Des lumas dans l’hélichryse. Voici qui ferait un bon titre pour un polar, songé-je tandis qu’il a plu il y a peu et que je secoue la nappe par la fenêtre ouverte. Un polar humoristique, à la mode de ce bon vieux Charles Exbrayat, dont je lisais autrefois les ouvrages avec délectation, voire avec un accent stéphanois que j’imaginais conforme à celui d’une amie rencontrée jadis en colonie de vacances. Un polar avec un titre du style « Le temps se gâte à Zakopane ». Personne ne sait où se trouve Zakopane, j’imagine ; en tous cas moi je ne savais pas avant d’avoir lu le livre, et comme c’était il y a longtemps, je ne m’en souviens plus. Ça n’empêche pas le cher Charles d’en avoir fait un titre. Alors pourquoi pas des lumas, même si le mot ne figure que dans le langage des poitevins. Et dans leurs assiettes, mijotés dans la sauce ad-hoc. Personnellement je le préfère à la persillade, ou, mieux encore au gex fondu, selon une recette dont je garderai le secret. Bref un luma, chez nous, est un escargot, de préférence de la race des petits gris. Les lumas pullulent dans mon jardin et viennent même nous narguer jusque sous la fenêtre de la cuisine, où se prélassent iris bleus, sauges rouges et hélichryses jaunes, comme leur nom l’indique, bien qu’on les appelle plus communément immortelles ou encore herbes à curry. Je m’attarde le nez dehors, la nappe en suspens et les idées folâtres, rien qu’à cause du parfum entêtant de l’hélichryse, qui embaume par bouffées capiteuses jusqu’à nous en donner le dégoût. Alors je referme la fenêtre, je plie la nappe et la remise au placard. Les miettes du petit déjeuner sont dehors, dansant au milieu des fleurs. Tout est en ordre.

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