01 juillet 2009
chez annie
Il fallait bien que nous déjeunions quelque part, aussi, après un bref conciliabule, car j’avais repéré près du grand marché une ardoise où il était question de poissons et fruits de mer accompagnés d’épices, nous décidâmes d’un commun accord d’entrer « Chez Annie ».
Je m’étais fait une sorte de claquage au mollet gauche en m’élançant un peu vivement au milieu de la circulation afin de retirer un peu d’argent au dab de la Gégène. Ça avait réveillé en l’amplifiant cette vieille douleur (atroce) que j’avais glanée lors de mon footing dominical de la semaine précédente (bien que j’agisse avec prudence en présence d’un sol rendu glissant par la pluie, et où les tas de feuilles mortes recèlent un grand nombre d’embûches). Tout ça pour dire que ça me convenait très bien de ne pas clopiner trop loin dans la rue du Grand Marché, et que donc l’estaminet estampillé « Chez Annie » serait parfait. De surcroît l’ardoise annonçait un choix d’omelettes alléchant. Je savais qu’Elle apprécierait particulièrement un mets de ce genre et, indépendamment de ma patte douloureuse à défaut d’être folle, je n’étais pas opposé à l’idée de lui faire plaisir.
C’était la première fois que je remarquais ce restaurant, mais ne venant à Tours qu’une fois ou deux dans l’année, il est fort possible que je l’aie tout simplement zappé jusque là, tout comme mes yeux ne voient généralement pas les fast food ni les kebabs.
Nous sommes entrés. La salle était faiblement éclairée, principalement par la vitrine donnant sur la rue (dont l’ambiance météo oscillait entre le gris clair et le gris moins clair). Au fond, un comptoir peint en rouge délimitait l’antre de la cuisinière, la fameuse Annie comme elle se présenta elle-même en venant s’enquérir de notre choix tout en s’essuyant les mains dans son tablier. Pour le moment une seule table était occupée par un couple, nous avions donc le choix de nous installer où bon nous semblait, ce que la maîtresse des lieux nous invita à faire.
Ma spécialité, c’est les omelettes, claironna-t-elle en s’approchant (chose que nous avions devinée, car c’est écrit en gros sur la vitrine : « omeletterie », comme par défi aux dictionnaires ordinaires). Et de nous détailler le contenu desdites omelettes. Car il faut savoir qu’Annie traite de l’omelette comme d’autres traitent de la galette au sarrasin, c'est-à-dire que l’omelette se replie sur une abondante (concernant les crêpes ce n’est hélas pas toujours l’adjectif idoine) garniture. Elle décrit donc ce qu’elle met dans les différents modèles, et les occupants de l’autre table soulignent son discours (jovial) de louanges plus ou moins dithyrambiques.
J’opte pour une omelette garnie de gésiers, champignons et patates. Quant à Elle, elle jette son dévolu sur celle aux crevettes nappées de sauce au miel et au sésame. Auparavant nous avions compulsé les ardoises de tailles diverses occupant les murs, et remarqué l’existence d’une soupe de légumes épicée qui serait parfaite en guise de hors d’œuvre afin de nous réchauffer un peu.
Sur ce, le restaurant s’est rempli en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Plus exactement il y eut un étrange ballet de gens entrant et sortant, plaisantant avec la patronne, s’interpellant bruyamment. Manifestement tout le monde se connaissait, hormis nous, mais nous étions fort heureux de nous être immiscés dans cette ambiance bon enfant, et cela se voyait sans doute, parce que les gens n’hésitaient pas à nous inclure par moments dans leurs conversations. Certaines personnes avaient une fonction mal définie. Sans doute étaient-elles clientes, mais cela n’empêchait pas qu’elles s’emparaient des assiettes pour les amener devant les convives, tandis qu’Annie continuait de s’activer derrière ses fourneaux.
Il faut que je vous dise : j’ignore combien d’œufs elle met dans chaque omelette, mais on ne doit pas être loin de la douzaine. Sans mentir. Monstrueuses, les omelettes. Et la garniture en conséquence, ça va sans dire. Tout ça pour huit malheureux euros, une aubaine. Sans compter que c’est excellent au goût. En fait je ne me définis pas comme un gros mangeur, même si je ne rechigne pas à terminer des portions conséquentes, mais là, vraiment, c’était énorme.
