A travers ma fenêtre sale à barreaux, je vois un échassier se dégager en contre jour sur un ciel prometteur. Le moutonnement gris est strié de veines lumineuses. Parfois il se déchire et de brèves trouées bleues se forment.

Je vois un échassier. Jaune. Un échassier de métal jaune, structure arachnéenne, avec un nom écrit dessus. Le nom de l’entreprise de travaux publics qui comble inlassablement de matériaux et de béton le trou destiné à abriter le grand théâtre.

Je vois l’échassier. Jaune. Et immobile. Pourtant dans la cabine, posée tout là-haut sur le ciel, un homme s’affaire. Je le vois à travers ma fenêtre et sale, et ses vitres vertes à lui, qui sont peut-être sales aussi.

L’homme s’affaire. Et la grue ne bouge pas, à part une vague oscillation sans doute due au vent. L’homme est peut-être aussi bien une femme, de ma fenêtre sale, je ne distingue pas suffisamment. Je ne sais pas.

Pas à pas, échelon par échelon, lentement, un autre GRUTIER, à moins que ce ne soit une grutière, s’élève dans l’œsophage ajouré de l’échassier. Je le vois dépasser la plus haute cheminée de l’immeuble d’en face. Lentement il progresse jusqu’à atteindre la plateforme.

La porte de la cabine s’ouvre. J’imagine que le premier grutier va céder la place au nouveau. Mais non. Rien ne se passe. Ils sont deux maintenant dans la cabine. Et le temps passe.

Longtemps la grue reste immobile. Et les deux dans la cabine, dont les mouvements ne sont plus identifiables d’où je suis.

Posés là-haut sur un ciel prometteur, peut-être qu’un grutier et une grutière s’aiment tendrement.