29 juin 2009
premières
Hier soir, c’était la soirée des premières. Je veux dire des premières fois. Pas des premières fois absolues, non. A un beaucoup plus petit niveau. Les premières fois de l’année.
Nous sommes à la Saint Jean.
La Saint Jean d’été.
Et comme ce soir là est un vrai soir d’été, avec une vraie chaleur d’été, agréable sans être excessive, on en profite pour voyager avec la vitre baissée côté conducteur, le coude en appui sur le bord de la portière, doucement caressé par le vent.
Le soleil n’en est pas encore à rougeoyer sur l’horizon, mais pourtant déjà la terre exhale ses parfums. Je ne devrais pas dire « déjà », parce que c’est justement l’heure où la terre exhale ses parfums. Avant que le soleil soit trop bas sur l’horizon. Et c’est une heure toute chargée de souvenirs. Car les parfums exhalés à l’heure présente ont tous leur image gravée quelque part dans un recoin de la mémoire.
Ainsi, hier soir, ai-je deviné qu’on moissonnait avant même de voir ma première batteuse de l’été en action dans un champ : la terre exhalait cette senteur inimitable que je ne saurais décrire et qui m’emplit de ravissement, celle du blé juste coupé.
Ainsi du même coup des milliers de champs d’orge ou de blé mur tentent de se rappeler à moi. Qu’est-ce qu’une vie ? Assez peu de temps, convenons-en, mais bien assez pour avoir vu moissonner tous ces champs et en avoir capté tous ces effluves.
Ainsi donc apparaît, sur l’écran de mon souvenir, tandis que je conduis, la vision d’une autre route traçant toute droite quelque part dans l’immensité céréalière du Berry. Les batteuses s’activent dans toutes les directions. Le soleil est bas sur l’horizon. La terre exhale sa touffeur dans la chaleur d’été. Les remorques gorgées de grain se dirigent vers les silos. Il nous faut parfois être patient. Par endroits un sillage de blé marque leur passage sur le goudron fondant. Je dis alors que j’aime cette ambiance de moisson, avoir l’impression que la terre pulse, et je suis peut-être seul à être ému par ce manège. Au loin vers l’est une fumée s’élève dans le ciel mauve du crépuscule. La sécheresse a dû causer quelque incendiaire dégât. On s’effraie un peu, on compatit, puis on oubliera. Un peu plus proche apparaît parfois le dessus d’un camion filant sur l’autoroute, entre deux talus profonds. On sait ainsi qu’on approche de Vatan et qu’on s’intégrera bientôt au flux migratoire.
Plus tôt dans la soirée, j’avais déjà remarqué ma première de l’été : une cigale qui crissait dans les branches d’un noyer. Et ça c’est une première fois précieuse, car par chez nous ce n’est pas tous les étés qu’il est permis d’entendre crisser les cigales, elles sont peu nombreuses dans nos contrées.
Commentaires
Hummmmmmmmm ça sent l'été ici !
Oui. C'est chaud !
Je ne suis pas certaine d'avoir déjà entendu une cigale de toute ma vie...
Ah Phil, les souvenirs d'une époque avant la clim' où nous sortions le soir en voiture histoire de "se rafraîchir". Bravo, tu évoques la vue, le son, le parfum, le toucher pour nous faire goûter cette première délicieuse.
Valérie : tu n'es jamais allée dans le sud ? J'ai appris à connaitre le bruit des cigales dans les Cévennes.
Joye : et ben en ce moment, l'avantage qu'il ya à être au boulot, c'est qu'il y a la clim. Mais je préfère quand même être chez moi.
J'adore ce texte! Tout y est... les épis, la moisson, les senteurs, les cigales...
Dans ma vieille maison aux larges murs de pierre, je n'ai pas besoin de clim, il y fait bien frais...
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