Bref nous avons vécu là un grand moment de bonheur inattendu.
Ah oui, j’oubliais : les œufs, le vin, le café, le thé et d’autres choses encore sont annoncés comme étant bio, autant le savoir.
Si d’aventure vous êtes de passage à Tours, n’hésitez pas, entrez vous restaurer chez Annie. Je vous rappelle que ça se trouve dans la rue du Grand Marché, dans le vieux centre, vers la fin de la rue lorsqu’on vient de la célèbre place Plumereau. Si on a de la chance, on peut stationner gratuitement sur les bords de Loire, à quoi, disons trois cent mètres.
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Ceci dit, j’hésite encore à livrer ici des adresses de restaurants ou de magasins, car elles peuvent être tellement éphémères. C’est déjà arrivé. J’avais ainsi une super adresse à Paris, et ce n’est plus la peine que je vous mette un lien, nous y mangions de loin en loin, bien et pour pas cher, et puis un beau jour, plus de Lou Pescadou. Disparu. Consternation. Les magasins idem. A croire que dès qu’un endroit nous plait, il prend un malin plaisir à cesser d’exister. Vous n’avez pas remarqué ça ?
novembre 2008
05 mars 2009
tisane
Qu'est-ce donc que ce marigot ???
Effectivement la tisane n'est pas devant chez moi, mais dans la casserole !
Et puis comme l'adresse est bonne à connaitre, je vous la donne bien volontiers.
;-)
15 février 2008
chocolat
Il n’y a rien de plus plaisant, je trouve, que d’arpenter les rues d’un quartier de la capitale ignoré des touristes. Ce n’est pas que ça me gêne d’entendre parler étranger. Mais on ne m’ôtera pas de l’idée que les touristes ne font pas la vie d’un lieu. Ils ne produisent qu’un tapage passager. C’est ainsi que pour l’occasion nous nous promenons dans des rues inconnues, le nez au vent, et que nous savourons cette aventure. Allez, je vais parler pour moi, j’ai trop tendance à englober les autres dans mes opinions, Elle surtout. Je vais donc dire que JE savoure l’aventure de baguenauder là où je n’ai encore jamais mis les pieds. Dans un coin où il n’y a rien à voir de spécial. Sauf en cherchant bien : il faudra que je revienne chercher bien. Avec mon troisième œil pour témoigner.
Je savoure, et pourtant il fait gris. Un temps bien parisien, avec une espèce de bruine intermittente qui ne nécessite pas encore de parapluie, mais qui ne demande qu’à se muer en méchant crachin. Ma fille numéro 3, qui nous accompagne, a dit qu’elle était venue au théâtre dans le coin récemment, qu’elle en avait profité pour faire quelques emplettes, qu’il y avait un magasin super sur le boulevard, qui vend d’excellents produits italiens, qu’il y avait d’ailleurs un tas d’enseignes italiennes dans les environs, toutes plus alléchantes les unes que les autres. Soit. Nous n’avions rien programmé pour ce début bien avancé d’après-midi, alors pourquoi ne pas aller voir de quoi il retourne. Nous prenons même le métro exprès, jusqu’à la station Villiers.
Première surprise pour Elle et moi : dans l’enfilade du boulevard (des Batignolles) nous apercevons le Sacré Cœur sous un angle que nous ne connaissons pas, ayant l’habitude de l’observer depuis la direction du sud. Fille s’en moque, elle n’est pas surprise. C’est qu’elle n’a pas encore assez d’habitude dans la ville. Près d’un restaurant sarde, nous débusquons la boutique recherchée et y faisons l’acquisition de divers paquets de pâtes. Et puis nous ne cédons pas à la tentation d’acheter un tas d’autres choses : après avoir régalé notre tribu pendant les sacro saintes fêtes, nous sommes entrés malgré nous dans une période de vaches maigres.
