. Dont nous étions sortis avec soulagement à l’endroit convenu. Nous avions alors traversé une vaste forêt, que nous devinions habitée d’une pléthore de cervidés. La route était large et droite, et ainsi nous avions atteint une boucle du fleuve, que nous devions traverser en empruntant un pont suspendu monumental. De là-haut le spectacle était grandiose. Le fleuve était lent et majestueux. Il était près de rejoindre la mer. A main gauche, on voyait les toits bruns de cette ville-ci qui se serraient au pied d’un coteau escarpé.
C’est une petite ville, dont le nom est à peine connu de ceux qui ne sont pas de la région. Nous avons pourtant eu envie d’y faire quelques pas. On aurait dit que la ville nous appelait. Alors nous sommes sortis de l’itinéraire prévu, nous avons laissé la voiture quelque part près du fleuve et nous sommes partis le nez au vent. Il avait cessé de pleuvoir, c’était une bonne chose.
De cette ville-ci, que dire ? Je revois du gris et du vert. Des toits bruns. Cela je l’ai déjà dit. Je ressens aussi notre consternation en constatant que des quartiers entiers avaient été détruits pendant la guerre et reconstruits dans le style inimitable des années 40/50. Aucune perspective médiévale à immortaliser. Les gargouilles moussues de l’église gothique n’avaient pas réussi à m’inspirer beaucoup, quoique j’aie trouvé émouvant leur aspect rongé par des siècles d’intempéries. C’est fou ce que j’aime les vieux édifices qu’on n’a pas jugé bon de restaurer. Celui-ci ne semblait pas avoir non plus été massacré par les bombes.
Je ne crois pas que nous nous soyons attablés quelque part pour prendre un café. Nous sommes entrés à l’office du tourisme, ça je m’en souviens. On était prêt à nous renseigner fort aimablement, mais c’était inutile, nous n’étions que de passage. Un bref passage. Nous avons pris une collection de dépliants sur les jardins de la région et nous sommes repartis. La mer nous attendait.
Nous avons marché un peu le long du fleuve. C’est ainsi que nous avons compris que la ville était une ville du fleuve. Tournée vers le fleuve. Ainsi était-elle dotée d’un port étonnant où stationnaient d’énormes navires destinées à la croisière fluviale.
C’est étonnant que je garde un souvenir vivace de cette ville où nous n’avons fait qu’une brève halte. A dessein, je ne nomme pas la ville. Ainsi, si quelqu’un veut s’amuser à la reconnaître d’après cette très rapide description…
16 septembre 2009
crocus
C’était après avoir traversé ce bois.
Souviens-toi : les vaches brunes dévoraient la prairie, nous marchions en file indienne sur un agréable sentier, pas trop pentu, c’était l’idéal pour notre première promenade sur ces hauteurs. Nous nous arrêtions très souvent, car l’un de nous, à tour de rôle découvrait à chaque pas une nouvelle perspective sur les crêtes, et souhaitait l’immortaliser. Nous avions remarqué que la neige tombée encore récemment marbrait les murailles cristallines qui nous dominaient de part et d’autre. La météo était relativement favorable : tout ceci aurait fondu d’ici quelques jours, alors pour les images, il convenait de saisir l’occasion.
Souviens-toi : l’air n’était que crissements d’insectes, les sauterelles jaillissaient devant nous à chacun de nos pas et parfois nous traversions des nuées de papillons. Là encore nous nous arrêtions et l’un de nous s’approchait le plus près possible de la scabieuse élue, à moins que ce ne fût une centaurée, et fixait à jamais l’apollon qui la butinait. La prairie était une féerie de couleurs, pour peu qu’on veuille bien l’observer avec assez d’attention.
