C’était un soir de musique en même temps qu’un soir d’orage. La conjonction des deux notions est ici fortuite. Bien sûr on pourrait imaginer qu’un orage produit de la musique, il pourrait inspirer des compositeurs, et je présume que cela a déjà été le cas. Certaines musiques sont suffisamment cacophoniques pour être taxées de vacarme, au même titre qu’un coup de tonnerre. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas le cas : nous étions partis écouter de la musique de fort bon aloi. Pour nous rendre à Châtellerault, nous avons pris l’autoroute. Je ne sais pas si cela valait le coup. Ou le coût. Il pleuvait tellement fort que je ne distinguais presque rien et ne pouvais pas dépasser un petit quatre-vingt-dix à l’heure.

Lorsque nous sommes arrivés sur place, non loin de la rive droite de la Vienne, les dieux ont dû décider qu’ils nous seraient favorables, et nous avons savouré l’aubaine, cela ne se produit pas si souvent. Bref j’ai trouvé à me garer tout près de la salle de concert. S’il tombait des hallebardes à la sortie, nous n’aurions que quelques dizaines de mètres à parcourir afin d’être trempés. Un avantage appréciable. Et puis il allait nous falloir une bonne demi-heure pour rentrer chez nous. Alors à minuit du matin, nous serions contents de ne pas avoir à courir à l’autre bout de la ville. Les dieux, toujours avec nous, ont fait en sorte que l’averse se calme. Sympas, les gars. Certes, j’ai dû quand même dégainer mon parapluie, mais pour une toute petite ondée de rien, un reliquat. Juste le temps qu’il nous fallait pour dégoter un estaminet convenable.

Premier coup de cœur de la soirée, l’estaminet. Je suis confus d’avoir déjà oublié son nom, parce que ça intéresserait peut-être quelques lecteurs de savoir qu’on trouve des restaurants et bars sympas à Châtellerault, ville que par ailleurs nous connaissons fort peu.

Pause.

Voilà. J’ai recherché sur internet, et j’ai trouvé : le lieu s’appelle « Le Merle Moqueur ». Un bel endroit, dans une vieille bâtisse en pierre tendre apparente, la salle de resto en mezzanine au-dessus du bar. On entend les conversations des habitués. Nous aurions presque envie de le devenir. Et puis le contenu des verres et des assiettes nous convient parfaitement, avec une touche d’exotisme fort bienvenue. Une adresse sympathique que je recommande chaudement.

Pendant que nous mangions, le ciel s’est dégagé. Une timide portion de bleu nous nargue. Elle me donne le bras et nous choisissons de rejoindre la salle de concert en empruntant les rues piétonnières du centre, désertes comme il se doit. Visiter, même fugitivement, une ville lorsque les magasins ont baissé le rideau de fer permet de résister à un grand nombre de tentations et de garder les yeux ouverts.

Le concert nous offre deux coups de cœur. Deux chanteuses magnifiques, deux voix chaudes comme je les aime. Deux bonnes heures de musique qui swingue. Je ne sais pas vraiment parler de la musique, alors je n’en dirai pas plus. Sachez seulement que j’ai passé là un moment d’exception. J’espère qu’Elle a apprécié aussi, même si elle est moins férue de jazz que moi. Ah oui, il faut que je cite les noms, il vous suffira ensuite de chercher des extraits sur le web et de courir chez votre disquaire préféré. Virginie Teychené, en première partie. Et ensuite Cécile McLorin Salvant.