Pour le plaisir de humer l’ambiance, au sens propre comme au figuré, nous empruntons la rue de Lévis jusqu’à son autre extrémité. Là, nous découvrons une vitrine garnie de chocolat artisanal (et équitable) sous toutes ses formes, tablettes, bonbons, mendiants, cacao en poudre, grué de cacao… On sert même du chocolat chaud, aromatisé aux épices ou non. Je ne suis pas adepte de ce type de boisson, il ne me faut pourtant pas un temps infini pour prendre ma décision, j’invite mes compagnes à entrer. Même si la température ambiante est douce pour la saison, je sais qu’une boisson chaude leur sera agréable. Et puis la dame qui tient l’endroit est fort accueillante, la musique est agréable, la décoration aussi, et c’est ainsi que nous profitons d’une parenthèse délicieuse.
Je vais être sympa, je vais vous donner l’adresse : le lieu s’appelle Puerto Cacao, cela se trouve au 53, rue de Tocqueville, dans le 17ème. Il y a même un site internet : www.choc-ethic.fr.
19 septembre 2007
échappée belle
Le voyage, encore. Ou mieux : l’idée du voyage.
Prendre la route de bonne heure un samedi ensoleillé de septembre. Ne pas tenir compte de l’ennui généré par la monotonie du ruban d’asphalte. Deux heures et quelques et autant le soir dans l’autre sens.
Prendre la route en tant que synonyme de partir vers l’aventure.
Ce jour-là l’aventure commence pour moi à l’instant où nous passons le grand pont autoroutier qui enjambe la Dordogne.
Jusque là je me contentais de conduire, et voilà que les eaux troubles du fleuve aux rives bordées de vigne me rappelle que l’océan n’est pas si loin, avec son cortège de départs possibles.
L’océan le restera pour la journée, pas si loin. Pour l’heure, c’est la ville qui nous attend. Bordeaux.
Bon, on pourrait croire que l’aventure démarre mal parce que je commence par me paumer. Qu’on se le dise une fois pour toute, si on veut laisser la voiture au parking relais du tramway, à Lormont, il faut prendre la sortie n°26 et non la suivante, ce que j’ai fait en toute naïveté puisqu’elle était étiquetée Bordeaux Centre, et que ça me semblait aller dans la bonne direction, puisque c’était notre destination finale. Vous me direz, à quoi bon s’embêter à chercher un machin mal indiqué alors qu’il y a plein de parkings en ville. Et bien si, il y a un intérêt : une journée de parking plus un aller retour en tram pour chacun des passagers de la voiture coûte en tout et pour tout 2,60 euros. Et on économise aussi le stress de la conduite en ville (les bordelais comprendront).
Comme je le disais, je me suis paumé, mais j’ai néanmoins fini par trouver le tramway après avoir fait le tour de Lormont, ce que ma foi je n’ai pas à regretter, le vieux centre accroché à flanc de coteau dominant la Garonne ne manque pas de charme.
Nous descendons du tram à « Place du Palais ». J’ignore de quel palais il s’agit. Le quartier est même un brin décati, les façades encore bien noires. Nous empruntons des rues que nous connaissons bien pour rejoindre le marché des Capucins. Nous savons y trouver chorizo, lomo et autres jambons d’Espagne, nous en ferons provision, j’ai eu la judicieuse idée de m’équiper d’un sac à dos. Nous en profitons pour faire un tour de marché, pour le plaisir des sens, sans oublier le joyeux encombrement multicolore et multi ethnique avec la flèche gothique de Saint-Michel en perspective.
Il est midi passé lorsque nous passons sous la Grosse Cloche, puis devant le Dock des Epices sans nous arrêter : nous y reviendrons après manger.
Justement : manger. Nous avons une adresse précieuse, c’est pour ça que nous faisons des aller et retour dans le quartier, sinon nous aurions pu nous attabler n’importe où, ce ne sont pas les petits restos sympas qui manquent. Mais nous avions dès le départ jeté notre dévolu sur l’Echappée Belle, la si bien nommée, nous étions sûrs que cela plairait à Marie et à Fille n°3. Je vous donne tout de suite l’adresse avant que j’oublie, et bien que comme toutes les bonnes elle gagne à rester confidentielle : le petit resto/salon de thé est donc situé au 41 de la rue du Pas de Saint-Georges, au coin de la place Camille Julian. En plein centre, mais à l’écart de la cohue des rues commerçantes. Ça a son intérêt par temps doux, tant la petite place ombragée est propice au farniente et à la rêverie. Voyages, voyages.
