L’autre matin, me rendant au marché, j’ai croisé un quidam dans la rue des Trois-Cailloux. Etrange. Pas de croiser un quidam dans cette voie, non. Même le matin on rencontre du monde dans la rue commerçante et piétonnière la plus fréquentée de la ville. L’homme était étrange par son attitude. Planté au milieu de la rue, il cadrait des vues face à moi, et je sentais bien que j’étais exclu de sa composition, ce qui me convenait parfaitement. Bref, ne tournons pas autour du pot. L’homme prenait des photos. Sauf qu’il n’était manifestement pas équipé d’un quelconque ustensile ad-hoc, comme par exemple un appareil photo, un téléphone ou une tablette. Il cadrait les vues avec ses mains positionnées en viseur. Et je voyais bien qu’il s’appliquait, le bougre. Il avait un certain âge, comme on dit en parlant des gens a priori plus vieux que soi, bien habillé, avec un brin d’excentricité dû à un blouson, tandis que pour ma part j’avais déjà très chaud. J’en ai déduit, à tort ou à raison, je l’ignore, que ce personnage était anglais. Et je n’ai pu m’empêcher de raviver avec plaisir le souvenir d’une tenancière de chambre d’hôte, à Wick, tout au nord de l’Ecosse, qui tentait de m’expliquer avec malice qu’il était normal que je ne comprenne pas la totalité de son discours, puisque même les anglais ne comprenaient pas les gens du cru.

Dans la rue des Trois-Cailloux, m’en revenant du marché avec mon sac de moules au bras, je me suis avancé jusqu’à l’endroit où un peu plus tôt était planté le quidam aux photos virtuelles. J’avais pensé que de là on pouvait cadrer la tour Perret, mais pas du tout, elle était cachée par l’angle d’une maison ou par les arbres de la place. Peu importe, me suis-je dit. Car compte tenu du contrejour et de l’atmosphère brumeuse, sa photo était inévitablement surexposée.

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La tour Perret à Amiens