Perchée sur une racine de la bruyère, une corneille boit l’eau de la fontaine Molière. Voici à peu près la phrase mnémotechnique que me faisait apprendre ma mère afin d’enregistrer les noms des auteurs majeurs du XVIIème siècle.

Je ne suis pas grand connaisseur en matière de théâtre, et notamment de théâtre classique. Je me souviens du supplice que représentaient pour moi en seconde les cours de français. Et dire que j’ai redoublé cette classe. Je me suis longtemps demandé si le professeur n’éprouvait pas un plaisir sadique à nous infliger analyse de texte sur analyse de texte pour ces intrigues que je trouvais juste invraisemblables et dénuées d’émotion. Pour moi, qui suis néanmoins littéraire, je ne peux le nier, l’écriture se devait, et se doit encore, d’obéir à une certaine spontanéité. Or là tout est construit, étudié jusqu’à la moindre virgule, et de plus en vers. J’ai lu quelque part récemment qu’on ne savait plus lire les alexandrins (à haute voix). J’aurais tendance à dire : tant mieux. Seul Boileau avait mon indulgence : ceux de ses textes qu’on nous faisait étudier étaient courts et en prose. Et il évoquait des paysages. Je « voyais » littéralement Haute-Isle, sur ses falaises de craie dominant la Seine, sans que j’y aie jamais mis les pieds.

Hier soir, Elle et moi sommes allés assister à une représentation du Cid. Je ne peux pas dire que je me sois vraiment ennuyé, non. Je pensais conjurer mes rejets d’adolescent. J’ai tenté d’être attentif. J’ai bien sûr reconnu çà et là quelques tirades qu’on apprenait par cœur (je ne suis pas certain d’avoir connu cette malchance, mais je me souviens que ma mère ou mes oncles s’en gargarisaient parfois). Je pense que la Chimène de service a plutôt emporté le morceau, comme on dit vulgairement. Elle a dû le sentir, d’ailleurs, car lors des rappels, elle était tout sourire et semblait au centre des applaudissements. Le roi était très bon également. Mais les autres personnages…. J’ai trouvé qu’ils déclamaient des alexandrins.

A l’issue du spectacle, je n’ai pas pu m’empêcher de m’écrier, alors que nous étions déjà dans la rue, que si le théâtre classique m’ennuyait à mourir lors de mes années de lycée, quarante et quelques années plus tard, j’avais toujours du mal à me passionner. 

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