Je disais que l’Echappée Belle portait bien son nom. En effet tout ici invite à l’évasion, tout est surprise, à commencer par le décor, composé avec goût et humour et parsemé de livres de cuisine. L’aventure est dans l’assiette. Pour une modeste poignée d’euros, on a droit à une salade verte délicatement assaisonnée, puis à deux plats au choix, dont les saveurs et les couleurs sont autant de fenêtres ouvertes sur des ailleurs réels ou imaginaires. Enfin un dessert et le café. Tout cela est présenté de façon harmonieuse. De plus la patronne est très sympathique et n’hésite pas à s’asseoir à côté de vous pour vous présenter la carte (qu’elle renouvelle régulièrement). Nous avons d’ailleurs eu la surprise qu’elle nous reconnaisse alors que nous n’y avions mangé qu’une seule fois auparavant, il y a cinq mois (nous n’avons pas les cheveux bleus, ni aucun genre de signe distinctif à part notre caractère aimable). J’ajouterai que les vins locaux, vendus au verre se laissent boire sans problème, de même que la large gamme de thés. Bref allez-y et ne l’ébruitez pas trop.
J’ai demandé à la dame une petite carte de l’établissement et manque de pot elle était en rupture de stock. Donc pas de scan à vous proposer. Ni de lien vers un site web, elle n’en a pas. Par contre, en faisant une recherche sur gougueule, je suis tombé sur un lien vers un film portant ce nom (l’Echappée Belle). Je ne sais pas si ça a un rapport. Plus surprenant, le fantaisiste moteur de recherches renvoyait sur un article du Nouvel Observateur, intitulé l’échappée belle, et qui parlait de l’enfance de Boris Cyrulnik, ce dernier ayant échappé de peu aux milices de Papon pendant la guerre et ayant été protégé, entre autres, par une institutrice de son école. Cette école se trouvant précisément dans la rue du Pas de Saint-Georges. J’ignore si c’est une coïncidence, si la dame du resto a nommé son établissement en connaissance de cause, ou si les deux (l’article et le resto) font référence à quelque chose qui m’échappe joliment.
Tandis que je me transporte dans le maquis (je déguste une tartine corse !), je me retourne, armé de mon troisième œil et je range dans la boîte à images une étrange petite sculpture animale embusquée au coin du mur d’en face.
L’après-midi est déjà bien entamée lorsque nous poursuivons notre promenade. Je ne parlerai pas du Dock des Epices, j’ai déjà fait un article là-dessus. Nous entrons plus tard au Comptoir de Magellan (voyages, voyages) où je déniche quelques CD intéressants à 4 euros pièce. Ce ne sont évidemment pas de nouveautés. Marie m’offre un petit livre où il est question d’aubergines et de cuisine indienne.
Nous continuons à parcourir la ville en évitant la foule le plus soigneusement possible. Nous avons une course à faire rue Porte Dijeaux, l’affaire de quelques minutes peu agréables…
Lorsque l’heure est venue de reprendre le tram pour Lormont, puis la route pour chez nous, j’ai le regret de constater que nous n’avons même pas eu le temps d’aller faire un tour du côté des quais, c’est dommage, depuis que la ville s’est refait une jeunesse, il paraît que c’est magnifique. Force est donc de constater que cette ville est trop grande pour être vue en une seule journée.
09 septembre 2007
dock des épices
Entrer au « Dock des Epices », c’est mettre le pied dans un autre monde.
Le pied, ou plutôt le nez.
