Dans mon jardin pousse un arbre à pain. Cette phrase est une grosse métaphore, qu’on se le dise. Seuls les mots dans, mon, un et arbre sont vrais. Quant au reste… Je dis « mon jardin », mais ce n’est pas vrai. L’arbre est planté dans un coin de la cour. Il y a des années maintenant, des amis chers sont venus quelques jours en villégiature chez nous. Ils ont apporté cet arbre en cadeau. Un arbre « du pays », qui était alors encore gringalet, et dont je ne savais que faire dans l’instant, car l’heure n’était pas appropriée au creusage de trous dans la terre grasse, mais plutôt à la dégustation d’un apéritif bienvenu. Mon ami a dit, ça ne fait rien, tu n’as qu’à le mettre en nourrice dans le tas de sable en attendant. Dans le coin de la cour. Et il s’y trouve toujours. J’ai dit que l’arbre était planté dans la cour. Cela non plus n’est pas vrai. Il a été enfoncé sans guère de précaution au milieu d’un tas de sable posé sur un sol bétonné en ciment véritable. Et voilà bien la magie et la force de la nature. L’arbre a su trouver les interstices et les fissures, y faufiler ses racines qui partent je ne sais où sous les murs de la grange, et qui s’abreuvent goulument au robinet d’arrivée d’eau. Il n’est pas planté mais il est vigoureux quand même. Je dis « pousse », mais ce n’est pas vrai. L’arbre ne pousse pas, il exubère. Je vais devoir sans tarder lui faire une beauté. Comme il s’étale allègrement aussi bien verticalement qu’horizontalement, tant et si bien que certaines dépendances de la maison sont rendues difficilement accessibles du fait de cet encombrant voisinage, je vais jouer du sécateur, et tant pis pour les fruits retardataires. Je dis « arbre à pain », mais ce n’est pas vrai. Pensez donc, une boulangerie végétale ! Il ne s’agit même pas d’un châtaignier, comme on aurait pu l’imaginer. Non. Mon arbre à pain est un figuier. Rassurez-vous : des figues nous ne tirons évidemment pas de farine. Mais nous en avons tant mangé. C’est pour cette raison que je le surnomme ainsi. Encore il y a quelques jours, fin novembre, nous enfournions une grande platée de figues fraîches en guise de légumes pour accompagner les magrets de canard. Et le même jour nous dégustions un far. Un far sans pruneaux mais avec des figues, un délice. Je ne sais pas combien de kilos de figues j’ai pu récolter cette année. Je ne les ai pas comptés. Nous avons fait des confitures, nous en avons mangé plein, nous en avons donné plein. Nous en avons laissé aux étourneaux. Et il en reste encore. Depuis mi-juillet nous mangeons les figues du tas de sable du coin de la cour. Alors si ce n’est pas un arbre miraculeux, ça… notamment quand on voit à quel prix on vend les figues sur le marché.

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