29 juin 2007
hue
J’ai repensé à une grise fin de matinée hivernale. Nous revenions d’un voyage à Rome, il y avait du contraste. Notre fille nous avait rejoints à Paris et nous avions visité une exposition de peinture au musée du Luxembourg.
Sortant de là, ayant faim, nous nous hâtions vers le marché Saint-Germain où nous savions trouver de bonnes tables. Passant devant l’entrée du Sénat, nous avons croisé un homme. On dirait Robert Hue, a dit ma fille. C’était Robert Hue.
J’ai repensé à ça parce que ce matin, dans le train, un type était assis non loin de moi, qui ressemblait pas mal à ce cher Robert. Même visage rond et avenant, même barbichette grisonnante, même crâne dégarni. Du coup, cet homme que je ne connaissais pas était aussitôt, dans mon esprit, doté d’un honnête capital sympathie. Si je puis dire.
Ce n’était pas Robert Hue, bien sur, encore que pourquoi pas. Mais j’ai entendu un de ses collègues l’appeler Gérard (oui, pas mal de gens avaient l’air de se connaître, dans ce wagon aspirant les travailleurs à cartable et ordinateurs portables vers des journées de réunions parisiennes).
28 juin 2007
oreiller
Il fait frais. Je relève à moi le bord de la couette. J’appuie ma tête sur l’oreiller. Ça s’enfonce un peu. C’est un oreiller neuf. Enfin récent. L’ancien était plus ferme, la sensation est donc différente. On a envie de s’enfoncer encore, de se lover, de rester là indéfiniment. Illusion, bien sûr. Je sais que dans cinq minutes, ou moins, j’en aurai assez de la position, que je me tournerai. A moins que je me sois rendormi : il est trois heures du matin.
Je savoure encore une fois ce sentiment de bien-être, de sécurité irrationnelle, le nez enfoui dans la plume molle. Me viennent alors, je ne sais d’où, des images anciennes de lits étrangers où les oreillers rivalisaient de moelleux avec les édredons. J’ai beau me creuser, je ne parviens pas à resituer ces souvenirs anciens. Qu’importe : je m’endors.
25 juin 2007
inconnu
C’est une étrange impression que celle de déambuler dans les rues d’une ville familière, et puis soudain, à la lisière des quartiers habituels, d’avoir la sensation d’entrer dans un monde inconnu.
J’avais éprouvé ce sentiment déstabilisant, alors qu’en compagnie d’un collègue je sortais de Beaubourg et que nous dirigions nos pas vers le nord.
Je n’avais alors pas encore un nid à deux pas de la ville. Je n’avais pas encore pris l’habitude d’en parcourir les rues en explorateur. Je n’avais déambulé indéfiniment que dans les quartiers connus dès le départ, le quartier latin parce que j’y transitais lorsque j’étais étudiant, et le premier arrondissement parce que j’y travaillais dans mes débuts.
Je m’étais approprié ces quartiers que les circonstances m’avaient ouverts. Tandis qu’aujourd’hui, c’est moi, le visiteur, qui me laisse absorber. Je crois que ma curiosité et ma soif de découverte n’ont comme limite que ma propre fatigue. Ou la pluie. La satanée pluie. Elle n’est pas si fréquente ici, quoi qu’on en dise, mais elle a la fâcheuse habitude de tomber dru pile au moment où les portes de la liberté s’entrouvrent en fin de journée.
Ce jour-là, il y a des années, j’avais accompagné ce collègue au-delà des limites de ce que je connaissais, et je m’étais senti comme dans ces bandes dessinées futuristes au dessin grandiose, lorsque les héros abordent des planètes bizarres et inconnues.
23 juin 2007
ancolie
Entre deux averses, offrons nous une escapade au jardin.
22 juin 2007
hector
N’en déplaise au grand Jacques, ce n’est pas Mathilde qui est revenue. Non, c’est Hector.
Je l’ai vu, l’autre jour en passant la tondeuse. Il a sauté prestement sous les branches protectrices du ciste encore fleuri. Il a eu chaud aux plumes, si on peut dire.
