Taire le bruit du moteur. Claquer les portières. Porter son regard. Voir les traces, les pas brouillons sur le sable envahissant. Anticiper le plaisir. Enfoncer un peu. Évaluer le contraste de vie : ici, les maisons blanches et basses, les gens qui arpentent la plage d’un pas insouciant, les chiens qui courent devant et jouent à faire s’enfuir les bandes de gravelots ; de l’autre côté du bras de mer, l’agitation lente du port de commerce en action, un cargo qui arrive, au loin un autre qui s’enfuit. Et le bruit. Se laisser souler par le fracas des vagues. Ici, on entend la mer, dit Elle. Enfin. Je m’étonne. Tu veux dire qu’hier, sur la plage des Gollandières, on ne l’entendait pas ? Si, mais ce n’était pas pareil. Bon. On a beau être ensemble, on a beau marcher du même pas, à chacun sa mer, à chacun son fracas. En fait, la veille, nous prenions des photos, concentrés sur le doré des lignes d’écume ourlant le rivage. Il avait plu, il pleuvrait encore, et entre deux, au loin, le ciel s’ouvrait un peu. Donc, pour l’instant désarmés, il s’agit pour nous d’avoir les sens aux aguets. Tous, pas seulement la vue. Profiter de la douceur du temps, de la respiration de l’océan, de la mollesse du sable, des senteurs iodées. Une famille nous dépasse, menée par un jeune chien tout fou. Ces inconnus génèrent chez nous une sorte de tendresse, tant les parents semblent jeunes, et nous rappellent notre propre jeunesse. Nous nous asseyons sur des pierres. Avec mon téléphone, je photographie un gros galet incrusté de coquillages fossiles. J’envoie la vue au gamin par MMS, heureux de partager une once de mon bien-être présent.

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