C’est s’introduire dans le rêve, dans le voyage imaginaire. C’est du moins ce que je ressens, moi qui ai peu voyagé. Pour tel autre qui aurait bourlingué au loin, je présume que ce serait plutôt réactiver des balises enfouies dans les souvenirs…
Je n’hésite pas à ouvrir les petits pots contenant différentes variétés de poivre. L’effet est toujours saisissant. Qu’on sente un poivre seulement, on dira que c’est du poivre, voila tout. Qu’on se mette à humer toutes les variétés, on aura un surprenant aperçu d’une gamme d’odeurs insoupçonnée.
On peut renouveler l’exercice avec les tubes de vanilles de diverses provenances.
Pour le plaisir de s’imaginer revenu sur les bancs de l’école, au temps où on utilisait parfois de la colle blanche avec la petite pelle prévue à cet effet, rien que pour ce plaisir, on peut déboucher un pot de fèves de tonka. A chacun ses lubies.
Ensuite on s’interroge inévitablement sur les noms inconnus qui agrémentent certaines étiquettes, il y en a toujours de nouveaux. C’est le moment de mettre le tenancier des lieux à contribution, il n’attend que ça (si la boutique n’est pas envahie, bien sûr. Sinon il faut avoir la patience d’attendre son tour, si on n’est pas pressé ça vaut le coup). Il est bavard, dit-il lui-même. C’est alors que de nouvelles fenêtres s’ouvrent sur des lointains exotiques. On demande comment on utilise telle ou telle graine ou poudre et on se met soudain à composer mentalement des menus ensoleillés.
Vient l’instant où on se rappelle qu’on a en poche une liste de denrées à renouveler. Personnellement je suis à court de poivre de Tasmanie. Et manque de chance la boutique n’a pas encore été réapprovisionnée, la précieuse épice vogue encore quelque part sur l’océan, elle devrait arriver incessamment, ce sera précisé sur le site internet. Et voilà le disert marchand parti à nous conter dans le détail les méandres compliqués de l’importation d’un tel produit dont la culture et la commercialisation sont protégées par les lois locales.
Lorsque nous sortons du magasin, nous avons la promesse d’une surprise : le fameux poivre de Tasmanie, lorsqu’il sera enfin parvenu au bout de son périple, sera accompagné d’autres épices de la même île. Notre curiosité est d’ores et déjà aiguisée, sachant que les dites épices australiennes n’ont pas encore de nom !
26 mars 2007
oisiveté
Le lieu est plaisant. Embusqué au coin de la rue de la Butte aux Cailles et d’une autre petite rue charmante, le clin d’œil aux couleurs vives est une invitation à entrer.
L’Oisive-thé.
D’ordinaire je ne raffole pas de ce genre de jeux de mots en guise d’enseigne, mais là, j’avoue, ça m’incite plutôt à rêver. En tous cas ça sonne moins ballot que le nom de ce salon de coiffure aperçu récemment, Diminue Tifs.
Je ne sais pourquoi, mais oisive me fait penser à oiseau. Je m’imagine déjà quelques mois plus tard, où hirondelles et martinets fendraient en sifflant un ciel limpide. Je ne sais même pas s’il y a des hirondelles à Paris, j’avoue que je n’ai pas fait attention. Ce qui est sûr, c’est que dans ma campagne, on en voit beaucoup moins. Plus aucune ne vient nicher dans les dépendances de la maison. C’est plus propre, mais c’est dommage quand même. Peut-être que j’ai cette idée d’oiseaux parce que je reviens d’un bref séjour sur la côte, dans un lieu où mouettes et goélands ne cessent de tournoyer en criant, et s’élancent parfois vers le large en un mouvement majestueux.
Revenons à l’Oisive thé. On l’aura deviné bien sûr, il s’agit d’un salon de thé. Un endroit paisible et apaisant où on sert des breuvages de qualité, qu’on peut accompagner d’une part de la pâtisserie du jour ou de tartines servies avec du beurre et de la confiture maison. Je n’en ai rien fait évidemment : je décrète parfois que je suis au régime. Enfin que je fais attention.
