Il suffit parfois de rien ou presque, de la simple lecture d’un passage de roman par exemple, pour faire surgir des souvenirs enfouis depuis des décennies. En fait ce n’est rien de précis. Juste une ambiance, une impression. Quelque chose d’assez fort néanmoins pour me prendre aux tripes.

Je lisais « Fief », une histoire dans laquelle je progressais à petits pas, parce que la lecture en était un peu ardue pour moi en raison de l’omniprésente façon de parler argotique d’une certaine jeunesse. Soudain, je crois que les protagonistes glandaient (leur activité principale, le farniente) dans un petit bois, et voilà que je me revoyais moi-même dans un ersatz de nature, accompagné d’un petit groupe d’amis. Il faisait nuit depuis longtemps, c’était le début de l’été, nous avions marché en riant, en chantant, en chahutant jusqu’à un terrain vague à la lisière de la ville, là où l’absence d’éclairage public nous permettait d’observer les étoiles et les avions. Je me souviens avoir été assis sur le talus, le regard tourné vers le ciel, quand l’un d’eux a sorti de sa poche un harmonica et s’est mis à gémir un blues à la façon de Charlie Mc Coy. J’ai peut-être déjà raconté cet épisode. Ou pas. Je crois que j’y fais vaguement allusion dans Caravan. Peut-être. Je ne vais pas chercher, cela ne m’intéresse pas. Ce qui compte, c’est juste le bonheur d’avoir réveillé une sensation oubliée, et pourquoi pas un flash savoureux d’une jeunesse à jamais révolue.

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