J’ai maintenant deux galets. J’en suis l’heureux possesseur. Ce ne sont que des cailloux, direz-vous. Certes. Mais leur valeur est inestimable. Le premier se trouve dans la poche droite de ma veste. Je le triture parfois en marchant. Celui-ci, Elle l’a ramassé sur la plage et me l’a offert. Elle y a mis son cœur, voici maintenant quatre ans, juste avant que nous allions découvrir le crabe sculpté sur la façade d’une église de l’île de Ré. Le présage de cette trouvaille était évident, alors mon galet m’aiderait, tel un talisman, à surmonter les moments de doute ou de désarroi. Et puis l’autre galet, Elle l’a ramassé récemment sur la plage d’Étretat et me l’a offert. C’est un petit galet pansu et irisé, arraché à la falaise et poli inlassablement par la houle en colère. Celui-là est enfoui au fond de ma sacoche, je le triture quand à l’occasion je cherche autre chose. Nous avons mis tout notre cœur dans le choix de ce caillou. Nous avons bravé l’interdit. Car, sachez-le, il est interdit de ramasser les galets, c’est contraire à l’équilibre naturel des lieux. Vous ne me croyez pas ? Allez déambuler sur le front de mer et lisez les écriteaux, c’est précisé en toutes lettres. Mais ce galet est si petit. Pour moi, pour nous, sa valeur est grande. Le lieu est symbolique. Il est le théâtre de notre premier week-end en amoureux, voici bien… euh… un certain nombre d’années.

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