Souviens-toi : nos appareils photographiques enregistraient inlassablement les jaunes intenses des potentilles et des digitales. Et puis souviens-toi, c’était juste après avoir traversé ce bois. Ce n’était même pas un bois, à vrai dire, juste un rideau de frênes comme une manière de frontière entre deux domaines. Et c’est là, juste après, à l’endroit où le chemin commence à descendre en pente douce vers le village, que s’épanouissaient des dizaines de crocus. Nous fûmes émerveillés. Nous eûmes des idées de tendresses. Nous fûmes surpris également, parce que le printemps était bien loin, même le printemps alpin. La présence de ces témoins du renouveau nous intriguait et, avides de connaissance, nous eûmes beau chercher dans les livres ce que pouvaient être ces jolies plantes ressemblant à des crocus, force fut de nous rendre à l’évidence qu’il s’agissait tout simplement.... de crocus.
11 septembre 2009
cayenne
Il n’y aurait que le souffle du vent.
Le bruit du grand vent que rien n’arrête.
Qu’aucun arbre n’arrête, puisqu’il n’y a pas d’arbre.
Juste du plat à perte de vue.
Au-dessus de quoi se repère de partout le clocher du bourg.
Le soleil nous brûlerait les yeux.
Impitoyable.
Je m’obstinerais à fixer les embarcations sur le chenal.
En contre-jour.
Au final on croirait qu’on était là de nuit.
Le vent agiterait les bassins de courtes vaguelettes.
Il y aurait comme des morsures.
De sable ou de sel.
Nous n’aurions pas envie de nous dévêtir.
Nous n’aurions pas envie de plage et de bain de mer.
Juste envie de marcher parmi les claires.
Juste envie de sentir nos cheveux voler dans le grand vent que rien n’arrête.
Et entendre le chant mélodieux des alouettes.
Se repaître de ça.
S’enivrer de ça.
Le vent les oiseaux les claires le chenal la salicorne. Plus loin : le fleuve.
Nos pas parmi ça.
Trouver une haie.
Et nous étreindre à l’abri du vent.
Puis pousser la porte de la guinguette.
Avancer sur le vieux parquet vermoulu.
Nous asseoir et commander des huîtres.
04 septembre 2009
balade amiénoise
J’irai voir le pays des vastes horizons,
J’irai voir le pays du vent fou qui fait des vagues dans les orges et dans les blés.
On a moissonné depuis longtemps, on approche de la fin de l’été, mais qu’importe, c’est un pays où le vent dessine la houle dans les champs.
J’irai voir le pays des flèches effilées,
J’irai voir le pays des dentelles de pierres semblant tanguer sur du bleu aveuglant.
La cathédrale n’a pas de flèche si haute, c’est la nef qui bat des records, mais qu’importe, ailleurs dans le pays on voit des flèches gothiques.
J’irai voir le pays des jardins géométriques,
J’irai voir le pays des enclos de verdure rase et des harmonieux alignements de croix blanches.
Ce ne sont pas vraiment des jardins, qui jalonnent ainsi les routes, mais qu’importe, puisqu’ainsi on offre de la paix à tous ces hommes autrefois sacrifiés.
J’irai voir le pays des murs de brique,
J’irai voir le pays des maisons si semblables et accueillantes qu’on voudrait en pousser les portes.
Il n’y a plus de ces maisons dans le centre de la ville, la guerre y est passée, mais qu’importe, il suffit de se promener dans les faubourgs.
J’irai voir le pays de l’eau paisible,
J’irai voir le pays des étangs et des lacs qui émaillent la vallée à l’infini.
Ce ne sont pas toujours des lacs, le fleuve est tellement lent et incertain, mais qu’importe, il suffit de rêver un peu et on s’imagine au commencement du monde.
27 août 2009
ariège
En ce matin enfin calme
Et chaud,
L’eau gronde et miroite au gré des tourbillons,
Au gré des roches qui l’habitent.
Eau sombre et vive,
Que viennent caresser les branches des saules
Et des acacias.
Le contre-jour est favorable.
Le sentier abrupt descend des hauts prés
Où le foin sèche au soleil
Puis traverse d’épais sous-bois
Bourdonnants d’insectes
Où se dresse la prêle.
Soudain sur la rive il s’alanguit
Tandis que l’eau gronde
Et on reçoit les promesses
Des noyers et des pruniers
Soulagé on marche doucement
Sur le sentier herbeux
Et on rit des reflets changeants
Qui animent l’eau sombre
Et si vive
Sur l’autre rive la ville bruisse
Et l’usine halète.