L’oisive (thé), cet adjectif au féminin suggère que le lieu s’adresse volontiers à une clientèle féminine. C’est le cas de la plupart des salons de thé, je sais bien, mais là plus qu’ailleurs, je me sens… comment dire ?.... oui c’est ça : invité. D’ailleurs je laisse Elle payer les consommations (qui nous paraissent plutôt moins chères qu’ailleurs dans la vile). Bien entendu le salon est tenu par une équipe de jeunes femmes fort sympathiques. Quant à nous, nous entamons un va et vient rigolo en direction des toilettes, non pas que le thé produise des effets aussi rapides, mais parce que le réduit est pourvu d’une ingénieuse porte coulissante séparant wc et lavabo que nous nous plaisons à examiner sous toutes les coutures.
Tout en sirotant mon lapsang souchong j’oublie mon délire sur les oiseaux, je m’efforce d’ignorer la porte coulissante, et je me mets à penser à l’oisiveté. Je tourne et retourne ce mot dans mon crâne. Me fait-il rêver ? Je n’en sais rien. J’ignore encore de quoi il s’agit. Je me projette dans un avenir un peu vague, disons dans dix ans, et je me demande ce que sera la vie sans obligations professionnelles. M’inviterai-je alors souvent dans l’univers féminin des salons de thé ? Allez savoir…
27 novembre 2006
l'oeil au vert
Ce n’est pas loin de la maison. Vraiment pas loin. Un petit quart d’heure à pied. Et encore, en flânant quelque peu. Il suffit d’enjamber la ligne du RER, au bout de la rue, de tourner à gauche, un peu plus loin on passe devant l’arbre… Ah l’arbre. Il vaudrait presque un billet à lui tout seul. Une curiosité cet arbre. Je le remarque à chaque fois que je passe là. Je réalise là tout de suite maintenant à l’instant que je ne suis même pas capable de dire de quelle essence il est. C’est que je n’en regarde pas souvent les feuilles, non, c’est le tronc qui m’intéresse, la base du tronc, même. L’arbre a pris racine au coin de deux immeubles, sur le trottoir, dans un minuscule triangle de terre fermé de quelques dizaines de centimètres de bordure métallique, et ses branches maintenant partent à l’assaut des étages, caressant les fenêtres sans que quiconque paraisse s’en soucier. On a l’impression qu’il a pris racine là, dans cette rue de la ville, de sa propre volonté, indépendamment de toute considération rationnelle. J’ai cette impression, devrais-je dire, et alors je me disperse instantanément en rêveries, je m’assimile à mon copain végétal, mes racines, moi aussi j’en ai planté une partie dans le terreau de cette ville, volontairement, sans que quoi que ce soit m’y prédispose.
Continuant notre périple, nous versons une larme symbolique sur le magasin des « nouveautés » qui s’apprête à baisser le rideau définitivement. Cette échoppe où on trouve tout ce qui est textile et mercerie, sa vitrine surannée, tout est resté tel que du temps de son enfance, affirme Elle. Ça, c’est comme un bout de racine qu’on coupe, précisément, et voilà qu’on s’imagine avec les doigts noircis par des traces de latex (je pense à ça parce que je viens de rempoter le ficus caoutchouc de ma fille n°2, et que justement j’ai coupé des racines aériennes qui jaillissaient du tronc).
Chemin faisant nous passons sous le périph, puis nous longeons le stade Charléty, pour l’heure on s’y entraîne à un jeu de balle, il y a des cris épars, et des coups de sifflet stridents. Au carrefour nous constatons que les travaux du tramway sont quasiment terminés, l’œil porte maintenant de chaque côté de la porte de Gentilly sur une longue perspective futuriste et engazonnée.
Nous nous engageons dans la rue de l’Amiral Mouchez.
Que faisons-nous dans cette rue ? Il y a là, entre les deux premiers arrêts du 67, quelques commerces que nous voulons montrer à notre fille n°3, précisément parce que ce n’est pas loin : la boulangerie (qui fait d’excellentes baguettes, parfaites pour le petit déjeuner), le traiteur asiatique, dont nous venons de tester avec plaisir quelques unes des productions, et « l’oeil au vert ».
L’œil au vert. Une enseigne pareille ne peut qu’inviter d’urgence à l’évasion et à la digression.
L’œil au vert. Une enseigne qui pourrait être celle de mon recueil de notes. Mais gardons notre carnet vert, évitons la friture, ah ah ah.
