C’était un mardi de mai, un mardi exceptionnellement chaud. Nous avions tenté une randonnée au départ de Saint-Pierre, un trajet balisé qui nous conduirait au milieu du silence, dans le marais. Je ne disserterai pas ici sur la notion de silence. Je sais bien que le vrai silence n’existe pas, notamment là où fusent sans relâche les trilles des oiseaux, même pour un homme à l’ouïe fatiguée tel que moi.

En chemin nous avons trouvé un jardin. Un havre d’ombres et de couleurs, à l’abri du soleil implacable. Nous avons visité le jardin, prenant notre temps, détaillant euphorbes et ancolies, reculant inconsciemment ou non le moment de nous remettre en marche. Au sortir nous avons levé le nez au ciel, constaté qu’il était bleu, évalué la chaleur, évalué le temps, ah non, ce n’était plus possible, il convenait d’urgence de ne pas aller plus loin. Nous sommes revenus sur Saint-Pierre. Un coin de terrasse à l’ombre incertaine de mûriers taillés ferait l’affaire, on y servait de la bière fraîche. Il était déjà dix-huit heures et nos corps étaient harassés.

Le temps de prendre le temps, les gens avaient quasiment déserté la grande plage lorsque nous nous y sommes aventurés. Il ne restait que les surfeurs et quelques familles de curieux. Nous nous sommes mis en maillots. Nous nous sommes avancés dans l’eau, d’abord les chevilles et le vertige du ressac, et nous avancions toujours et les vagues se chargeaient de nous mouiller entièrement. Plus tard on nous croirait difficilement quand nous dirions sur les réseaux sociaux que l’eau était bonne et le bain agréable. C’est pourtant la vérité. L’horizon n’est jamais si beau que lorsqu’on le regarde à ras de vagues. C’est ce que nous avons fait, puis nous avons nagé un peu et tu m’as tendu la main. Nous nous sommes embrassés, nous le faisons toujours lorsque nous sommes ensemble dans la mer, cela forme en moi un de ces souvenirs essentiels, que j’espère inoubliables, qui justifierait largement qu’on fasse l’aller-retour dans l’après-midi, quelques cinq heures de route, cela nous est déjà arrivé.

Le lendemain, mercredi, il faisait frais et il s’est mis à pleuvoir.

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