Sur les hauteurs de la ville, en marge des campagnes abandonnées et des cités en devenir, le boulevard se déploie, sinue et ondule à la manière furtive d’un serpent. D’un côté les hauts murs et les portails électriques dissimulent la luxuriance des villas et des jardins. La saison n’est plus aux rires échappés des piscines, maintenant les branches tendues par-dessus les grilles, lourdes de grenades mures, aiguisent la gourmandise. Laissons passer un tramway, symbole pimpant de modernité, pour traverser la chaussée. Le boulevard est un serpent faisant sa mue. De l’autre côté se dresse une petite mosquée poussiéreuse, sans doute celle dont l’appel nous éveille au point du jour. Tout près de là s’ouvre une étroite boutique aux enseignes d’un jaune terni. Quelques passants vaquent, des hommes essentiellement. Plus loin, derrière un mur assez bas et difforme, on aperçoit des habitations miséreuses desservies par des allées de terre criblées de profondes ornières. Peut-être s’agit-il d’un bled mangé par l’urbanisation ? Si on en juge par les deux rives de ce morceau de boulevard serpentant sur les hauteurs de la ville, le pays arbore deux visages, bien contrastés.

 

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