Il faisait beau. Nous avions décidé d’une promenade purificatrice post-agapes. Les enfants couraient devant, revenaient, repartaient. Pas très loin du dolmen, nous avons découvert notre petit-fils juché sur la haute fourche d’un chêne vigoureux qui s’élançait en bordure du chemin. Le gamin jouait les vigies au-dessus d’un océan de ronciers et de prunelliers enchevêtrés. J’ai immortalisé l’instant en photographiant le marin imaginaire perché sur sa branche. J’ai tenu également à cadrer les fougères alertes qui poussaient à même l’écorce de l’arbre, chaudement éclairés par l’astre déclinant. C’était il n’y a pas si longtemps, l’après-midi du premier de l’an. Quand on appuie sur le déclencheur, on n’est jamais sûr de pouvoir capter à nouveau la même image. On sait que les conditions de prise de vue ne sont jamais exactement identiques. Mettons que j’aurais envie de revoir cette fougère espiègle, sur le tronc de l’arbre. Et bien la lumière sera différente. La couleur de la plante aura changé. L’arbre se sera développé… ou aura purement et simplement disparu. Hier quelques chênes abattus s’allongeaient au bord du chemin, déjà démembrés. Sur un tronc inerte, j’ai cru reconnaître ma fougère photogénique.