Elle et moi, nous raffolons du street art. Nous aimons que les murs nous parlent, si possible avec poésie. Nous immortalisons les œuvres éphémères sur nos cartes mémoires. Nous avons même des spécialités : à moi les pochoirs, à Elle les « morpions » en mosaïque signés Invader. Lorsque nous en avons l’occasion, nous nous rendons dans les expositions consacrées à l’art des rues. C’est ce que nous avons fait hier, avec grand plaisir. L’exposition occupait deux étages de la Fondation EDF, et… je ne vous en parlerai pas. Pourquoi ? Parce qu’il y avait un troisième étage, dévolu quant à lui à une expo photo sans rapport avec l’art des rues. Encore que… En bas de l’escalier, une affichette ornée de ce que je crois alors être un masque naïf invite à voir une série de photos intitulée ENOSIM. Sur la fiche récupérée ensuite à la sortie, j’apprends que ce mot est en fait le nom primitif de l’île italienne de San Pietro. Avant même d’entrer dans la salle, je lis cette phrase de l’auteur, mise en exergue : « Nos déchets ont une âme, ils sont d’une dangereuse beauté et nous survivront. » Je trouve cette maxime superbe. Et je ne sais toujours pas à quoi m’attendre. J’imagine déjà une litanie de dépotoirs à ciel ouvert. Or pas du tout. Il s’agit bien de photographier les déchets, en l’occurrence majoritairement des bidons de plastique échoués sur la côte de San Pietro. Mais ces objets déchus sont montrés de telle façon, mis en valeur par un éclairage savant, que chacun d’eux évoque un visage stylisé. À chaque fois on identifie aisément des yeux, un nez, une bouche. Des masques. J’ignore si l’artiste a eu besoin de triturer les objets pour parvenir à ce résultat, en tous cas je suis très impressionné. Cette expo est magnifique et c’est un choc. J’ai déjà vécu une aventure de ce genre, il y a quelques années : avoir le plaisir de visiter un monument choisi, ou une exposition, et tomber par hasard sur autre chose qui laisse en moi une trace encore plus indélébile. C’était à Barcelone, la Casa Milà abritait temporairement les hommes en marche de Giacometti. ENOSIM était pour moi une chance inouïe : hier était le dernier jour. Inutile donc que je vous incite à aller voir. Je me contenterai de vous donner le lien vers le site de l’artiste, Thierry Konarzewski.

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