Hector est un crapaud. Ne me demandez pas un crapaud de quelle marque, je ne suis pas connaisseur. Un crapaudus vulgaris, on va dire.
C’est cool qu’Hector soit revenu. Il me manquait un peu. Bon, à vrai dire je ne suis pas sûr que ce soit vraiment lui. Je suis même plutôt convaincu du contraire. Mais tous les crapauds ont vocation à se prénommer Hector, n’est-ce pas.
L’Hector de base, à supposer qu’il n’y en ait eu qu’un, était un joyeux crapaud qui vaquait à ses activités de crapaud dans la cave, du côté des casiers à bouteilles et du ballon d’eau chaude. C’était un crapaud bien élevé, très discret, qui à ma connaissance n’élevait jamais la voix, et qui me saluait d’un bond alerte sitôt que je me mettais en quête d’un bon crû.
Dès notre première rencontre, je l’ai baptisé Hector. Je ne manquais pas de le saluer à chaque incursion dans ma réserve de vins (ben oui, je vais surtout pour ça dans cette partie de la cave, car il n’y a pas grand-chose à faire avec le chauffe-eau), et je pense qu’il m’en était reconnaissant. J’étais même déçu si d’aventure il était parti à la chasse aux mouches à l’autre bout du local. Hector était en quelque sorte un point de repère rassurant dans ce monde de brutes.
Et puis un jour, suivi d’un autre jour, et d’autres encore, je n’ai plus vu Hector. Il fallait bien se rendre à l’évidence qu’il avait disparu, crevé dans un coin de mort naturelle ou d’inanition, ou encore boulotté par un chat de passage. Voila qui était un peu triste.
Alors si le crapaud rescapé de la tondeuse avait la bonne idée de trouver le chemin du soupirail et de tomber dans la cave, j’aurais de nouveau une bonne raison d’être ravi lorsque je vais y chercher du vin.
20 juin 2007
idéal
18 juin 2007
les jeunes voyous
C’était un mois de juin torride. Enfin, je revois une impression de rues poussiéreuses, de l’orangé. La banlieue transpirait.
Peut-être ce souvenir prend-il cette teinte chaude et harassée parce qu’il est lié à de la lecture. Peut-être avais-je lu ce livre ci le soir, tandis que le ciel prenait des teintes cuivrées.
Les jeunes voyous. Ça allait bien avec l’ambiance, je trouve.
Ce livre a encore sa place sur mes étagères, et lorsque mon regard tombe par inadvertance sur sa tranche défraîchie, je me remémore la touffeur de ces soirées de début d’été.
Les jeunes voyous : un ouvrage que j’ai longtemps considéré comme un livre phare de ma bibliothèque. Le lirais-je aujourd’hui, peut-être ne le placerais-je pas si haut. Je ne sais pas. Disons qu’il était symbolique de mon approche de la littérature, par le roman policier. Encore que celui-ci n’est pas vraiment un policier, mais plus exactement la peinture d’une certaine partie, marginale, de la société française. Auguste Le Breton excellait vraiment dans ce domaine, savait peindre des portraits sympathiques, créer une ambiance… Rassurons nous, je ne m’identifiais en aucune façon à ces personnages, je n’ai d’ailleurs jamais eu de sympathie pour les voyous, jeunes ou pas, mais il y avait là des personnages attachants, et de la couleur : on dit « haut en couleur », non ?
16 juin 2007
vert
Un peu de verdure pour le week-end ?
Avec du soleil, pourquoi pas...
14 juin 2007
évasion
C’est curieux de constater que lorsqu’on se sent bien quelque part, l’esprit s’évade et on pense à ailleurs, à d’autres lieux en d’autres temps, où on se sentait bien également. Un sentiment parfois magnifié par un zeste de nostalgie.