Pour combien de temps encore ?
Le temps est à la destruction.
Dans les hautes montagnes il a dû pleuvoir.
Hier ou un autre jour.
L’eau est sombre et vive,
Elle gronde et elle miroite.
6 juillet 2009
04 juin 2009
la ville aux chats
Ils étaient accoudés au muret, en haut du grand escalier qui monte de la place d’Espagne.
Leurs regards erraient au loin, par-dessus les toits hérissés d’antennes, vers des monts bleus dont ils ignoraient le nom.
Il tendait la main vers les monts bleus. Il disait, regarde !
Elle regardait.
Ils étaient bien. Malgré la fraîcheur du matin. On était en décembre. La ville était toute pavoisée en prévision de Noël.
Sans parler ils regardaient les monts bleus au-delà des toits.
Elle fouillait dans son sac et en tirait les cartes postales et les timbres. Qu’elle lui tendait. C’était à lui que revenait la tâche d’écrire.
Les cartes postales.
Sous prétexte qu’il aime écrire. Il se laissait faire. Il ne pouvait nier que d’autres tâches lui incombaient à elle, qu’elle n’aimait pas, ça non, même en cherchant quelque prétexte. Alors à chacun son job, voilà.
Accoudé au muret, il répartissait les cartes entre les destinataires possibles. En fonction des chats. C’étaient des vues avec des chats. C’est une ville connue pour ses chats.
Il écrivait les cartes.
Quelques mots griffonnés vite fait. Il écrit mal. Ce serait illisible. Quelle importance ? L’essentiel lorsqu’on reçoit une carte est de savoir que, de là-bas, n’importe où, on a une pensée affectueuse. Ils n’envoyaient des cartes qu’à ceux pour qui ils ont des pensées réellement affectueuses, la famille, quelques amis, et encore, pas à tous. Loin de là. Il y a des accords tacites pour dire que les cartes non merci. Même si ça fait toujours plaisir de les trouver dans la boîte aux lettres. Les cartes. Mais non merci parce qu’on sait qu’on a la flemme d’en adresser à son tour, voilà. Lorsqu’on voyage on a le droit d’être paresseux.
Il écrivait les cartes.
Et pendant ce temps elle allumait une cigarette.
Il se distrayait de ses cartes.
Forcément.
Malgré les chats.
Parce que près de lui elle fumait.
Il aimait la voir fumer. Même si ce n’est pas bon pour la santé. Elle tirait sur la cigarette et il en voyait le bout rougeoyer. C’est plus facile quand il fait nuit, évidemment, mais même en plein jour on peut voir rougeoyer le bout des cigarettes quand une fumeuse tire dessus, il suffit d’être attentif.
Il aimait la voir fumer. Il aimait la voir plisser les yeux en fumant. Il aimait la voir exhaler un reliquat de fumée. Qui se mêlait à son haleine. Parce qu’il faisait frais, on était en décembre.
Il aimait la voir exhaler la fumée. Il aimait la voir aimer ses propres exhalaisons.
Elle.
Toujours si belle.
Il la revoyait, autrefois, il l’avait photographiée, elle s’était laissée photographier, c’était un miracle, c’était dimanche, même si c’était un autre jour de la semaine, ils étaient grimpés devant des ruines qui se confondaient avec un paysage de garrigues quelque part dans le sud. Elle fumait et il l’avait photographiée. Elle si belle. Et la fumée aussi, sur la photo en noir et blanc, devant les garrigues.
Et là encore il voulait la photographier, en haut des escaliers de la place d’Espagne, là où il y a des chats, mais elle ne se laissait pas faire, et quel dommage, elle si belle.
Elle fumait et il voyait quelque chose d’érotique dans ses façons. Elle si belle.
Il aimait bien la voir fumer. Malgré que c’est écrit sur les paquets que fumer tue. Un jour il lui avait acheté une pipe et un paquet de tabac. Il avait envie de la voir fumer la pipe. Il y avait une fille qui faisait ça dans sa classe au lycée. Il avait trouvé ça érotique. Que la fille fume la pipe. Même si elle s’habillait dans de vieilles nippes des surplus de l’armée. On disait surplus américains. Les américains ne gardaient donc pas leurs vieilles nippes chez eux ?
