Nous roulons vers la ville, radio allumée sur les souvenirs. Cette semaine on commémore mai 68. Hier soir, les invités d’une émission étaient consultés sur les mots : à propos de cette tranche de vie symbolique doit-on dire tout simplement 68, ou bien les évènements de 68, ou encore je ne sais plus quoi, la brèche je crois. La plupart ont répondu comme je l’aurais fait moi-même : 68. Pour en revenir à notre trajet motorisé, la plupart des émissions du moment sont illustrées par des musiques de l’époque. Et voilà qu’à l’écoute de l’une d’elles, je suis soudain parcouru d’un grand frisson complètement inattendu. C’est d’ailleurs le propre du frisson qu’il soit inattendu. Ce qui m’étonne surtout, c’est qu’un morceau, certes sympathique, écouté maintes fois jadis sans déclencher chez moi d’émotion particulière, résonne soudain d’une façon aussi spectaculaire. Est-ce l’effet de la musique elle-même sur ma moelle épinière, ou la nostalgie d’une époque (non pas mai 68, j’étais trop jeune et je n’écoutais pas de musique, mais plutôt quelques années plus tard, avec une apogée en 73, quand j’écoutais du rock à fond la caisse et que je rêvais de devenir un poète maudit).

Je ne sais pas s’il s’agit d’une simple coïncidence, mais je revis à nouveau ce moment d’exception au moment d’écrire ces lignes : l’ordi diffuse une version jazzy de « Paint it, black » enregistrée par le pianiste Rémi Panossian.

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