L’œil au vert. L’œil ouvert. Le gauche, le droit, le troisième, celui que je trimballe dans mon petit sac à dos jaune, sorti de sa sacoche, prêt à enregistrer sur la carte mémoire l’instant, le rythme des courbes, des obliques, des parallèles, l’éclat des couleurs. Le gauche, le droit, même sans troisième. Voir.
L’œil au vert. L’œil en escapade, l’œil en vadrouille, vers des ailleurs rieurs, vers des ailleurs verts. Je vois déjà la pulsation sans fin d’écumes salées s’abattant sur des sables brûlants, de blés en herbe oscillant dans le vent, miroitant sous des ciels changeants.
L’œil au vert. La boutique est verte, évidemment. Sur la vitre de la vieille porte de bois nous lisons que le lieu est ouvert sans interruption de 10 heures à 20 heures, du lundi au samedi. Quelle aubaine ! Fille n°3 insiste soudain pour entrer, ce n’était pourtant pas prévu. Mais comment résister ? je la comprends. Nous poussons la porte. Je ne sais plus s’il y a ou non une sonnette qui fait ding. Un homme affable nous salue, affairé derrière son comptoir. Une musique de jazz emplit l’espace. Du piano. C’est la radio, mais il y a un rayon disque, petit, dans le fond du magasin, du jazz, du blues, des musiques du monde, une intégrale de François Béranger, rien que du bon. Et des livres. Des livres surtout. On est dans une librairie. Des quantités d’ouvrage qu’on a envie d’acquérir sur le champ. Il y a encore tant de choses à lire. Il y a un petit espace presque fermé, consacré à la littérature de jeunesse, aux albums. Elle s’y attarde, elle s’y délecte, elle y trouve son bonheur. Bientôt les enfants auront droit à une nouvelle lecture. Je serai (ou Elle sera) assis sur le lit de la chambre jaune, là ils dorment quand ils viennent à la maison, la Petite à ma gauche, le Gamin à ma droite, ou l’inverse. Ils se tortilleront comme des anguilles, je le sais, mais seront néanmoins toute ouie. Il y a un rayon dévolu aux livres de poches, les livres sont plus ou moins présentés par collection, et voila que je découvre des collections que je n’avais jamais vues jusque là, regroupant les écrits d’auteurs dont je n’ai jamais entendu parler, étrangers pour la plupart. Je farfouille dans les autres présentoirs, mais je sais que je reviendrai à cette collection inconnue d’auteurs inconnus, pour voir. C’est fou, on croit connaître assez bien un domaine, la littérature, et on s’aperçoit bien vite avec humilité qu’on ne sait rien, ou presque, qu’on est tout petit.
Bref l’œil au vert est une mine. De plaisir en perspective. Quand même, il y a un inconvénient de taille : ce n’est pas loin de la maison. Vraiment pas loin.
15 avril 2006
éveil
Lever de soleil sur la Dombes (1976)
08 février 2006
déménagement
Elle et moi, nous sommes des gentils. On n’y peut rien, c’est comme ça. Alors on se trouve parfois embringué dans des plans pas très reposants, par exemple aider au déménagement d’une collègue, ce genre de choses. Je vous vois déjà venir… Et bien non, c’est fini. Je ne joue plus les déménageurs. C’est un métier. Et ce n’est pas le mien. Après une journée (moins la pause jambon rillettes, je concède) passée à trimballer des morceaux de meubles bien lourds dans des escaliers forcément exigus, avec des clous qui dépassent des murs, des marches de guingois, des poutres où aisément se fracasser le crâne, j’en avais plein le dos, au sens propre, j’avais le râble en compote. Je l’accepte avec plaisir pour du lapin ou du lièvre. Mais mon râble à moi perso, je dis non. M’enfin. En plus, les fameux meubles bien lourds, j’ai dû en démonter certains, avant de les descendre dans les escaliers exigus. Avec les outils du bord. Donc forcément inadaptés. L’opération avait commencé à bien me fatiguer. Pensez : une vieille armoire toute chevillée de bois, des chevilles bien collées par le temps et l’encaustique… Et un lit métallique avec pas de clé pour desserrer les écrous des pieds. Facile !
