Tu roules, tu roules. Tu vas un peu « au radar » parce que ta nuit a été courte, à ton âge le sommeil se fait sporadique, ce qui n’empêche pas la fatigue de peser. Bref, tu roules, on pourrait imaginer que tu fonces dans le brouillard, mais ce n’est pas le cas, d’ailleurs c’est interdit. Pas le brouillard, non, on n’y peut rien, mais foncer, dedans ou ailleurs. Le brouillard : n’exagérons pas. Il ne s’agit que d’une brume légère qui, dans le jour naissant, s’apparente à une chape de gris épais. On voit, pourtant. Même les radars qui fleurissent au bord de la route, mieux que les cyclamens. On est en automne, on va bientôt passer à l’heure d’hiver.

Tu roules au radar, aux radars, aux innombrables radars. Tu râles. Tu veux bien de la sécurité, mais pas policée, comme chacun. Tu traverses un village. Tu passes au radar. Tu entres dans une ville. Nouveau radar. Tu fais attention. Tu sors de la ville. Tu fais attention, à la route, aux radars, à ce qui fleurit autour de toi, aux feuilles tombantes, à celles qui attendent encore, rougeoyant en haut de leurs branches, et qui  soudain t’émerveillent, là sur la route de Niort, parce que la brume s’est déchirée et que le soleil levant éclaire l’allée de platanes que tu traverses. Tout cela est fugitif, tu gardes le cap, tu ne perds pas le nord, tu n’es pas « au radar », et tu garderas de cette sensation prodigieuse un sourire émerveillé pour la journée.

Le soir, à ton retour, le couchant illumine l’allée de platanes.

 

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