La campagne regorge en ce moment de champs moirés de vert, orge et blé à l’infini, çà et là piquetés de coquelicots. J’aime les coquelicots. Pas spécialement les friches envahies, non, mais les quelques fleurs rouges et fragiles qui parsèment les talus et taquinent les céréales. Je les aime quel que soit le temps, soleil de plomb ou nuages gris, et je sais pourquoi : je me souviens d’un trajet, alors que j’avais mon permis de conduire depuis seulement quelques mois ; je m’étais arrêté au bord de la nationale 6, quelque part entre Auxerre et Avalon, et j’avais voulu photographier les coquelicots sous toutes les coutures. Il faisait gris, le contrejour n’était pas violent. Je m’en étais donné à cœur joie. On dit souvent que les photographes ne voient rien des paysages, obnubilés qu’ils sont par ce qu’ils cadrent dans leur viseur. C’est faux. J’aurais plutôt tendance à affirmer que l’objectif incite à porter attention à des détails qu’on ne remarquerait pas autrement. Bref, tout ça pour dire qu’après mon passage au labo, je m’étais trouvé déçu ; en effet j’avais en tête un vert un peu sombre, le blé, et le rouge flamboyant des fleurs. Or je n’avais pris que des photos en noir et blanc.

 

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