Bon je ne vais pas m’appesantir là-dessus, c’est du passé. Mais après ça j’étais vraiment HS. En plus nous devions monter dans le centre ville (oui : pour ceux qui ne savent pas, la région n’est pas trop montagneuse, mais Poitiers est une ville très pentue) pour refaire notre provision de thé. Galère.
Justement il s’est ouvert récemment une nouvelle boutique qui ne vend que ça, du thé, et les accessoires qui vont avec. Nous y sommes entrés, faisant fi de nos vêtements rendus poussiéreux par une journée de dur labeur, la gérante nous a accueilli avec le sourire, nous avons humé un grand nombre de mélanges plus ou moins surprenants, nous nous sommes assis à une des deux petites tables rondes, nous avons dégusté le breuvage préparé parait-il dans les règles de l’art, nous avons beaucoup parlé, du thé, de la ville, de Paris, etc… Nous renaissions. Notre journée avait attendu la soirée pour devenir un vrai bonheur. Parce que la grosse demi-heure passée là, c’était du bonheur. Alors comme, je l’ai dit, je suis un gentil, je vais vous donner l’adresse :
Et comme je suis vraiment très gentil, je vais même vous en donner une autre, d’adresse, celle de la fleuriste que nous avons découverte ensuite, et qui propose plein de compositions florales originales et sympathiques dans un décor qui ne l’est pas moins. Juste en face de la belle église romane de Saint-Benoît.
La prochaine fois qu’on m’y prendra, parce que je me connais, gentil comme je suis, je ne saurai pas dire non, je pense que je me munirai de mon stock d’outils.
31 janvier 2006
la table du jardin
Il y a des jours comme ça, la météo annonce un temps hivernal catastrophique, de la neige, du verglas un peu partout. Alors on a l’impression d’être le village gaulois qui résiste à l’envahisseur, il fait outrageusement beau, des gens se prélassent aux terrasses sur la place d’Armes, la plupart ont même quitté blousons et manteaux. Quelle bonne idée j’ai de prendre mon mercredi après-midi !
Elle veut profiter de la saison des soldes pour acheter un nouveau maillot de bain. Je la rejoins donc à l’étage du magasin de sport qui va bien. Elle en essaie je ne sais combien, de diverses tailles, et il y a toujours un petit quelque chose qui cloche. D’après elle. A chaque essai elle sort de la cabine et s’obstine à demander l’avis de la vendeuse. Qui regarde ailleurs d’un air las et manifestement s’en moque éperdument. Et qui finit par farfouiller dans une étagère et y déniche évidemment le modèle qui sied impec. QUI BIEN ENTENDU N’EST PAS SOLDE, c’est toujours la même chose. Bon. Nous achetons la chose. Puis nous nous rendons chez l’Occitane pour refaire notre stock de gels douche. Ben vous savez ce qu’ils soldent, eux ? Des bougies parfumées. C’est pratique de prendre sa douche avec des bougies parfumées.
Lorsque nous sortons de là il est une heure moins le quart, largement temps d’aller casser la croûte quelque part. Justement il reste de la place à La Table du Jardin. Nous aimons bien manger là. C’est petit, assez intime, les repas sont simples et raffinés à la fois. Pour 9,90 euros, ça peut le faire. Vous voulez savoir ce qu’on mange pour ce prix là ? Elle a pris une entrecôte à la bordelaise, accompagnée de pommes de terre, de tomates et d’endives. Quant à moi j’ai opté pour la salade fermière : une méga assiette garnie de salade, de tomates, de blanc de poulet et d’un œuf miroir, le tout assaisonné d’une délicieuse sauce au curry. En dessert nous avons craqué tous les deux pour la tarte aux pommes et aux figues nappée d’une sauce au caramel. Que du bonheur.
Je n’ai pas de petite carte du resto, mais je vais vous donner l’adresse quand même, je vous la recommande (c’est connu des anglais, c’est un signe qui ne trompe pas) :
LA TABLE DU JARDIN
42 rue du Moulin à Vent
POITIERS
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