Un matin à Paris. Assis dans le métro, ligne 4, nous filons vers le marché Saint-Pierre car Elle doit acheter du tissu. Oui nous sommes assis, évènement improbable à une heure encore matinale. Elle en profite pour consulter l’oracle de Google sur son portable afin de dénicher une éventuelle perle rare en matière de commerce de tissu. Son regard s’attarde sur une adresse. Dans le 11ème. Nous ne sommes pas dans la bonne direction. J’extirpe le plan de la ville de mon sac, je repère les lieux. Le métro s’arrête. Je regarde les indications sur le quai : Gare du Nord. Nous sortons précipitamment. Nous changeons pour la ligne 5. Couloirs blancs impersonnels et malodorants. Ligne 5, station Bréguet-Sabin, nous débouchons à l’air libre au milieu du boulevard, parmi les étals du marché. Nous ne savons pas quel jour ni à quelle heure a lieu ce marché. A chaque fois que l’aventure nous amène ici, les étals sont déserts. Enfin, je dis étals, le mot n’est peut-être pas exact. Je veux parler des structures métalliques avec les bâches qu’on déroule, justement pour protéger les étals le cas échéant. Plan en main, nous sinuons dans de petites rues vivantes jusqu’à dénicher l’adresse rechercher. Corrigeons : les rues doivent être vivantes à  d’autres moments du jour. Pour l’heure elles sont encore assoupies. La preuve, il est 10h40 et le magasin ouvre à 11h. Nous nous attablons au café d’en face pour un thé ou un café. Café, bar, restaurant japonais, bar à vins : étrange conjugaison. Quelques pas dans la rue pendant les ultimes minutes d’attente. Les autres boutiques sont censées ouvrir encore plus tard, comme c’est bizarre. Evidemment Elle ne trouve rien d’intéressant dans le magasin de tissus. Nous reprenons le métro, ligne 9, changement à Nation, puis ligne 2 en direction du marché Saint-Pierre. Station Anvers, nous descendons parmi le flot de touristes partis à l’assaut du Sacré Cœur. Elle prend le temps de photographier un morpion au coin d’une rue. Je sais, ces figurines en mosaïques se nomment Invaders, mais nous l’ignorions quand nous avons commencé à les traquer à travers la ville, objectif au vent, il y a une dizaine d’années. Je ne sais pas combien de temps nous passons au marché Saint-Pierre. Avec mon portable je photographie des coupons, que j’envoie à notre fille pour avoir son verdict. Nous finissons par tomber d’accord sur un tissu à dessins géométriques en noir et blanc, puis sur un jaune. Il est plus de 13h30. Trop tard pour rentrer manger à l’appartement, alors salade grecque et croque-madame dans une brasserie. Arrosé d’une bière fraîche, notre repas nous satisfait. Au bout de l’avenue, une librairie nous tend les bras, pour le plaisir de choisir un ou deux livres de poche. Et un stylo à glisser dans mon sac pour d’ultérieures prises de notes. Encore quelques centaines de mètres à pied, puis bus 68 pour nous retrouver boulevard Raspail, acheter quelques cosmétiques avant de retrouver notre havre de paix du troisième étage, fenêtres ouvertes sur la chaleur du dehors et la lointaine rumeur de la ville. Il est presque 17h. Le matin à Paris est bien entamé.

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