Cette pipe, c’était comme un fantasme. Il aimait la voir la fumer. Il aimait la voir fumer. Il aimait la voir. Il aimait.
Elle si belle.
Elle se cachait pour fumer la pipe. Elle disait je ne veux pas qu’on me voie. C’était dommage. Il aurait préféré la voir fumer en toute circonstance. C’était un fiasco en quelque sorte. Un fantasme idiot. Elle ne voulait pas être un fantasme. Un fantasme ça se rêve ça ne se vit pas.
Il observait son profil, son œil qui se plissait quand elle tirait sur le mégot, la fumée qui montait dans le ciel clair.
Il aimait la voir fumer.
Il l’aimait.
Pour l’éteindre, elle écrasait le mégot sur le muret. Elle cherchait une poubelle où le jeter. Le charme était rompu. Celui de l’instant, pas le sien à elle.
Elle demandait où il en était de ses cartes. Pas loin, disait-il, pas loin. Ah quel manque d’inspiration aujourd’hui. Tu finiras plus tard, disait-elle encore, il fait froid.
Et ils redescendaient vers la place d’Espagne.
21 mai 2009
magie paysanne
Je suis content : près du dolmen, j'ai aperçu....
.... quelques orchidées sauvages. C'est étrange, l'année dernière, à pareille époque, on en trouvait des quantités phénoménales tandis que cette année il y en a fort peu.
En revanche j'ai vu des tapis de fraisiers fleuris. Quel festin en perspective pour cet été !
(Si les fadets ne mangent pas tout).
11 janvier 2009
poterne des peupliers
Passant la poterne des peupliers, j’ai remarqué de magnifiques palmiers en plastique (ou en une matière synthétique quelconque) ornant les abords de la station de tramway. Quoi ce ne sont pas des vrais palmiers ? On n’est pas quelque part sur les rives méridionales de la méditerranée ?
Entre parenthèses, qui n’a pas comme moi, fréquentant incidemment le pourtour de la capitale, été intrigué par ce nom étrange, la Poterne des Peupliers, quand tous les autres accès à la ville ne sont que des Portes ayant comme attribut le nom d’une localité plus ou moins proche, voire (bizarrement) celui d’un pays, en l’occurrence l’Italie.
En fait la poterne est (devrais-je dire était ?) le passage voûté, vestige des anciennes fortifications, par lequel la rivière Bièvre, bref affluent de la rive gauche de la Seine, entre dans Paris. Il faut le savoir, évidemment, car aujourd’hui, aucune trace visible du cours d’eau n’attire la curiosité du visiteur, celui-ci ayant été entièrement recouvert au moment de l’urbanisation du dix-neuvième siècle pour des raisons de salubrité. On a préféré cacher la pestilence de la rivière (produite par les tanneries et les teintureries) plutôt que l’assainir. Maintenant que les vieilles industries polluantes on disparu de la vallée, la rivière pourrait pourtant bien revoir le jour dans les communes riveraines, si ce n’est dans Paris même.
A l’heure actuelle, donc, c’est une route qui passe sous la poterne, et les palmiers factices ne sont là que pour susciter de doux rêves d’évasion.
01 mai 2008
curiosités
J'ai constaté récemment qu'à Montreuil-sous-Bois, il n'y a pas de bois, ni dedans, ni autour, où ne règne qu'un infame chaos automobile, ni dessus, où je n'ai vu qu'un vilain ciel gris tourmenté.
J'ai constaté tout aussi récemment qu'à Montreuil-sur-Mer, il n'y a évidemment pas la mer qui, elle, se prélasse mollement à une dizaine de kilomètres de là, sur les vastes étendues sableuses et embourgeoisées du Touquet.
Cela dit, qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit, j'ai bien aimé les Montreuils, aussi bien celui des bois fantômes que celui de la mer virtuelle.