J’ai fait l’expérience de ça il y a peu de temps, j’en ai déjà parlé maladroitement. J’assistais à un concert de musique cubaine, une musique à la chaleur communicative exactement dans l’esprit du Buena Vista Social Club. Le simple fait que le leader du groupe, entre les morceaux, s’adresse à l’assistance assez longuement en espagnol me projetait moi, le spectateur vibrant au rythme de la salsa, sur une place aragonaise surchauffée où il était bon de s’asseoir en terrasse, le soir venu, pour y siroter une boisson fraîche accompagnée de graines de tournesol grillées. Les cubains ne me transportaient pas vers leur île, que je ne connaissais pas, mais bien vers des terres moins lointaines où j’avais passé d’agréables moments et où j’avais eu le sentiment d’être chez moi en dépit de l’obstacle du langage.
Un autre exemple pour illustrer mon propos : lors des dernières vacances, celles de l’été au mois d’avril, j’ai eu l’occasion d’offrir à mes petits-enfants une promenade dans le petit train touristique de la baie de Somme. Il n’y avait là a priori rien qui me prédisposait à me retrouver en pensée des décennies en arrière, le cœur battant d’émotion. D’autant que dans l’expression « train touristique », il y a touristique, justement. Nous étions dimanche, il y avait beaucoup de monde partout, il avait fallu jouer des coudes pour trouver quelques choses à manger au Crotoy pris d’assaut par les hordes rougeoyantes. Bref la semaine s’annonçait mal. Plus tard, nous étions donc assis dans ce petit train qui haletait le long des quelques dizaines de kilomètres qui séparaient les deux extrémités de son parcours. Je dois bien avouer que la chose était plaisante. La campagne était riante, d’un beau vert tendre. Dans les marais des échassiers étaient en faction, que les enfants observaient avec leurs jumelles. Je l’ai dit, nous étions en avril, mais cette année ce mois était exceptionnel et l’ambiance quasi estivale. Nous avions donc baissé les fenêtres, ce que nous permettait aisément la lenteur du convoi. Et voila qu’au gré d’une courbe la fumée de la loco amenait son odeur de suie dans le wagon. Alors instantanément, sans crier gare, par cette simple stimulation olfactive, je fus transporté au plus profond de mon enfance, lorsque j’accompagnais ma grand-mère pour ses courses et que j’obtenais qu’on fasse un détour à proximité de la gare, là où les locomotives manœuvraient avant que les convois ne s’élancent vers l’est dans un souffle puissant.
13 juin 2007
mouches
Je vis à la campagne. Cela implique des avantages, mais aussi des inconvénients.
Ma maison est une ancienne ferme. Elle a été réhabilitée voila deux bonnes décennies, et ses dépendances ont été en partie rendues habitables. Il n’empêche qu’elles ont gardé le souvenir des animaux qui y vivaient. Et puis, même si les environs proches ne sont pas à proprement parler dédiés à l’élevage, on voit encore ça et là un peu de bétail. Le village est doté d’un élevage de porcs et d’un autre de chèvres. Plus loin, charolaises et limousines paissent benoîtement sans se douter que l’abattoir les attend. Parfois on entend bêler des ouailles. Quant au bourricot du voisin, il nous sert de réveil matin.
Conclusion de tout ça : il y a des mouches.
Chacun sait que c’est agaçant, les mouches. Surtout que ça vient se poser sur tes chevilles sans chaussettes, ce genre de chose. On ne s’étonnera donc pas que nous les décimions par dizaines. Une certaine variété de moyens est mise en œuvre, qui va du piège extérieur aux rubans de papier attrape mouches pendouillant élégamment au plafond de la cuisine, sans oublier la bonne vieille tapette.
Parfois, tout en chassant d’un geste impatient une bestiole qui vrombit un peu près de moi, je repense à un livre que j’ai lu dans ma jeunesse, « j’ai peur des mouches », dans lequel le héros devait absolument éviter le contact avec ces insectes sous peine de mort, les dits insectes étant porteurs d’un virus foudroyant. Je me dis souvent que l’histoire ne se passait pas dans une campagne comme la notre, sinon cela aurait été mission impossible.
A propos, devinette, savez-vous qui est l’auteur de l’ouvrage en question ?
Evidemment vous avez envie de jouer le jeu et vous vous abstiendrez donc d’aller chercher la réponse dans gougueule ; un indice : il s’agit d’un auteur français très connu, de sexe masculin, décédé il y a quelques années. Il a sa place non loin de Jussieu.





